Biya_baton_carotte180308250Contrairement au vin qui se bonifie avec l’âge, les chefs d’Etats africains entrent, en vieillissant, dans une dégénérescence politique matérialisée par un seul projet pour leurs peuples : je vais modifier la Constitution et je serai encore candidat à ma propre succession.

Ils veulent aller de l’avant, continuer à exercer le pouvoir alors que derrière eux se dressent uniquement désolation sociale, souffrance, pauvreté généralisée, fraudes électorales, meurtres et détournements de deniers publics.

Ceci dit, la plus grande escroquerie politique du moment est de vouloir faire croire aux Camerounais que le « Paul Biya nouveau » est arrivé, et qu’ils doivent le consommer en primeur et sans modération en 2011. Or, le « Paul Biya justicier et immaculé » est tout simplement la traduction d’un machiavélisme politique qui vise à construire une nouvelle image au président en le présentant comme celui qui lutte contre la corruption, et donc, se situe du côté du peuple : l’objectif central est de renaître de ses cendres comme le phénix en se transfigurant en ROBIN DES BOIS qui prend aux riches pour donner aux pauvres. Mettre ses plus proches collaborateurs en prison est un écran de fumée que le régime de Biya jette aux yeux des Camerounais, afin qu’ils perdent de vue ce qui se passe actuellement à l’Assemblée Nationale. C'est-à-dire, la révision de la Constitution pour perpétuer le même système.

Nous, Camerounais, savons pourtant tous, à défaut d’être amnésiques, que notre président ne fait que gérer ses propres résultats, ceux engendrés par son exercice du pouvoir. D’où la faible crédibilité que ces arrestations peuvent faire rejaillir sur lui car les membres de l’équipage ainsi incarcérés, méritent autant cette incarcération que d’autres toujours en liberté, et le capitaine du bateau qu’il est. Même si  les membres de l’équipage ont menti au président comme la propagande veut nous le faire croire en ce moment, il serait catastrophique que les Camerounais gardent un président qui ne décèle pas un mensonge depuis plus de 25 ans qu’il est la personne la mieux informée du pays.

Depuis 1982, plusieurs Camerounais auraient bien aimé avoir un président aussi entêté, combatif, déterminé et prêt à tout pour réviser la Constitution et rester au pouvoir, que pour lutter contre la crise économique, le chômage massif des jeunes et la pauvreté généralisée. Ils n’ont pas eu cette chance car, tant que 2011 n’était pas la porte à côté, leur président était totalement absent sur le plan national, et brillait sur la scène internationale uniquement par ses multiples vacances en Suisse, et sa politique de la chaise vide aux grands sommets internationaux. 2011 approchant à grandes enjambées, les Camerounais se rendent subitement compte qu’il y a quelqu’un à Étoudi. Moralité : le Cameroun a un président qui ne devient « un véritable lion indomptable » que lorsqu’il défend ses propres intérêts et non ceux des populations.

Le mois dernier, le président Biya a, comme il l’avait dit dans son discours, mis fin aux manifestations des Camerounais par tous les moyens. L’armée a tiré à balles réelles comme l’avait sûrement autorisé le chef suprême des armées qu’il est. On aurait bien aussi aimé entendre notre président dire qu’il allait mettre fin au chômage et la pauvreté par tous les moyens. A la place, les Camerounais ont eu droit à des mesures de circonstance sans aucune portée de long terme. Comme quoi, le président ne recule devant rien uniquement pour défendre sa place et non pour servir l’intérêt général. Cela fait de Paul Biya un faux Zorro qui dégaine uniquement pour défendre son bien-être et non celui du peuple.

En outre, le fait qu’un régime dont le « cœur politique », en 1982, était la rigueur et la moralisation des comportements se retrouve plus de 25 ans de pouvoir après, entrain de lutter contre la corruption massive, et les détournements de deniers publics orchestrés par ses plus hauts dignitaires, est la preuve tangible de son fiasco total. Tous les ministres, directeurs et autres responsables emprisonnés sont, en effet, la preuve que le renouveau national a plutôt produit un déficit de moralisation des comportements, et une parodie de rigueur dans la gestion. Pis encore, il a installé les institutions et les populations camerounaises dans une logique de faux et de fourberies tous azimuts ayant maintes fois fait du pays, le maillot jaune de la corruption mondiale, et de certains de ses citoyens, des bandits de grand chemin de réputation internationale : les feymen. La rigueur et la moralisation des comportements sont donc restées au stade des pures incantations et propagandes politiques.

Elles sont restées des squelettes politiques sans jamais s’implanter suite à une réelle volonté d’action pouvant en constituer la chair et l’esprit qui font la force agissante d’une idéologie. Ces squelettes  ont  en plus séché et moisi dans les tiroirs du renouveau depuis plus de 25 ans. Comme des zombies, ils sont récemment réapparus de façon instrumentale dans le cadre de l’opération épervier, non pour le bien-être des Camerounais, mais pour servir le projet de résurrection politique de monsieur Biya. Que veut-il nous dire par ces arrestations si ce n’est : je punis ceux qui ont spolié le pays, donc je suis l’homme de la situation, je suis Zorro le justicier.

Ce qui ne peut pourtant pas échapper aux Camerounais, c’est que monsieur Biya est le principal responsable de ce système de pillage national que décriaient déjà les populations depuis des années, et qu’il n’avait jamais osé démanteler. Paul Biya est le bâtisseur, l’acteur principal et le metteur en scène du système qu’il feint de combattre actuellement. La stratégie du président camerounais est donc celle de l’ange de la mort qui change les habits dans le nuit, et se présente en ange de la vie le lendemain pour mieux achever sa proie et parachever son seul et unique projet actuel : mourir étant président de la république camerounaise.

Monsieur le Président, vous avez mis le Cameroun dans un piteux état et le laisserez sûrement tel quel : c’est tout ce que retiendra l’histoire de vous, c'est-à-dire, rien de bon et rien de grand. Est-ce la volonté des Camerounais qui demande votre immunité à vie que vous introduisez actuellement dans la révision constitutionnelle, ou alors votre peur de devoir un jour répondre de vos actes ? Ceux qui disaient que la Constitution de 1996 était mauvaise parce qu’elle vous excluait avec l’article limitant à deux le nombre de mandats, pensent-ils que la nouvelle Constitution est meilleure quand elle vous protège de toute poursuite « post-mandats » alors que vous mettez vos complices en prisons ?

© Camer.be . Macroéconomiste, doctorant à la Faculté des Sciences Economique sociales et politiques de l’UCL en Belgique : Thierry AMOUGOU