Partir ou ne pas partir: Tel est le dilemme qui habite de nombreux étrangers en Guinée.
Alors que des centaines d'occidentaux sont déjà partis de la Guinée, certains se retrouvent dans le dilemme, entre partir et rester. Notre reporter reconstitue ici le film d'une situation d'ambiguïté dans ce pays du Nord Ouest de l’Afrique.
La Guinée est en proie depuis le 10 janvier à des troubles déclenchés par une grève générale et des manifestations hostiles au pouvoir, qui ont fait plusieurs morts depuis le début du mouvement. Menacés, violentés, parfois dépouillés de leurs biens les habitants de la banlieue de Conakry aussi bien autochtones qu'allochtone tous, gardent un souvenir douloureux de la répression des forces de l'ordre dans les quartiers
Françoise est née en Guinée, d'origine française elle refuse de partir car elle estime qu'elle s'est fondée une grande famille en Guinée. Cette volonté de rester n'exclut pas la méfiance. Dans son quartier Hafia où elle habite, elle est connue de tous de par ses activités culturelles et associatives qu'elle exercent depuis des années.
Les denrées de base, dont le riz, l'huile, la farine, le sucre, la viande sont devenues hors de portée de la population en raison d'une flambée des prix sur le marché
Dans le quartier voisin de Taouyah , Odette T, d'origine Libanaise, 42 ans,propriétaire d'un magasin de vêtements, porte des traces de coups au dos. Il y a de cela quelques jours, quatre hommes en tenue militaire sont entrés chez elle, alors qu’elle s’apprêtait à aller au lit. Ces hommes en tenue militaire ont pris son téléphone (portable) explique-t-elle en désignant une cicatrice au dos. "J'ai été étourdi mais ils ont continué à me frapper et ils étaient partis avec tout mon argent dont je ne peux évaluer. " Ils ont même tenté à me violer poursuit-elle.
Plusieurs étrangers éprouvent des difficultés à quitter la Guinée car ils s'y sont établi depuis des années et y ont développé leurs activités.
Le gouvernement américain avait annoncé la semaine dernière l'envoi d'un avion pour évacuer une partie de ses ressortissants. La France quant à elle par la voix de son président Jacques Chirac le 16 février dernier se tient prête à évacuer plusieurs milliers de ressortissants Français, Libanais, et Américains de Guinée mais espère qu'une solution à la crise permettra d'éviter une telle mesure.
Sur son site Web, le ministère canadien des Affaires Etrangères presse ses ressortissants de quitter la Guinée. Mais les Canadiens qui sont là-bas doivent se débrouiller tout seuls.
Coralie P, Montréalaise qui habite la Guinée depuis quelques années, explique que l'ambassade canadienne la plus proche est à Dakar, au Sénégal. Elle doit donc tenter de fuir le pays par ses propres moyens. Le pays est à feu et à sang, une situation de quasi-guerre civile qu'elle ne pensait jamais avoir à vivre
Plusieurs compagnies de voyage aérien telles que Air Royal Maroc, SN Brussels Airlines ont décidé de supprimer leurs vols vers Conakry.
Certains pays frontalier à la Guinée ont connu ces dernières semaines un afflux des citoyens guinéens fuyant les fouilles et la répression policière. Le Sénégal, le Mali sont les pays les plus sollicités pendant que la Côte d'Ivoire et le Sierra Léone ne font pas partie des pays menacés par l'afflux des immigrés guinéens pour des raisons multiples affirment les chauffeurs d'autocars du stationnement SOULE à cause selon eux, des multiples contrôles de la police des frontières des deux pays sus cités.
Désormais, la peur s'est installée dans le subconscient collectif des habitants de la Guinée. Presque tous les grands magasins ou les grandes surfaces sont toujours fermées. La population exaspérée aspire au changement. Bakary Fofana, un des chefs du conseil des organisations de la société civile de Guinée, assure que la population va continuer à manifester mais, jusqu'à quand ?
Souley O
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