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18 février 2007

Cameroun : Un pays qui ressemble à un bateau ivre

DoualaBusStation_AndrewCameroun, bateau ivre ? Tout l'indique. Ce  pays, plongé depuis des décennies dans un fleuve d’amertumes, donne l'impression de vouloir y revenir. Aujourd'hui dans ce pays voisin du Tchad, il n'y a le mécontentement de la grande partie de la population qui habite les esprits. On parle des grandes ambitions pour le décollage économique, on évoque des projets sociaux divers mais, fatigué, le peuple ne cesse de craindre pour son avenir.

L’avenir du Cameroun est loin d’être celui que nous tous avons toujours projeté. C’est au palais de justice de Douala que la semaine dernière nous avons donné le cri d’alarme. Nous y sommes.

Le premier spectacle désolant : l’arrivée des détenus le jour de l’audience criminelle. Parmi 50 détenus, au moins quarante sont des jeunes dont l’âge varie entre 16 et 22 ans. Et parfois moins. Ils descendent d’un camion bondé parfois avec des chaînes aux pieds pour les plus dangereux ou des menottes aux mains pour les plus agressifs. (NDLR. Nous n’avons pas voulu blesser votre sensibilité par respect, en gardant de publier les photos faites en cachette sur place par notre reporter)

Ce spectacle est d’autant plus frappant que la promiscuité de ces jeunes dans le milieu carcéral avec des délinquants adultes et rompus de la tâche criminelle n’est pas synonyme d’école de bonne moralité, loin s’en faut : Elle est plutôt le germe d’une décadence prévisible.

Route_qui_n_a_plus_que_de_nomAutre lieu, autre spectacle. Dans la rue, personne ne respecte le code de la route. Sur une même voie qui n’a plus que de nom, circule tout ce qui peut rouler. Les véhicules sont plus âgés que les usagers. Les motos se faufilent entre plusieurs véhicules. Le piéton est souvent obligé de faire la courbette pour se frayer un passage à ses risques et périls. Ils existent quelques fois des nids de poules au milieu de la chaussée. En saisons de pluies, les routes deviennent des véritables bourbiers qui laissent passer difficilement des usagers. Si c'est la saison saison sêche, c'est la poussière qui règne en véritable maître au milieu des mutltiples tranchées qui jonchent le milieu des chaussées. Tout ceci devant les yeux des autorités locales.

Toutes les autorités tiennent les discours d’auto-gloriole lors des grandes fêtes nationale devant le regard amorphe d’une population dépassée par le coût de la vie.

Le chômage est de taille et même indicible. Il se définit en fonction de la situation de chacun. Au Cameroun, aux yeux du pouvoir en place, le jeune diplômé des universités locales qui vend à la crié les journaux en bordure de la route n’est pas un chômeur.

Plusieurs ménages n’envoient plus leurs progénitures à l’école et ceux qui y vont finissent leur parcours académiques dans la rue. Certaines familles souhaitent même avoir des jeunes filles car à partir de 15 ans, elle peut se « débrouiller », abandonnée dans le monde de la prostitution et des trafics de tous genres.


Dans les milieux des grandes écoles de formations professionnelles, la litanie des lamentations sur le coût élevé des pourboires pour réussir ne cesse de s’allonger. On avance plusieurs hypothèses (….).
La corruption autour des concours est telle que les jeunes évitent même de s’y aventurer lorsqu’ils ne disposent pas de soutiens nécessaires pour réussir.

Face à l’avenir incertain, tout le monde se rue dans les cybercafés….Jeunes comme adultes.
De nombreux camerounais  s’y bousculent pas pour vérifier leur messagerie. Chacun se « cherche » comme ça se dit ici. Chercher un correspondant éloigné (des Européens principalement) en vue d’établissement des liens pouvant déboucher au mariage, même si l’on est marié.

Comme nous le disions déjà dans notre édition du 7 février passé, certains hommes acceptent le départ de leur épouse parce qu’ils se sentent limités financièrement. Et pour ceux qui réussissent à partir du Cameroun, ce sont les transferts  d’argent que l’exilé effectue  en direction de sa famille qui maintient le ou la partenaire resté (é) au pays.

Les institutions qui recrutent de nos jours au Cameroun sont nombreuses. Tenez, ce sont les Eglises. Ces recrutements sont visibles les dimanches matin dans les rues des grandes villes et même des campagnes. Les routes ces jours sont surpeuplées. Les grandes salles de cinéma qui jadis avaient fait la fierté de nos aînés sont aujourd’hui transformées en église. Certains domiciles également sont transformés en église. Les dimanches matin, chacun se précipite à ne pas arriver en retard au culte du jour. C’est peut être le phénomène social dans lequel le renouveau a réussi au Cameroun en matière de création d’emplois. Rires

Une réflexion sur cette situation s’impose non seulement au pouvoir public au Cameroun mais à la société toute entière. Mais surtout au pouvoir public.   A Suivre.

Bintou
© Prisma International

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