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Une image insoutenable, celle d'un enfant, porté , jambes pendantes par un secouriste improvisé sur les lieux du glissement de terrain qui fait suite à des pluies diluviennes qui se sont abattues cette nuit du 28 au 29 octobre 2019,au quartier Gouatchie 4, dans le 3 ème Arrondissement de Bafoussam, chef lieu de la région de l'Ouest Cameroun.

Plusieurs autre images prises sur les lieux du drame, présentent des riverains, en train de s'affairer sur le site pour sortir des corps des décombres. La photo qui nous a interpellé est celle de jeune enfant

Nous avons voulu ne pas publier cette photo, mais, vu les réactions qu'elle suscite sur la toile et plus précisément sur les réseaux sociaux, nous pensons que cela valait la peine. Aussi choquante soit-elle, cette photo traduit l'horreur de la gestion calamiteuse des catastrophes naturelles au Cameroun

Cet enfant, vêtu d'une veste mauve et d'une culotte rose qui a perdu son éclat du fait de la violence des éboulements qui l'ont enseveli au quartier Gouatchie à Bafoussam, a simplement eu la malchance de se trouver tout comme de nombreuses autres victimes au mauvais moment et ce, à une heure où tous le monde est supposé se trouver à la maison.

Ils sont nombreux, qui ont perdu la vie suite à cette catastrophe naturelle de Bafoussam.

Cet enfant à nos yeux est quant à lui devenu le symbole d'une réalité rebutante et indécente. Celle de l'impuissance d'un peuple face à une politique honteuse au Cameroun dont on ne préfère pas voir de visage. Pourtant, on estime déjà à plus d'une vingtaine de morts, le bilan non officiel de ce glissement de terrain de Bafoussam

On retrouve dans cette photo tous les éléments émotionnels qui sortent de la banalisation de toutes les images sur la guerre. Elle interpelle notre conscience, notre devenir, le devenir de nos enfants, de nos jeunes, nos vieux , voire de notre peuple meurtris par la sommité des négligences dans notre bien être.

Comment ne pas être agacé par ce triste spectacle devenu récurrent ? Et c’est bien dommage, car cette tragédie au Cameroun dure au moins depuis des décennies.

En dépit de toutes les réactions des forces vives de la nation camerounaise depuis quelques années, le problème de l’abandon et la gestion des catastrophes naturelle n’a pas jusqu’ici trouvé une thérapie viable et satisfaisante.

Ce n’est pourtant pas la première image diffusée sur ce drame depuis ce 29 octobre 2019. Pourquoi celle-ci fait mal ?

Parce qu’il y a, dans cette photo, un effet de choc. Cet enfant, transporté à mains nues par des sauveteurs amateurs, nous touche en tant que père, mère, frère ou sœur. Cela ne peut qu’interpeller l'irresponsabilité des pouvoirs publics

Ailleurs, même chez nos voisins les plus proches, en pareille circonstance d'action humanitaire, seuls les experts en secourisme et des médecins spécialisés interviennent. Au fait, Où sont les sapeur pompiers?

Pourquoi faut-il montrer cette photo?

Une image vaut mieux que mille mots a-t-on coutume de dire . Il le fallait car, se taire, c'est participer à la cacophonie ambiante dans ce pays. Il faut dénoncer ce qui est insupportable.

L’opinion publique ne veut d’ailleurs pas qu’on lui masque la réalité. Le lecteur doit être considéré comme un adulte. La photographie prend sa raison d’être dans la raison même du journalisme. Si demain, pour une raison morale, politique ou religieuse, on empêchait cette photo d’exister, on porterait atteinte à la démocratie.

La responsabilité d’un journal, en publiant des photos comme celle-ci, est de mettre à mal tous les stéréotypes de l’opinion sur le modus vivendi des Camerounais . Cet enfant est là pour nous le rappeler, tout comme de nombreuses autres victimes qui ont quitté l'enfer terrestre pour l'au delà à la suite de cette catastrophe naturelle.

Cette image peut réveiller les consciences, comme toutes celles qui ont marqué l’histoire. La petite fille brûlée au napalm prise par le photo journaliste Nick Ut en 1972 avait, par exemple, eu un impact terrible à l’époque. L’opinion américaine avait pris conscience de l’horreur de la guerre. Il est temps de prendre conscience du sort des Camerounais.

Il ne sert à rien de la part de nos autorités locales, d’adresser pompeusement des lettres de condoléances aux familles des victimes de ce glissement de terrain survenu dans la nuit du 28 au 29 octobre 2019 à Bafoussam car, nous sommes convaincus que les zones montagneuses à haut risque méritent une gestion et une attention écologique particulière.

Ce qui n’est pas le cas à Bafoussam et au Cameroun en Général. Que dire des titres fonciers que les propriétaires terriens obtiennent à coup de centaines de mille de franc Cfa sans au préalable recourir aux canons officiels ?

À quand des structures d’urgences de secours en cas de catastrophes ou de drames ? A quand les campagnes de prévention et de sensibilisation des populations sur les risques de constructions anarchique des maisons d'habitations ?

Ce beau pays , le Cameroun, est-il devenu cet endroit où il est désormais si dangereux de vivre ?

Hugues SEUMO