11 janvier 2007
Le NEPAD: Vers une nouvelle utopie africaine ?
Depuis les quarante dernières années, sous le leadership des Etats Unis, les pays de l'OCDE s'opposent à une réorganisation du système économique mondial qui serait fondé sur le principe d'un monde polycentrique animé par la philosophie d'un co-développement humaniste. Ils s'opposent au développement capitaliste autonome partout dans le tiers monde, y compris par le recours à la violence. Ils disposent de l'OMC et de l'OTAN pour faire prévaloir leur point de vue. La question cruciale est donc de savoir pour quelles raisons les acteurs économiques et politiques des pays de l'OCDE s'engageraient à favoriser l'émergence de capitalismes centraux en Afrique ?
L'histoire de l'économie mondiale capitaliste montre qu'à la fin du 18ème siècle, une rupture s'est produite ; elle sépare les économies pleinement industrielles et capables de surmonter les crises de l'accumulation pour passer à des phases de reprise, et les autres, dont celles d'Afrique, qui n'arrivent pas à franchir ce seuil.
Dans les premières, la demande intérieure de produits stratégiques autres que les produits de base naturels est satisfaite par la production intérieure, grâce au dynamisme d'entreprises nationales. Le financement des activités et notamment des secteurs stratégiques est assuré au plan national, grâce à un système de crédit articulé sur un système bancaire au service de l'économie réelle, en sorte que la monnaie nationale est en même temps une devise ; ce qui fait que l'économie ne connaît pas de problèmes de balances de paiements.
Pour le NEPAD, la marginalisation, synonyme de manque de compétitivité, et la paupérisation constituent des scandales puisque l'Afrique dispose d'atouts importants à faire valoir dans le cadre du nouveau partenariat avec les pays de l'OCDE. Il s'agit de la richesse de son sous-sol en pétrole et autres produits miniers, de ses climats et de ses sols favorables aux produits agricoles tropicaux ; de sa contribution à l'équilibre climatique global; de ses réserves en faune et en flore parmi les plus importantes du monde ; de sa richesse culturelle et intellectuelle. Faut-il le souligner, l'Afrique regorge d'une kyrielle d'intellectuels dispatchés dans les quatre coins du globe.
Les pouvoirs coloniaux et post coloniaux n'ont pas exploité ces avantages dans la mesure où ils n'ont pas favorisé la formation et le développement d'une classe d'entrepreneurs, d'une classe moyenne et d'une capacité de gestion. Circonstance aggravante, ces politiques ont entraîné au cours des années 1970 un endettement irresponsable des dirigeants africains (mauvaise gouvernance.)
Les initiateurs du NEPAD considèrent que les programmes d'ajustement structurels visaient bien à sortir les économies de l'étatisme post colonial et à bâtir en Afrique les conditions d'économies de marché compétitives. Ils leur reprochent seulement d'avoir négligé la dimension sociale de leur politique de gestion de la société. Comme la Banque Mondiale, ils attribuent leur échec principalement aux dirigeants africains.
Le NEPAD fixe un objectif de croissance du PIB de 7% par an sur 15 ans pour l'ensemble du continent. Ce chiffre est arbitraire et ne sert qu'à estimer les dépenses d'investissements selon une méthode très simple. D'ailleurs le plus important est le choix de cinq secteurs stratégiques : (1) Les infrastructures physiques comprenant les technologies de l'information et de la communication, le transport, l'énergie, l'assainissement. (2) Les ressources humaines comprenant l'éducation et la culture, le développement des compétences et l'inversion de la tendance à la fuite des cerveaux ; l'amélioration de la santé (3) La lutte contre la pauvreté. (4)L'agriculture ; (5) L'environnement..
La réalisation des infrastructures est l'objectif primordial puisque "si l'Afrique était dotée des mêmes infrastructures de base que les pays développés, elle serait mieux en mesure de se consacrer à la production et à l'amélioration de la productivité pour faire face à la concurrence internationale". Les infrastructures concernées sont énumérées : "Les routes, les aéroports, les ports maritimes, les chemins de fer, les voies navigables et les installations de télécommunications… Les infrastructures sont des paramètres essentiels de la croissance économique, c'est pourquoi il faut trouver des moyens de placer l'Afrique au même niveau que les pays développés en termes d'accumulation de capital matériel et humain".
L'agriculture n'est pas un objectif central. Lorsqu'elle est traitée, elle partage avec l'environnement le sort de n'être accompagnée ni d'un plan d'action, ni d'une proposition de partenariat. Il s'agit peut-être d'un oubli mais plus probablement de l'effet de la domination complète des forces opposées à la formulation de propositions concrètes dans ces domaines : La Banque mondiale se dégage en fait du soutien à l'agriculture africaine. "Depuis quelques temps, les bailleurs de fonds bilatéraux et des institutions multilatérales accordent peu d'attention au secteur agricole et aux régions rurales, dans lesquelles vivent 70% des pauvres d'Afrique.
Le bilan économique de l'Afrique sub-saharienne est catastrophique et le développement de la pauvreté est devenu problématique et inquiétant. La crise agricole est la principale cause du développement de la forme africaine de la pauvreté et de la marginalisation dans l'économie mondiale. Tout projet crédible de développement devrait proposer des alternatives.
Contrairement à ce que laisse supposer le NEPAD, les pays africains partent perdants dans la compétition fiscale : En situation de libre circulation des revenus, les riches déclarent leurs revenus là où le régime fiscal est le plus favorable. Les pays qui ont des bourses de valeurs d'importance mondiale pompent les capitaux des pays qui en sont dépourvus.
On ne parle plus de la pauvreté en Afrique, mais plutôt de la misère.
Pour mettre en œuvre son programme, le NEPAD s'appuie sur quatre organes : le sommet des chefs d'Etats et de gouvernements de l'UA, le Comité Exécutif de15 chefs d'Etats, le Comité de Suivi des cinq pays fondateurs et le Secrétariat.
Au total, le terme nouveau partenariat du NEPAD n'est pas différent de celui de l'OCDE qui se situe dans la continuité du pacte colonial. Si une critique systématique, et une mobilisation sociale conséquente ne se développent pas, le NEPAD sera un PAS actualisé.
En apparence le NEPAD n'adhère pas à l'intégrisme néolibéral. Ses défenseurs sont conscients de l'inégalité des participants aux marchés ; mais ils l'attribuent principalement aux différences de niveaux d'infrastructure et d'éducation. Les pays les moins favorisés, en l'occurrence africains, doivent en priorité chercher à combler cet écart. C'est à partir de ce diagnostic et de cette stratégie que les contradictions se multiplient. Le NEPAD propose de mettre la priorité sur des secteurs qui ne se prêtent pas aux lois de la rentabilité capitaliste. Dans ces conditions il n'est pas étonnant que le NEPAD construise avec l'OCDE un partenariat en trompe l'œil, qui n'est qu'une version indigénisée de la gestion du surendettement.
C N
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