Pourriture_Cameroun26121680

L'année 2017 tire à sa fin. Encore quelques heures, les carillons de 2018 vont sonner et le constat pour peu qu'on soit honnête, est hélas triste sur tous les plans au Cameroun.

Lorsque Monsieur Paul Biya arriva à la tête de la magistrature suprême du pays en 1982, le Cameroun accéda à ce qu'on a appelé à l'époque « l'ère du renouveau démocratique ».

Lorsque celui-ci a proclamé la transparence dans la gestion du Cameroun, la sécurité, la recherche de l'efficacité comme projet de gouvernement, tout le peuple s'était promis dans la joie de défendre un tel projet quoi qu'il pût lui en coûter. Parce qu'il correspondait aux aspirations légitimes et profondes des citoyens longtemps abusés.

Tous , nous nous étions ainsi proposé de cheminer en toute indépendance aux côtés du président Biya pour l'aider à mener à bon port sa politique à bord de laquelle il venait d'embarquer le peuple.

Quelques mois plus tard, ce que nous redoutions arriva hélas... à mi-chemin du parcours sous forme d'une gouvernance substituée en pillage, tribalisme, népotisme, violation systématique des droits de l'Homme... ..

Des pratiques malsaines qui vont perdurer.

Que ce soit de la répression du putsch de 1984 par M. Biya avec des centaines d'exécutions extrajudiciaires, de la récurrence dans la fraude aux multiples consultations électorales, de la corruption généralisée érigée en institution, que ce soit les assassinats des forces de l'ordre dans les années 90 avec l'avènement du multipartisme au Cameroun, que ce soit des atteintes graves et permanentes à la vie des citoyens voire le cas patent du Commandement opérationnel des années 2000 avec son cortège de viols, assassinats, découvertes des charniers à Douala... ces pratiques malsaines inquiètent et suscitent des interrogations.

Toujours dans le même registre des manquements humains graves, des centaines des jeunes ont été assassinés en 2008 au Cameroun par la soldatesque de Monsieur Biya alors qu'ils ne réclamaient que les conditions de vies meilleures et la non modification de la constitution du Cameroun. Le régime au pouvoir au Cameroun lors de ces émeutes de février 2008 a offert un cocktail explosif de sentiments qui nous a fait "valser" de l'extase au désappointement total au point que nombreux sont ceux qui se sont mis à se demander à haute voix s'il y a encore un Etat au Cameroun .

Le sentiment national reste fragile dans les régions anglophones du Cameroun car leurs doléances sont rejetées. Cette menace de la sécession brandie par certains d’entre nos compatriotes est l'indicateur d'un malaise qui dure.

Le pouvoir de Yaoundé, contestée dans sa capacité à unir la Nation, auteur de toutes ces dérives, a cru que les problèmes enfouis au fond de la mémoire collective d'un peuple sont facilement manipulables. Or à tout moment dans l'histoire d'un peuple, le triste vécu quotidien peut resurgir et faire mal dès lors qu'il n'a pas été résolu.

Au Cameroun, il faut plus d’exemplarité au sommet de l’Etat.

On ne le dira jamais assez, il est indécent pour nos dirigeants d’étaler un patrimoine douteusement acquis tout en réclamant des efforts aux citoyens privés du minimum. L’expansion de la corruption devenue le sport favori des tenants du pouvoir met gravement en danger toute volonté de bonne gouvernance et toute ambition nationale de démocratisation de l’administration du pays.

En lançant le binôme « Rigueur et moralisation » en 1982, Paul Biya avait-il mesuré l’ampleur du chantier ? Non, visiblement. En tout cas, il est carrément passé du côté de l'espoir d'un peuple, et s’est essoufflé par la suite parce que usé par un pouvoir atteint par le cancer d'anti-alternance. Cela indique qu’il avait bien rêvé de noyer le Cameroun jusqu'au jour où il sera appelé à la mission naturelle de l'enfer terrestre...

A présent, pour mettre un terme à ces phagédénismes insidieux, le peuple camerounais a besoin, pas tant d’une alternance à la tête de l’Etat, ni même d’une alternance générationnelle ou de genre, mais plutôt d’une vraie alternative éthique, politique et sociale, à même de porter en avant les aspirations profondes de nos concitoyens et concitoyennes.

Pour reprendre Serge Olivier Atangi dans l'une de ses récentes sorties médiatiques, "Biya a promis faire du Cameroun un pays émergent en 2035. Il faut pourtant avouer que dans les conditions actuelles de travail et des mentalités que lui-même a mises en place et continue sponsorisé par la nomination des personnes peu recommandables pour conduire ce processus et par le pillage systématique des ressources, le pays vole plutôt en sens inverse à l'allure d'un Boeing qui a atteint sa vitesse de croisière avec pour pilote un certain Biya Paul bi Mvondo Barthélémy".

En favorisant le clientélisme des uns au détriment de l’excellence par la méritocratie des autres, l’Etat crée du communautarisme clanique.

Les concours d'entrée dans les grandes écoles du pays a engendré ce qu'on appelle désormais au Cameroun, la naissance des dynasties administratives . Nos dirigeants inscrivent tout simplement leurs enfants dans ces grandes écoles et le reste des inscrits, sont ceux qui ont monnayé à coups de millions de nos francs CFA leur place

Les dirigeants camerounais, bailleurs du pouvoir politique camerounais, à une origine idéologique connue de tous, par le biais d'une efficace dynamique de positionnement, tirent toutes les ficelles de l'économie du Cameroun vers eux.

Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir les yeux et de voir entre quelles mains se trouvent les secteurs essentiels de l'économie, de l’administration des plus importants projets, des sociétés d'Etat, et à qui reviennent les marchés publics les plus juteux, etc.

Dans cette ridicule accaparement des richesses du pays par un groupuscule d'égoïstes calculateurs, les populations suffoquent face à des promesses qu'elles espèrent recevoir comme une manne du ciel en 2035... pourtant, ces pauvres misérabililisantes dont l'effectif croit au jour le jour, constituent un volcan non éteint qui risquerait de tout balayer sur son passage en cas d'éruption. Les années passent, et rien ne change au Cameroun. Mais, jusqu'à quand ?

Hugues SEUMO