07-01-09
Cameroun, Biens mal acquis : Voici pourquoi Paul Biya ne déclarera jamais ses biens …
Le mercredi 24 juin dernier, le CCFD-Terre solidaire détaille le système des « biens mal acquis » par une trentaine de chefs d’État. Une fois de plus des chefs d’État parmi les plus pauvres de la planète figurent en tête de classement des personnes impliquées dans ce système de biens mal acquis. A la tête d'un pays qui a été champion du monde de la corruption en 1998 et 1999, le président de la république du Cameroun Monsieur Paul Biya ne pouvait se vêtir d'une toge pure dotée d'une blancheur indubitable.
Le président camerounais a été épinglé dans ce rapport de l'ONG CCFD-Terre solidaire en bonne compagnie avec d'autres chefs d'Etat ou ex-chefs d'Etat : Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso, Félix Houphouët Boigny, Henri Konan Bédié, Robert Mugabe, Frederick Chiluba, Teodoro Obiang Nguema, Charles Taylor...
Quand on scrypte en profondeur ce rapport du CCFD, l'on rencontre également des dirigeants aujourd’hui décédés : Saddam Hussein (entre 7,2 et 28,8 milliards d’euros détournés), le chah d’Iran Mohammed Reza Pahlavi (25,2 milliards d’euros), l’Indonésien Mohamed Suharto (12,6 milliards d’euros), l’Ivoirien Félix Houphouët Boigny (5 à 7 milliards d’euros) et récemment, Omar Bongo Ondimba du Gabon
Plusieurs d'entre les chefs d’État cités dans le document sont encore en exercice. Le président Eduardo Dos Santos qui gouverne l’Angola d’une main de fer depuis 1979 est soupçonné d’avoir détourné environ 3 milliards d’euros des caisses de l’État, notamment par le biais de commissions sur les ventes de pétrole.
En Guinée équatoriale, « 80 % du revenu national serait monopolisé par l’oligarchie » dirigée par Teodoro Obiang Nguema.
Toujours dans ce rapport du CCFD de cette année, entre en scène le nom de Paul Biya qui dirige le Cameroun depuis 1982. Le travail de journalistes, syndicats et responsables associatifs locaux, a permis de mettre au jour un système de détournements généralisés au profit du président et de sa famille.
Les Biya posséderaient des châteaux en France et en Allemagne, ainsi que de nombreuses sociétés dans le bois ou l’exploitation minière. Des comptes bancaires portant plusieurs noms du clan Biya sont également visés en Suisse
En Afrique, depuis la publication dudit rapport sur les "biens mal acquis", que ce soit au Gabon du feu Omar Bongo Ondimba, au Congo avec Denis Sassou Nguesso, au Burkina avec Blaise Compaoré, ou en Angola d' Eduardo Dos Santos et en Guinée équatoriale de Teodoro Obiang, les autorités locales ont gardé un silence complice.
Par contre au Cameroun, depuis quelques jours, le parti au pouvoir organise des manifestations pour contester ce soupçon d'enrichissement illicite relevé dans ce rapport.
Paul Biya est-il pas un président illicitement fortuné ?
Si l’on en croit Titus Edzoa, lors de sa conférence de presse en 1997, le chef de l’Etat était devenu “ l’homme le plus riche du Cameroun". L'on ne pourrait également remettre en doute le rapport de la CCFD, à moins que le chef de l'Etat camerounais ne décide de déclarer ses biens et sa fortune.
Dans ce cas, il serait aisé de refaire le parcours de Monsieur Biya depuis son entrée dans la fonction publique en 1962, sa présence permanente dans les hautes fonctions de l’Etat et en tirer des conclusions subséquentes.
Quand PAUL BIYA accédait au pouvoir en 1982, plusieurs observateurs de l'actualité camerounaise avait affirmé que pour " justifier une part de la confiance en lui placée par feu le Président Ahidjo, qu`il était le seul Ministre de l`époque à ne posséder que 600 000 FCFA dans son compte bancaire" Lire le journal du Directeur - Fondateur Joseph Benyimbé intitulé Le Combattant paru en 1983 (numéro spécial qui parlait de la déchirure entre l'ancien Président Ahidjo et le Président Paul Biya, tiré à plus de 60.000 exemplaires et qui fut saisi et brûlé par la police, ndlr)
La Constitution, promulguée le 18 janvier 1996 par le président Paul Biya, dispose en son art. 66, que "le président de la République, le Premier ministre, les membres du gouvernement et assimilés doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs, au début et à la fin de leur mandat".
De 1996 à ce jour, le président de la république, ses ministres et membres du gouvernement on t-ils déclaré leurs biens ?
Dans son édition du 22 mai 1997, le journal français, "L'Evénement du jeudi", dans un dossier intitulé "Afrique, le hit-parade des fortunes cachées", chiffrait la fortune du chef de l'Etat camerounais à 45 milliards de FCFA. Selon l'hebdomadaire français, P. Biya avait exploité la loi des Finances qui, jusqu'en 1994, stipulait que "le président est habilité, en cas de besoin, à prélever et à affecter par décret à un compte spécial hors budget tout ou partie des résultats bénéficiaires des entreprises d'Etat".
Où en sommes nous avec le compte rendu de ce compte spécial hors budget ? Seul le chef de l'Etat détient ainsi les secrets de cette "génialité constitutionnelle" dont il est le garant
L'hebdomadaire français L'Evénement du jeudi affirme pour sa part que cette disposition incriminée "a permis à Paul Biya de gérer à son profit les pétrodollars. L'évaporation de 2,3 milliards de francs français (soit 230 milliards de FCFA) pour la période 1988- 1993, ainsi que l'évasion fiscale, hors du Cameroun, de 20 milliards de FF (environ 2.000 milliards de FCFA) entre 1983 et 1993 donne une idée des sommes détournées".
Pour le RDPC parti au pouvoir, tout ceci reste dans le répertoire de la spéculation journalistique.
Le Ccfd rapporte également que le Cameroun a accordé 40 millions de francs remboursables en 99 ans et sans intérêts à l'Osti (Ordre souverain du temple initiatique), une organisation ésotérique qui serait liée à la secte de l'Ordre du temple solaire. « Une partie de cette somme avait alors été versée par la Société nationale des hydrocarbures, sur le compte de Raymond Bernard au Crédit lyonnais ». Une accusation que réfutent en bloc le RDPC et la présidence de la République
Le rapport du CCFD épingle aussi Franck Biya, avançant que ce dernier gagnerait "9 milliards de francs CFA (13,7 millions d'euros) par mois dans la mafia du bois". Pour le CCFD, le fils du président attribuerait dans la plus grande opacité des concessions à des sociétés. Naturalisé monégasque, Franck Biya, serait le propriétaire à Roque brune Cap martin, (où Mobutu possédait également une propriété) de la "Villa isis", avenue Douine.
Il n'est plus un secret pour qui que ce soit qu'il a été régulièrement fait état d'acquisition, par Monsieur Paul Biya et sa famille, de châteaux de rêve en France et en Allemagne, de nombreux compte bancaires...
" Si vous voyez un banquier suisse sauter d'une fenêtre, sauter derrière lui. Il y a sûrement de l'argent à gagner" Voltaire
La suisse qui a toujours été considéré neutre dans les "grandes révolutions" des Etats qui les environnaient semblent s'enrichir des malheurs des dirigeants africains affirmaient récemment Brice Nitcheu, le leader du Collectif des Organisations démocratiques et patriotiques des camerounais de la Diaspora ( Code) dans une correspondance adressée à la Présidence du Conseil National de la Confédération Suisse au sujet des voyages récurrents de Biya en Suisse. Depuis la publication de ce rapport de la CCFD, cette confédération a aussi gardé son mutisme. Le principe de la neutralité lui aussi complice a été respectée.
Et pourtant...
Il est de notoriété publique que Paul Biya séjourne régulièrement en Suisse où se trouve une partie de sa famille installée en "propriétaire" depuis des lustres. Le rapport de la CCFD mentionne une kyrielle de soupçons à l'égard de l'homme fort de Yaoundé d'utiliser des prête-noms pour gérer sa fortune en Suisse.
A ce registre s'ajoutent les placements effectués par l'ancien directeur (aujourd'hui en exil au Canada) de la Société camerounaise de banque (SCB), devenue SCB-CL (Société commerciale de banque-Crédit Lyonnais), après sa restructuration et liquidation. Celui-ci, dans une longue interview à Jeune Afrique Economie en 1992, accusait le président Biya et sa famille, avec preuves à l'appui, d'être les "fossoyeurs" de la banque dont il avait la charge. Depuis lors, cette accusation n'a jamais été démentie par le canal des preuves contraires par les autorités de Yaoundé.
Dans une interview accordée récemment par Jean Baptiste Talla, directeur de publication du journal intitulé Germinal, " les marches, les motions de soutien ne sont pas des preuves que Paul Biya ne s’est pas enrichi sur le dos de l’État. Et si Paul Biya veut montrer qu’il est au dessus de tout soupçon, qu’il déclare ses biens conformément à l’article 66 de la Constitution du 18 janvier 1996".
Hilaire Kamga le porte parole de la Plate Forme pense pour sa part que des " hauts responsables du RDPC s’évertuent davantage à inciter le Président de la République à violer la Constitution (Article 66) au moment où celui-ci tient à prouver à l’opinion qu’il est très légaliste.
Aussi bien en 1997 qu’en 2004, S.E M. Paul Biya n’a pas daigné déclarer après sa prestation de serment comme l’exige la Constitution qu’il a d’ailleurs tenu à modifier en 2008 contre le gré d’une majorité des camerounais et pourtant, l’article 56 de la Constitution camerounaise, depuis sa révision en janvier 1996 par le président Paul Biya, dispose que «le président de la République, le Premier ministre, les membres du gouvernement et assimilés (…) doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs, au début et à la fin de leur mandat.»
Les raisons de l'impossibilité de déclarer ses biens au Cameroun
La loi N° 003 de 2006 du 25 avril 2006 dresse la liste exacte des personnes soumises à cette obligation de déclaration des biens et avoirs.
La commission chargée de recevoir, d’exploiter et de conserver les déclarations des biens et avoirs a bel et bien été créée par la loi du 25 avril 2006. Mais, jusqu'ici, le président de la République n’a pas signé le décret fixant organisation et fonctionnement de ladite commission.
En plus, l’article 7, alinéa 6 de la loi relative à la déclaration des biens et avoirs précise en effet que “L’organisation et le fonctionnement de la Commission sont fixés par décret du Président de la République.” Le même texte indique aussi que le chef de l’Etat nomme le président et les sept membres de la commission. Mais, le président de la République n’a pas toujours signé le décret fixant organisation et fonctionnement de ladite commission.
Autre blocage au niveau de la constitution du Cameroun, l’un des membres de la commission de déclaration des biens et avoirs doit être désigné par le président du sénat. Le sénat n'a jamais été mis sur pied. (Lire la dernière constitution du Cameroun, Art. 67.- (1) les nouvelles institutions de la République prévues par la présente Constitution seront progressivement mises en place. (2) Pendant leur mise en place et jusqu'à cette mise en place, les institutions de la République actuelles demeurent et continuent de fonctionner :)
La loi du 25 avril 2006 précise que les personnes assujetties, actuellement en fonction ou en cours de mandat, disposent, pour déclarer leurs biens et avoirs, d’un délai de 90 jours, dès le démarrage des activités de la commission. Un démarrage attendu depuis que la constitution du 18 janvier 1996 a été promulguée. Depuis lors, on attends mais jusqu'à quand ?
© Hugues SEUMO
Commentaires
votre document ne cadre pas du tout avec la réalité locale
Monsieur,j'ai essayé de parcourir votre document et à mon humble avis ceci participe de ce que nous qualifions ici d'apprenti sorcier.Du moins vous ne cadrez pas avec la conjoncture
socio-politique du simple fait que si ce > RESTE AUSSI LONGTEMPS au pouvoir,c'est parce que les gars en face ne nous presentent pas un discours nouveau.Je puis vous assurer qu'ils sont près à prendre le pouvoir par tous les moyens et surtout par le biais de l'injure et du dénigrement,mais n'ont en réalité aucun plan social à proposer.Une des grosses légumes de l'opposition,Jean Michel Nintcheu pour ne pas le citer,demande pour répondre à cette absence de plan social>;si besoin s'en fait encore sentir,voici là une attitude quelque peu bancale et aventurière.je suis agée de 25ans et diplomé des universités camerounaises,malheureusement je vis avec ce qu'on appelle ici un call-box et je poursuis néamoins mes études.Si le jeu politique est faussé ici,c'est à cause du manque d'imagination de l'opposition et un manque criard de la culture politique de ceux-ci qui en presque 20 ans de liberté d'opinion politique n'ont retenu que deux mots >et > Sur le terrain le constat est allarmant,le SDF premier parti d'opposition est représenté sur presque 35 pour cent du territoire et le reste des partis sont des espèces de continuation de la sphère familiale ou les dirigeants ne sont connus que par leurs fratrie et meme que certains n'ont meme pas la légitimité familiale;Albert Zongang n'a meme pas la bénédiction de son village Bawang pour la présidentielle de 2011;et la liste de ces mercenaires politiques n'est guère exhaustive.Néamoins le Kamer reste un Mboa d'avenir,bien que dans la rue en ce moment,j'ai la foi qu'un jour audelà des joutes politiques antipatriotiques,je servirais mon pays car je le mérite.
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