secteVous voulez un poste de responsabilité dans la fonction publique ? Vous voulez entrer au gouvernement ou alors devenir un grand directeur général d’une société ? Désormais au Cameroun, pour avoir un haut poste de responsabilité, accéder au pouvoir social et devenir riche, la voie connue de tous est celle des cercles mystico-magiques.

Le prêtre sociologue camerounais Jean Marc Ela, aujourd’hui en exil au Canada, co-auteur avec le prêtre dominicain français de l’ouvrage Eglises d’Afrique, voici venu le temps des héritiers, avait déjà abordé avec une pertinence certaine, la question de la montée des sectes diaboliques dans les sociétés africaines. Reprenant son propos au cours d’un entretien avec des jeunes militants de la Jeunesse estudiantine chrétienne universitaire (Jecu) au début des années 90, l’abbé Ela, avait alors indiqué qu’au regard des différentes attitudes et prédispositions psychologiques de ceux qui gèrent ou ont une influence sur la société camerounaise, à l’avenir, la valeur sociale des individus et leur évolution se feront sur la base des lobbies sectaires, et des regroupement mystico-magiques.

Visionnaire comme toujours, cette argumentation de Jean Marc Ela, même si elle a été évoquée pour éclairer des jeunes dont l’esprit à l’époque était encore brumeux sur leur capacité à pouvoir scruter les mécanismes qui concourent à la gestion de notre société, se vérifie de nos jours au regard du mode de réussite sociale. L’écrivain camerounais Patrice Nganang est davantage plus explicite lorsque, dans un hommage rendu au regretté Alexandre Biyidi Awala dit Mongo Beti, il affirme entre autres que la naïveté de la génération des jeunes des années 90, connus pour leur espièglerie, est qu’ils n’ont pas compris très tôt que pour réussir chez nous, “ il suffisait simplement de plier l’échine et d’écarter les jambes ”.

Comment on devient diabolique

Toutes les valeurs humaines et traditionnelles d’affirmation sociales ont périclité en faveur d’autres arguments, qui n’ont rien à voir avec le mérite individuel. Vous voulez un poste de responsabilité dans la fonction publique ? Vous voulez entrer au gouvernement ou alors devenir un grand directeur général d’une société, ou être un prospère homme d’affaires spécialisé dans les marchés publics ? C’est simple chez nous, comme le fait remarquer le prêtre jésuite exorciste Meinrad Hebga, “il suffit d’être intelligent ”, et aller adhérer aux désormais nombreux regroupements “ intellectuels ” comme on aime à les appeler. Certains parlent à tort ou à raison, de Rose croix, Franc maçonnerie, Eboka, l’ordre des Rameaux, etc. Il faut évidemment accepter sans discernement pour la plupart des cas, leurs exigences. Et c’est ici que naissent le culte et le goût de l’absurde, de l’inhumain, et du …diabolique. Dans toutes ces “ sociétés intellectuelles ”, généralement secrètes, le sacrifice pour atteindre l’objectif initial et définitif passe, comme le dit le Père Meinrad Hebga, dans l’un de ses ouvrages, par le sang.

A l’image du Christ qui, sur la croix, a versé son sang pour sauver l’humanité, pour les adeptes des sociétés sécrètes, “ les fraters ”, il faut que coule le sang. Mais le sang qui doit couler, à la différence de Christ -Jésus, est tout sauf le leur. C’est le sang des autres, généralement celui des innocents et des âmes sensibles. Pendant les années de braise, un certain Ebale Angounou, personnage certes controversé, avait dans un témoignage rendu public et relayé en son temps par la presse nationale, et jamais démenti par les tenants du pouvoir, évoqué une macabre messe diabolique dans un cimetière catholique bien connu à Yaoundé. Des membres du gouvernement, disait-on alors, s’étaient retrouvés au milieu de la nuit, dans ce cimetière chrétien, pour assister à une messe dite par un évêque catholique et où tous les participants apparemment solidaires ont bu, à gorges ouvertes, du sang d’un jeune homme de 23 ans étranglé quelques heures avant.

Une pratique pour consolider le pouvoir

Le but de cette messe était alors, disait l’interviewé, de consolider le pouvoir. Evidemment, l’édition du journal qui avait publié l’interview d’Ebale Angounou avait été saisie et personne n’avait voulu croire qu’une chose pareille soit possible dans un pays où le chef de l’Etat, ancien séminariste, démontre à chaque occasion sa piété chrétienne.

Mais qui peut dire, au regard de ce qui se passe aujourd’hui dans notre société, avec les meurtres répétés des enfants sur l’ensemble du triangle national, que cette histoire n’était point fondée ? Surtout que d’autres crimes de citoyens camerounais avec leurs relents diaboliques (dépouillements d’organes, etc.) semblent devenir banales, et que leurs auteurs, lorsqu’ils sont appréhendés, non seulement ne s’en émeuvent pas outre mesure, mais aussi traitent ceux qui en sont scandalisés de “ naïfs ”. Et quand on ajoute à cela des habitudes sexuelles peu orthodoxes à la culture africaine, genre homosexualité masculine et féminine à but ésotérique, inceste familial, désormais pratiqués ouvertement, et difficilement réprimés par la justice même dans les cas de flagrants délits, on peut donc crier, que chez nous au Cameroun, la République des sectes est née, avec entre autres activités, le grand marché des organes humains.

© 2005 Le Messager  Jean François CHANNON