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17 janvier 2007

Cameroun : Le système sanitaire malade tout comme les patients.

Un pays aux richesses humaines et naturelles indéniables, mais d'immenses besoins en matière de santé. cameroun_mapSuperficie 475 400 km² · Population 15,5 M habitants – Projection 2050 : 24,9 M habitants · Croissance démographique 2,1 % · Population de -15 ans 42,7 % · Densité de la population 32 hab./ km² · Population urbaine 49,6 % · Indice de développement humain 0,499 en 2003 Rang 142 sur 175 pays · Espérance de vie 48,4 ans · Mortalité infantile 9,6 % · Alphabétisation 72 % · Scolarisation 48 % · Environnement : 2 zones climatiques distinctes ; au nord du 8e parallèle, régime tropical sec ; au sud du 8e parallèle, régime subéquatorial chaud et humide · Langues usitées : français & anglais (officielles), Ewondo, Bulu, Peul, Bamiléké, Duala, Bassa,... · Peuplement : Ewondos, Peuls, Betis-Bulus, Bamilékés, Doualas, Bassas... · Religions : Animistes, chrétiens, musulmans · RNB par habitant 560 $ · Inflation 2,9 % · Exportations 1 804 M $ · Importations 1 451 M $ · Principales ressources Pétrole, bois, coton, café, cacao. Source : Fiche Pays " Jeune Afrique "· Nous sommes en 2007, dans un pays situé un peu au-dessus de l'équateur, en Afrique centrale : le Cameroun. Nous nous rendons comme si nous étions des patients dans un dispensaire de Bojongo, puis dans un service de l'hôpital Laquintinie, tous deux situés à Douala dans la province du littoral. C'est l'occasion de montrer les difficultés d'une médecine dont le schéma est imprégné par le modèle occidental, mais qui fonctionne dans les conditions de dénuement total à l'image du pays. Le décalage entre l'image que patients et soignants ont de la médecine - avec le mythe d'un âge d'or colonial et la dure réalité alimente les frustrations et crée des tensions permanentes entre infirmiers et malades. A l'entrée de ces centres de santé, on peut lire ceci : " Dirigez-vous à la caisse ". De quelle caisse s'agit-il quand on sait que le malade ne dispose pas assez de temps pour avoir accès aux locaux d'un centre de santé Est-ce à dire qu'en cas d'un accident, l'ambulancier (s'il y en a) devra d'abord passer par ce service ? Et ce n'est pas tout. Devant les mêmes locaux de ces centres de santé, tout se vend. Jusqu'au moindre service. Si le malade décède, juste en face de la grille d'entrée principale de l'hôpital ou du dispensaire se trouve les services de pompes funèbres qui brandissent à la longueur des journées des affiches ventant leurs produits et qui cherchent preneurs dès qu'un cri strident se fait entendre dans la rue. Des corbillards occupent le parking des usagers à la quête des clients. Tout se passe comme si ces derniers souhaitaient la mort de tous les patients. Paradoxe. Dans ces institutions sanitaires, le médecin est roi et ne vous reçoit que si vous aviez préalablement pris un ticket à la caisse. Quelquefois, le patient est obligé de se rendre dans une clinique privée où travaille le même médecin pour recevoir des soins appropriés. Dans les salles d'hospitalisation, les meubles coloniaux et les patients se disputent de l'espace. L'infirmier qui assure le suivi de votre traitement ne revient que si vous lui aviez préalablement " motivé " comme ça se dit ici. Les médicaments prescrits ne se trouvent que dans les bureaux des médecins. N'allez surtout pas les chercher ailleurs, vous serez abandonnés à vous-mêmes. Un autre constat, n'ayez pas surtout mal aux dents car le médecin dispose d'un marteau et d'une pince de menuisier pour vous arracher la dent cariée. Les rapports sont si tendus qu'il n'est pas rare de voir les personnes souffrantes fuir l'hôpital avant la fin du traitement. Troisième lieu décrit, un centre de maternité situé dans un quartier populaire ( New-Bell- Douala) et qui souffre des mêmes pénuries en moyens. Toutes les femmes en voie d'accouchement doivent avoir sur elles la somme exacte requise avant accouchement. Et l'on est étonné des rapports de confiance qui se nouent entre les futures mères et les sages-femmes. Quelquefois, certaines d'entre elles sont obligées de rentrer en famille avec les risques que cela comporte : accouchements non hygiéniques, sans suivis. Mais ni les patients ni les soignants ne sont marqués par cette image qui exacerbe les conflits d'un État à la fois "providence" et "défaillant" Dernier exemple, toujours dans la même localité de Douala, un centre privé baptiste qui illustre surtout l'importance d'une pharmacie de la rue alimentée par des "médicaments essentiels", les " médicaments du gazon". Le médecin vous conseille après son diagnostique d'aller vous procurer vos médicaments à vil prix dans la rue. Les fournisseurs ici ne sont que des médecins et pharmaciens de nos hôpitaux publics. Ne cherchez pas surtout ici à lire sur des étiquettes des dates de validité des produits achetés. Tout a été gratté. Toutes les villes et campagnes du Cameroun sont victimes de cette pratique devenue le lot quotidien, devant les yeux inertes de nos dirigeants. Désabusés par des soins et des médicaments coûteux, plusieurs camerounais ont choisi la voie de l'uninothérapie. En buvant selon eux chaque matin et soir une bonne quantité de ses propres urines, on n'est supposé recouvrer sa santé. Ce phénomène s'est répandu dans toute la société camerounaise car, l'uninothérapie ne coûte rien surtout quand on sait qu'on ne dispose pas déjà assez de moyen pour se faire soigner dans nos hôpitaux. Des critiques scientifiques sur cette pratique se sont avérées sans objet. À l'heure où se multiplient les critiques contre la politique des soins de santé primaires au Cameroun, ces quelques exemples et cas vécus, illustrent un développement sanitaire à double vitesse. Que faire ?
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