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561 millions de FCFA emportés chez un ministre : Le Cameroun est-il devenu un Gymkhana des voleurs de la république ?

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Depuis jeudi dernier, le Cameroun fait les choux gras de l'opinion nationale et internationale. Des titres alléchants de journaux et de magasines dans les capitales occidentales évoquent l’image d’un pays arriéré qui se fait facilement avoir par ses dirigeants corrompus et des profiteurs du système de tout acabit.

Les lecteurs du monde occidental ont été tenus en suspense et amusés par l’histoire rocambolesque d’une république bananière où des hommes armés emportent plus de 561 millions de FCFA chez un ministre.

Toujours chez ce même ministre de la république, en 2012, plusieurs centaines de millions de FCFA étaient emportés par…. des hommes armés. Et comme si cela ne suffisait pas, le 17 avril 2015, plus de 300 millions de FCFA, étaient emportés à la même résidence d’André Mama Fouda. La résidence de ce ministre est-elle devenue une banque privée ?

André Mama Fouda, est un ingénieur. Sa carrière commence le 1er janvier 1974, à la Société immobilière du Cameroun (SIC) au poste d’ingénieur opérationnel. Dans les années 1990, il y assume la fonction de directeur général par intérim. D'août 1991 à septembre 2007, il est directeur général de la Mission d’aménagement et d’équipement des terrains urbains et ruraux (MAETUR) et ministre de la Santé depuis 2007

Calculatrice à la main, est-ce possible au Cameroun en 42 ans d'amasser une telle fortune estimée à plus d'un milliard de franc Cfa?

Contrairement au dicton qui dit que le pouvoir corrompt, ce n’est pas au pouvoir que les hommes politiques camerounais deviennent des voleurs. C’est pour voler qu’ils viennent au pouvoir. Les hommes politiques au pouvoir au Cameroun volent pour s’enrichir personnellement souvent à la limite de l’obscène et de la démesure.

Cette criminalité de haut niveau qui est le fait d’une classe donnée – celle dirigeante – n’est pas sans influence morale ou éthique sur le reste de la société

Nous ne sommes point dans une dissertation de philosophie et de juridisme, mais nous parlons de la vie et de l'avenir de 22 millions d'âmes camerounaises, qui ne peuvent plus être confisqués par un conglomérat d'autocrates, de népotistes, de détourneurs de fonds publics et de démagogues. Le Cameroun a besoin d'un nouveau souffle politique pour conjurer un système politique prédateur vieux de plus de trente ans

Un ministre voleur – ce qui est un pléonasme – ne vole pas l’argent de sa famille personnelle, puisqu’il est bien conscient que c’est l’argent commun qu’il doit gérer en bon père de famille. Si sorti de sa famille, et dans une moindre mesure de son village, il s’érige en voleur national, c’est qu’il considère la nation comme l’espace naturel de chasse ; c’est qu’il ne ressent pas la nation comme une famille. Voilà démontré en quelques lignes les motivations de nos dirigeants à s’éterniser au pouvoir… pour mieux remplir les poches et assouvir leur peuple. Mais, à qui la faute ?

Arrivé au pouvoir en 1982, Paul Biya a fait rêver les Camerounais. Il s’est attelé avec zèle à la dégradation de toutes les institutions publiques. Il a préféré humilier tous ceux que le pays comptait de compétents pour s’entourer d’ignares et de roublards de tous bords devenus les thuriféraires du régime

Ce n’est pas insulter le rôle historique qu’a pu jouer Paul Biya dans l’histoire contemporaine du Cameroun que de dire que son entêtement de s’entourer des prédateurs de la république agace déjà la nouvelle génération des camerounais.

Un vieillard retranché dans son palais ne peut pas diriger un pays jeune, dynamique, sous tension économico-sociale, en pleine mutation. Il faut quelqu’un auquel les jeunes générations puissent s’identifier, quelqu’un qui soit au centre de l’action et au milieu de son peuple, quelqu’un qui insuffle de l’énergie. Biya est un dinosaure d’un autre temps. Ce dernier incarne désormais un système sclérosé, gérontocratique, élitiste, militariste, corrompu, auquel il faudra s’attaquer et réformer de fond en comble pour améliorer la redistribution des richesses du pays

Avec ce qui s’est passé chez Mama Fouda, nous comprenons désormais que pour s’enrichir illicitement, il faut désormais s’attaquer aux domiciles des ministres de la république…

Pourquoi les dirigeants actuels camerounais sont issus de cette « race » d’hommes dont la course à l’enrichissement illicite est devenue une addiction ?

Le Cameroun a souffert et continue de souffrir d’une gestion défectueuse des décennies durant, pendant lesquelles ses ressources, au lieu d’être exploitées au bénéfice de sa population, sont devenues une source de richesse pour les dirigeants.

Comment prétendre aimer son peuple quand on ne vit pas la réalité quotidienne de ses administrés. Du système de santé au système éducatif, nos dirigeants n’assurent pas les besoins élémentaires des populations. Comment améliorer le système de santé quand leur moindre mal est soigné dans les hôpitaux occidentaux ? Comment améliorer le système éducatif quand leurs enfants sont depuis la maternelle inscrits dans les écoles occidentales ? Comment lutter contre l’inflation quand ils font leurs emplettes dans les supermarchés occidentaux ? Comment prétendre aimer son peuple quand sa résidence principale se trouve en occident et la secondaire dans son pays ?

Le temps est venu de rompre avec cette déification de la richesse matérielle et avec les abus qui appauvrissent les populations et empêchent notre pays d’accéder au développement économique.

Il importe, aujourd'hui, au stade embryonnaire de la démocratie au Cameroun, d'assainir le milieu politique en discutant plus des hommes et des femmes que de leurs programmes politiques. Il est impérieux de savoir qui est qui, qui a fait quoi, qui vient d'où, qui cherche quoi en réalité. Il est attesté que les politiciens camerounais ont les idées valables pour ce pays ; en même temps qu'ils continueront à les exposer, il faudra s'interroger sur eux-mêmes. Car, il est temps de se chercher, parmi les siens, les oiseaux rares, les hommes et femmes exceptionnels pour diriger ce grand et beau pays

Un peuple conscient des dangers qui le guettent, ce qui est le cas pour nous, et convaincu de défendre le bon droit, finit toujours par vaincre.

 

Hugues SEUMO

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