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Cameroun : Pourquoi les hôpitaux camerounais font-ils peur ?

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De l’immense défaite et de l’humiliation constante que nos dirigeants entretiennent, la plus inacceptable est sans doute notre incapacité à avoir chez nous aussi des hôpitaux où nous pouvons aller nous faire soigner en toute confiance.

Nous n’avons même pas été capables d’entretenir les infrastructures hospitalières que le système colonial nous avait laissées. Et pourtant dans le domaine de la formation des cadres hospitaliers, le Cameroun a aujourd’hui de nombreux spécialistes qui font la fierté des hôpitaux européens ou nord américains. Ils sont partis en raison des incohérences de l’État phagocyté par la corruption et incapable de valoriser les métiers liés à la santé de nos populations.

Observez bien l’infirmier du dispensaire du village ou la sage-femme d’une maternité, perdus au fond du village, pensez-vous que leurs métiers sont valorisés par l’Etat, quand ils se retrouvent sans médicament en cas de morsure de serpent ou de l’urgence d’une césarienne en pleine nuit dans des contrées sans route?

Le contribuable camerounais est condamné à se faire soigner dans des dispensaires ou hôpitaux sans médicaments. Le mal est tel que si un pays étranger offre demain un hôpital tout neuf avec le matériel nécessaire au Cameroun, il ne sera même pas entretenu et dans les trois ans qui suivront tout deviendra méconnaissable.

Le malade au Cameroun doit venir avec l'argent et les médicaments pour être soigné. Le malade doit payer les gangs pour le chirurgien, les fils et les aiguilles pour les points de sutures et parfois son matelas pour l’hospitalisation par terre dans un couloir de l’hôpital.

Que de fois n'a-t-on été le témoin proche ou éloigné d'un décès qu'on attribue à une négligence médicale ou un manquement professionnel grave ? Vous êtes sans doute au courant qu'un médecin est décédé l'année dernière à l’hôpital général de Douala, suite d'une négligence médicale, parce que les médecins demandaient l'argent avant tout traitement. Vous voyez là, un médecin qui a fuit l'hôpital où il travaille pour aller se faire soigner ailleurs, toujours au Cameroun.

Faites un tour dans les urgences des CHU de Douala, Yaoundé, pour voir de vos yeux ce qu’est le visage de l’enfer ici bas

Ce n’est un secret pour personne encore moins une hypocrisie pour un touriste qui arrive pour la première fois au Cameroun. L’état désastreux de certains de nos hôpitaux et de nos dispensaires constitue l’une des causes de la grande mortalité au Cameroun, en passant par le manque des appareils médicaux fiables, la qualité douteuse des médicaments souvent prescrits par les médecins, l’accueil dans les services hospitaliers etc.

Le premier contact du patient avec l’hôpital ne se passe pas toujours dans de bonnes conditions. Les visages crispés des infirmières et des comportements frisant le mépris sont servis la plupart du temps aux malades. Pour un moindre service, il faut corrompre, du vigile jusqu’au vendeur du ticket d’accès, tout se « négocie ».

Dans les campagnes et même dans certaines de nos cités, on découvre la précarité, la misère et la saleté dans nos unités hospitalières. Si ce n’est pas de l’eau potable qui fait défaut, ce sera le manque d’électricité.

A Douala par exemple, on a peu de lits dans les hôpitaux publics. Ainsi, les malades sont choisis par degrés divers. Les malades se plaignent des discriminations et des attitudes pas toujours avenantes. " Lorsque le patient arrive on ouvre un dossier. Si le cas est urgent, il bénéficie d’un pack en deuxième intention, mais en réalité, il n’y a pas de pack aux urgences et les familles doivent s’en charger. Pour les plus démunis, on se débrouille ", lance une infirmière.

C'est ici que l'on rencontre des personnels de santé qui, confrontés à des conditions de vie difficile, sont souvent davantage préoccupés à compléter leurs revenus qu’à dispenser des soins, à tel point que l’on peut arriver à se demander pourquoi les patients se rendent encore dans des établissements de soins

A Ngaoundal, on crie au manque de personnel. Le constat s’étend à la quasi totalité des formations sanitaires publiques et privées du Cameroun : les personnel manquent, et les malades abondent. Pourtant, les problèmes responsables de cette crise sont connus.

De récentes statistiques font état d’une répartition de 2 médecins pour 1000 camerounais. Cette statistique bien que déjà insoutenable sur le papier, prend une portée plus terrifiante sur le terrain, qu’on soit en zone rurale ou en zone urbaine, dans des établissements publics ou en clientèle privée.

De nombreux hôpitaux publics du Cameroun sont touchés par le départ des médecins et autres spécialistes de soins de santé qui vont vers le secteur privé local ou les bureaux des organisations internationales, installés en Afrique, qui offrent des salaires plus attractifs. D`autres encore préfèrent aller vers l`Europe et les Etats-Unis d`Amérique où, selon eux, ils pourraient trouver de meilleures conditions de travail.

Vous n’avez sûrement jamais été dans une salle d’hospitalisation au Cameroun, à contempler les gestes d’un malade qui se nettoie le cul après s’être soulagé dans un seau fermé et dissimulé sous son lit. Ça ne prête aucunement à rire, mais, posez vous la question sur son geste. Il vous répondra que les toilettes ne fonctionnent plus depuis belle lurette et que l'eau du robinet ne coule plus.

Malheureusement, ce sont les malades qui font les frais de ces manquements dans nos formations sanitaires. A regarder de près les souffrances que les patients endurent dans nos hôpitaux, on a l’impression de l’inexistence de l’Etat.

Les personnels hospitaliers, à cause de la misère, sont devenus des caricatures : paresseux, négligents et résolument vénaux, comme si être malade suppose forcément que le patient possède tout-à-coup, des millions à jeter par la fenêtre. Au Cameroun, si tu es malade et que tu n’as pas l’argent, tu meurs

Les sept hôpitaux nationaux, les plus équipés du pays, et considérés comme des centres de référence, sont concentrés à Yaoundé et Douala , les deux plus grandes villes du pays pendant que les autres villes continuent à s’accrocher à des bâtiments coloniaux avec des équipements approximatifs.

Le paludisme tue ainsi que les maladies liées à l’infection au Vih, à la tuberculose, à l’hypertension etc.… Le sida continue sa triste besogne pendant que les ARV sont détournés au niveau du service du ministère de la santé public qui s’occupe de sa distribution dans l’arrière pays. Jour comme nuit, on ne cesse d’enterrer dans nos cimetières à cause de la misère, des erreurs médicales, des manques de soins appropriés etc. Un hôpital n’est quand même pas un camp d’extermination...

Comment comprendre qu'un simple mal de tête puisse amener quelqu'un à la morgue, quelques heures à peine avoir été conduit dans l'un des hôpitaux qu'on cite comme de référence au Cameroun?
Certains de nos hôpitaux emprisonnent même les patients.... Tout simplement parce qu'ils n'ont pu solder une dette, après avoir reçu des soins

Dans les campagnes, les hôpitaux très sales ne sont que des salles de transit pour la mort donnant ainsi l’image triste d’un pays malade. Comment se faire hospitaliser par exemple à l’hôpital de district de Bonassama quand il n’y a pas de lit, de matelas dans les chambres d’hospitalisation ? Comment parvenir à acheter les médicaments quand on les retrouvent quelques fois à des prix exorbitants ? Sommes nous en train de vivre dans un pays devenu le berceau de la mort ?

Dans un pays où l'insécurité sanitaire est grandissant, dans un pays où on meurt à l'entrée des hôpitaux par manque de soins, dans un pays où les détenteurs du pouvoir et les mieux nantis se soignent plutôt à l'étranger, les Camerounais n’ont qu’une crainte majeure qui hante les esprits : celle de tomber malade et de devoir affronter la misère noire des hôpitaux.

Nos contradicteurs, qui n’ont que leurs visions calculatrices et égoïstes comme buts de vie, chercheront ici des mauvaises intentions dans notre questionnement. Non, il s’agit ici de réaction légitime sur l'état d'un système en pleine décrépitude .

Nous faisons le pari ici et devant vous que celui qui fait un tel raisonnement sera perçu chez nous comme un ennemi de l’Etat et de son gouvernement.

La mort pitoyable du président gabonais, le mollah de Libreville, El Hadj Omar, Albert Bernard Bongo à Barcelone le 08.juin 2009, fut une honte pour l’Afrique. Voilà quelqu’un qui après plus de 40 ans de règne n’a même pas été capable de construire un seul hôpital digne de ce nom dans son pays.

Le président Bongo, a pu assister lui-même à sa propre fin, à la mort de sa femme, à la faillite morale, économique et sociale du Gabon et à sa propre fin de vie dans des conditions humiliantes dans un hôpital étranger. Nous ne souhaitons pas que ce soit le cas au Cameroun. Est ce que nos dirigeants se servent de leçons pour corriger leurs erreurs ?

– Le Président ghanéen, Kwamé Nkrumah est mort le 27 avril 1972 à Bucarest en Roumanie, d’un cancer de l’estomac, à cette époque il n’exerçait plus de fonctions officielles.

– Le Président algérien, Houari Boumediene, après avoir été soigné à Moscou, est décédé le 17 décembre 1978 d’une Tumeur cérébrale, à l’hôpital Moustapha Bacha, d’Alger.

– Le président angolais, Dr Agostino Neto, est lui aussi mort à Moscou officiellement des suites d’une intervention chirurgicale, le 10 septembre 1979.

– Le président guinéen, Ahmed Sékou Touré, pour respecter la phraséologie révolutionnaire, est mort sur la table d’opération du Mémorial Hôpital, sur les bords du Lac Erié à Cleveland dans l’Ohio aux USA. Le 26 mars 1984. Il souffrait d’une déchirure de l’aorte.

– Le Général Seyni Kountché, Président du Niger est mort le 10 novembre 1987, à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris des suites d’une tumeur cérébrale.

– Le 30 novembre 1989, l’ancien président camerounais Ahmadou Babatoura Ahidjo, meurt en exil à Dakar au Sénégal, d’une dépression et d’un diabète avancé.

– Le 7 décembre 1993 Félix Houphouët-Boigny, le président de la Côte d’Ivoire meurt officiellement à Yamoussoukro, après une opération relative à un cancer généralisé de la prostate à l’hôpital Cochin à Paris en France.

– Le 7 septembre 1997, mourrait à Rabat au Maroc, le Maréchal Mobutu Sésé Séko, ancien président du Zaïre, des suites d’un cancer généralisé de la prostate, après une opération au CHIV de Lausanne en Suisse.

– Le Muwalimu, Julus Nyéréré, meurt lui le 14 octobre 1999 dans un hôpital londonien des suites d’une insuffisance rénale

Nous arrêtons ici ce chapelet macabre pour aller à l’essentiel et vous dire que la santé est le bien le plus précieux des êtres humains et quand on est président, la première des choses à faire est de donner au pays qu’on dirige un système sanitaire de qualité, permettant à ses concitoyens de se soigner dans de meilleures conditions.

L’hôpital, comme expression de notre indépendance, est une réalité de notre temps, le président, Nelson Mandela, qui souffrait d’une infection pulmonaire avait reçu tous les soins relatifs à sa santé au Mediclinic Heart Hospital de Pretoria.

Le Roi Hassan II du Maroc est mort le 23 juillet 1999, au palais royal de Rabat aux mains d’une équipe médicale Marocaine.

Le président Ghanéen John Atta-Mills est décédé le 12 juillet 2012, à l’hôpital militaire d’Accra.

Nous espérons qu’au Cameroun, un esprit nouveau émergera, pour mettre l’hôpital au cœur de toutes les préoccupations


Hugues Bertin SEUMO

Posté par seumo à 16:25 - ANALYSES - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    CONSTERNANT...

    Constat consternant. Et une question : que faire ?

    Posté par HUBERT, 31-03-17 à 20:10
    • Belle question Hubert
      Triste tout de même au XIXe siècle

      Posté par seumo, 31-03-17 à 22:29

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