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4 Novembre 1982, 04 Novembre 2017, il y a 35 ans, Ahmadou Ahidjo, âgé de 58 ans, premier Président de l’Histoire du Cameroun quittait le pouvoir.

Nous sommes le 4 novembre 1982. Il est 20h. Les Camerounais sont devant leur poste de radio pour écouter les informations du jour. Fait inhabituel, c’est l’hymne national qui ouvre le journal. La surprise et l’inquiétude gagnent les auditeurs. C’est le Président de la République son excellence Ahmadou Ahidjo qui ouvre le journal de sa voix tonitruante.

Ce 04 novembre 1982, le président Ahidjo annonce sans détour aux Camerounais qu’il a décidé de démissionner de ses fonctions de président de la République et que cette décision prendra effet dans deux jours, c’est à dire le 6 novembre 1982 à 10h.

Un séisme d’une magnitude indétectable vient de s’abattre sur le Cameroun car personne ne s'y attendait. Soudain le cœur du pays s’arrête de battre. En quelques secondes, le pays est gagné par l’incertitude et le doute. Incertitude quant au sort futur du pays, doute quant à la volonté réelle de démission du Président, tant depuis l’indépendance il règne de façon autoritaire et sans partage sur le pays. En mi 1982, Ahmadou Ahidjo semble se décider. Germaine, son épouse, suit de près tous les actes d’une mise en scène bien ficelée.

Le 29 octobre de la même année, il se rend à Grasse en France, pour se soigner et profite de ce séjour pour rencontrer Guy Penne, le “ Monsieur Afrique ” de François Mitterrand. Devant lui, au cours du repas, il avale une dizaine de pilules et se dit surmené, au bout du rouleau. De quoi parlent les deux hommes. Toujours est-il que Guy Penne sort de l’entretien un peu bouleversé. Et, le 3 novembre, Ahidjo rentre secrètement à Yaoundé. Au bas de la passerelle, le protocole est réduit au strict minimum. Le secrétaire général à la présidence de la République, Samuel Eboua, et le Premier ministre, Paul Biya, sont les seuls autorisés à venir l’accueillir.(1)

Quelques instants après, Ahmadou Ahidjo convoque son Premier ministre, pour lui faire part de son voeu de lui confier les rênes. Et veut une réponse dare dare. Après un moment d’hésitation, il accepte ” malgré lui”, croit -on alors. Seulement, Germaine Ahidjo n’est pas une chaude partisane de l’homme. Et essaye d’en dissuader son mari. Diplômé en sciences politiques et ayant travaillé dans son ombre, Paul Biya a les faveurs des pronostics de son époux.(2)

Qu'est ce qui avait animé le président Ahidjo à quitter le pouvoir ? Était-ce le rêve d'une alternance politique paisible qui l'animait ? Que s’était-il donc passé ?

En dépit de quelques analyses des médias occidentaux ayant évoqué le cas du repos médical du chef de l'Etat, personne ne le saura peut-être jamais.

Le 6 novembre 1982, jour de la prestation de serment, son discours est incisif et conquérant. Il entend s’affirmer comme président de la République, chef du gouvernement.

Quelques mois plus tard, rapporte le Professeur Joseph Owona dans ”Renouveau Camerounais, certitudes et défis” , que Paul Biya avait même confié à un intime qui lui rendait visite nuitamment : ”Je n’y faillirai point et je suis prêt à aller jusqu’au martyr”. Dire que cela fait déjà 35 ans d'autant plus qu'il figure parmi les chefs d'État africains comptant le plus long règne…

(1) et (2): Les notes de Guy Faravella, Edition Libris

© Hugues Seumo