Roi_Canton_Bell_Um Nyobe

Même après avoir ingurgité quelques comprimés pour se soulager des maux de têtes dus aux aléas de la vie quotidienne camerounaise, on ne cessera jamais de se poser des questions sur ce qu'on a vu samedi dernier dans l’après-midi à Douala au lieu-dit Mobil Njo Njo- Bonapriso.

La barrière du chantier d’aménagement du monument dédié à Um Nyobe a été complètement détruite. Idem pour des sacs de gravier et autres matériels du chantier.

Des images et vidéos qui circulent sur la toile nous renseignent que ce chantier a été détruite par les chefs traditionnels du canton Bell, à coups de pelle et de marteau, au cours d’une descente musclée effectuée sur les lieux.

La question que nous nous posons ce jour est celle liée à la société camerounaise pour ne pas dire l'Etat du Cameroun.

Dans quel Etat du monde, une personne ou un groupe de personnes fut-elle Chef traditionnel peut se permettre de se rendre justice en détruisant un édifice public construit ou en construction avec le fruit des biens des contribuables ?

Il n'est plus rare de constater dans nos sociétés contemporaines qu'il n y a en effet rien de plus dangereux qu’une dégénérescence cheffale au Cameroun, venant du fait que les populations n’ont plus confiance en leurs chefs et aux institutions qu’ils incarnent.

Nous avons vu l'activiste nationaliste André Blaise ESSAMA emprisonné à deux reprises pour avoir détruit des monuments consacrés à des étrangers et l’érection en leur lieu et place de monuments de héros nationaux camerounais dont Um Nyobe.

Pour ma part, je pense que l’imaginaire collectif camerounais a besoin de références locales, de figures historiques, de leader charismatiques pouvant servir de modèle comportementaux et capables de faire des émules au sein des générations futures. Um Nyobé parmi tant d'autres était de cette trempe.

En détruisant le monument de Ruben UM NYOBE, le canton BELL a failli et trahi la mémoire de l'ensemble de nos héros, y compris ceux qu'ils prétendent défendre. Douala Manga Bell, Martin Paul Samba, Charles Atangana, UM Nyobe, Félix Moumié, Ernest Ouandié, Ossende Afana et les autres héros nationaux n’auraient jamais accepté que les Camerounais se divisent autour de leur mémoire respective. Car ils n’appartiennent plus à leurs ethnies. Ils font partie du patrimoine commun.[Eugène Nyambal]

Ces destructions représentent un préjudice énorme et pas seulement pour le patrimoine. C’est l’identité historique de tout un peuple qui a été atteinte. En cela, cette destruction constitue bien un délit condamnable et sanctionné par la loi .

Il est important pour un peuple d'honorer ses grandes figures. Les grandes nations, les grands peuples, les grands Etats, n'ont aucun sens sans leurs mémoires historiques.

Depuis les temps anciens, la mémoire historique des héros nationaux a toujours été une préoccupation de tous les Etats et d'un peuple qui se respecte. La mémoire d'un peuple n'est en réalité qu'une véritable entreprise d'exaltation de toutes les grandes figures et de tous les événements qui ont marqué de leur pierre de touche à la construction de sa société dans le temps.

Faites un tour en occident, en orient et autres, où chaque rue, chaque place publique, chaque auditoire dans les universités, chaque carrefour, vous invitent à revivre les étapes de l’histoire de leurs peuples, et où des effigies, des portraits, des sculptures, vous imposent de respecter ceux qui ont marqué à jamais leurs sociétés de leurs empreintes comme des cachets à encre indélébiles.

A Paris par exemple vous pouvez visiter à Pierrefitte-Sur-Seine le Parc Nelson Mandela, en Autriche vous pouvez longer la rue Kwame NKrumah, au Nigeria juste à coté de nous, vous avez le TAFAWA BALEWA university, Ahmadou Bello University, en Guinée Equatoriale, vous pouvez visiter le Kwame Nkrumah Square à Malabo…

Plus loin de nous et plus précisément à Madagascar, vous avez l’Avenue Médard Ntep (Franco- Camerounais qui vit à Paris), une figure vivante et active dans les œuvres humanitaires. L’on dira qu’on n’est jamais prophète chez soi...

Alors, chers majestés du canton Bell, vous êtes en train de tuer notre pays à petit feu. Réveillez-vous, ne soyez pas en plus à la fois les assassins et les fossoyeurs de notre histoire.

Tous nos héros se sont battus corps et âmes pour le devenir du Cameroun sous les regards du monde entier qui est ici témoin que ces braves compatriotes, sont tombés dignement au champ d’honneur pour défendre leur pays les armes inoffensives en main. Leur mort historique, appelle après méditation à la réalisation de l’unité des cœurs et des consciences et du nécessaire sursaut national dans la diversité sauvegardé des options et des familles de pensées.

Chers majestés du canton Bell. Savez-vous que l’étranger qui arrive au Cameroun et un enfant qui naît aujourd’hui n'auront aucune information sur le Cameroun en dehors de quelques banales plaques qui jonchent les recoins des rues de nos grandes cités et qui ont été gommées à maintes reprises pour porter des appellations individuelles diverses.

Au Cameroun, les héros contemporains sont ceux qui arnaquent impunément le pauvre peuple (Feyman), ce sont ceux roulent en grosses cylindrées achetées avec l’argent du contribuable, ce sont ceux qui continuent à dégrader nos rues devenues des nids-de-poule tout en prétendant de les reconstruire.

Les héros sont ceux qui, sur simple dénonciation même calomnieuse, ont droit de vie et de mort sur le pauvre citoyen sans voix, ce sont ceux qui à longueur des journées chantent leurs cantiques sur les ondes des médias de l’Etat, ce sont ceux qui refusent de rendre Justice «au nom du peuple camerounais, qui hypnotisent suicidairement leurs adversaires politiques, Ce sont encore ceux qui ont pu acheter comme des clients d’un commerce une place à l’Assemblée Nationale. Le héros c'est celui qui pratique l’exclusion dans la gestion des affaires publiques alors que le Cameroun a besoin de toutes ses composantes pour se bâtir.

Nos héros ont droit à une réhabilitation nationale, leurs noms gravés dans nos édifices.

Ces héros appartiennent à tout un peuple. L’histoire doit retenir qu’un homme a défendu l’indépendance totale et immédiate du Cameroun, pas du peuple Bassa, mais de tout un peuple...le peuple Kamerounais..

Hugues SEUMO