22 janvier 2007
SIDA: L'Afrique se taille toujours la palme d'or
L'an dernier au mois de décembre, pendant deux jours, s'était tenu en Afrique du Sud une conférence internationale sur le Sida, qui avait attiré des centaines de scientifiques, décideurs politiques et militants. Cette dernière dit on a renforcé la prise de conscience du problème mais a aussi accru la responsabilité des dirigeants face à cette pandémie.
Le rapport de l'Onusida rendu public au courant de la même année a également suscité des frayeurs quant à l'évolution drastique du fléau.. A l'heure actuelle, on estime que quelque 38 millions de personnes sont séropositives dans le monde, dont 25 millions rien qu'en Afrique.
Le nouveau rapport ONUSIDA indique que si le taux de prévalence se situe entre 17 et 35 % dans 7 pays d'Afrique australe, il est de 1 à 5 % dans la plupart des pays d'Afrique de l'Ouest. La prévalence continue d'augmenter dans certains pays comme Madagascar et le Swaziland et recule à l'échelle nationale en Ouganda .En 2005, on estime à plus de 3 millions le nombre de nouvelles infections en Afrique et à plus de 2,2 millions celui des décès dus au sida.
La diversité des niveaux et tendances de l'infection à VIH est considérable sur ce continent. Dans 6 pays, la prévalence du VIH chez l'adulte est inférieure à 2%, alors que dans 6 autres, elle dépasse 20%. Les 7 pays d'Afrique australe connaissent tous des taux de prévalence supérieurs à 17%, le Botswana et le Swaziland atteignant une prévalence dépassant 35%.
En Afrique de l'Ouest, la prévalence du VIH est beaucoup plus faible : Aucun pays ne connaît une prévalence supérieure à 10% et la plupart d'entre eux se situent entre 1 et 5%. La prévalence dans les pays d'Afrique centrale et orientale se situe entre ces deux groupes, de 4% à 13%.
Les femmes africaines sont plus exposées au risque, et l'infection survient chez elles à un âge plus jeune que chez les hommes. Aujourd'hui on compte en moyenne 13 femmes infectées pour 10 hommes infectés - par rapport à 12 femmes pour 10 hommes en 2003.
Quinze millions d'enfants de moins de quinze ans dans le monde entier - dont près de 12 millions dans la seule Afrique sub-saharienne - sont des "orphelins du sida". Selon l'Unicef, ils pourraient être 18,4 millions d'enfants à avoir perdu l'un ou leurs deux parents en 2010.
Les décès et les cas de maladie freinent de façon remarquable toutes les initiatives de développement et réduisent de plus en plus notre espérance de vie. Selon le républicain, hebdomadaire centrafricain, dans son édition du 16 novembre 2006, nous lisons ceci : « En République Centrafricaine, 100 écoles ont été fermées dans les années 90 du fait des décès des enseignants. Et, 85% des 300 instituteurs morts entre 2001 et 2002 étaient tous séropositifs. » Quelle frayeur !
Le point sur l'épidémie du sida en 2001 mentionnait déjà que 860 000 africains en l'âge de scolarisation ont perdu leurs enseignants à cause du Sida. Au Nigeria et au Congo Démocratique, les pouvoirs publics pensent déjà à une hécatombe. Toujours en Afrique, les femmes enceintes enregistrent les taux de prévalences les plus alarmantes. Au Swaziland on compte 34,5% dans les zones urbaines et 32% dans les zones rurales. Au Botswana, on compte respectivement 32% et 34%. Plusieurs autres pays africains sont presque dans la même situation.
Qu'est-ce qui expliquerait cela ?
A ce jour, nombreux pays n'agissent pas avec assez d'énergie pour protéger la population. Si l'on ajoute des politiques de sensibilisation faibles, les moyens limités des autorités de santé publique incapables de toucher toutes les couches sociales et d'user des langues de communication appropriées, à la misère des populations pour lesquelles l'accès aux médicaments demeure une gageure, on comprend dès lors pourquoi la maladie se propage de façon continue en laissant derrière elle des villes et des campagnes dépeuplées.
Les récentes enquêtes de Break the Silence / South Africa auprès des jeunes de Johannesburg et de Durban sont révélatrices d'une situation dramatique. De cette enquête, nous pouvons retenir que les jeunes ne disposent pas toujours d'informations précises et complètes à ce sujet. En l'absence d'informations sur la sexualité et le développement des aptitudes personnelles à la communication et à la prise des décisions, les jeunes versent dans un comportement à risque qui les expose à l'infection à VIH, et aux MST.
L'Ong Family Health du Nigeria dans sa revue d'analyses et de prospectives, édition du mois de juin 2006, fait allusion à la pauvreté pour expliquer l'une des causes de la propagation des MST/SIDA en Afrique noire. Selon la même organisation, dans plusieurs de nos villes et campagnes, certaines jeunes filles ont des rapports sexuels avec des hommes âgés pour gagner de l'argent. Cette activité honteuse les expose à cette pandémie car, il faut tout faire pour s'acheter des vêtements, avoir des bijoux de haute qualité, un téléphone portable.
Aujourd'hui, la prostitution s'est internationalisé à travers les nouvelles technologies de l'information. L'Internet apparaît avec des sites d'agences matrimoniales de tout genre facilitant des rencontres sexuelles occasionnelles entre les jeunes.
Les parents devront faire de l'information l'une de leurs priorités. Nos établissements scolaires ont besoin des clubs de santé qui seront gérés en partie par les élèves car, il leur sera facile de diffuser les informations à leurs camarades. Les jeunes représentent une ressource incontournable dans la sensibilisation contre les MST/SIDA. D'où l'urgence des campagnes contre les MST/SIDA menées par eux-mêmes auprès d'autres jeunes. Cette nouvelle méthode pratique pourra optimiser les actions de sensibilisation de proximité.
Les tables rondes, colloques, exposés sur les MST/SIDA à eux seuls ne suffisent plus. Encore que ces colloques dans la plus part des cas, ne viennent que ruiner économiquement les pays africains alors que les budgets consacrés à leurs organisations peuvent servir à mener une action de sensibilisation efficace et appropriée. Pour éradiquer ce fléau, il est aussi important que la sensibilisation soit présente partout: A la maison, à l'école, au lieu de service… L'accélération de l'accès aux traitements antirétroviraux devrait aussi compter le soutien des dirigeants africains.
HS
Source: Rapport UNAIDS 2004. Unicef broch march 04
FAMILY HEALTH prospective june edition n° 563
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