Côte d'Ivoire: Deux ministres Forces Nouvelles (ex-rebelles) se battent à sang
Deux ministres du gouvernement de Guillaume Soro se sont livrés hier à un pugilat qui déshonore la République. Le fait est d’autant plus dérangeant pour Soro que les deux belligérants viennent des Forces nouvelles. L’information a de quoi donner le tournis ! Hier, en fin de matinée, deux ministres de la République se sont livrés à un pugilat digne des gladiateurs de la Rome antique. Moussa Dosso, ministre de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle et Youssouf Soumahoro, ministre du Commerce, se sont battus à sang dans les couloirs de l’hôtel du Golf où ils partagent le même palier. La bagarre était si violente que les gardes du corps ont dû faire appel au général Gueu Michel, puis au ministre Konaté Sidiki pour les séparer. A l’origine de l’altercation, un contentieux intervenu à l’occasion de la passation des charges entre les deux ministres. Les témoignages recueillis auprès des témoins oculaires et des proches des deux personnalités permettent de retracer l’origine du contentieux entre ces deux personnalités. Tout est officiellement parti de la passation des charges qui s’est déroulée le 11 avril au 26ème étage du CCIA entre les deux ministres, qui permutaient leurs portefeuilles respectifs. Avant de céder ses charges à son successeur, le ministre Youssouf Soumahoro a opéré un nettoyage complet de son ancien ministère. Meubles, climatiseurs, combinés téléphoniques, moquettes, pots de fleurs… tout a été emporté par le ministre sortant. Entre autres documents présentés à son remplaçant, l’ancien ministre de l’Enseignement technique a produit une lettre de la Direction du Patrimoine de l’Etat attestant que les meubles en question sont bel et bien la propriété personnelle du ministre Youssouf Soumahoro. En effet, le samedi 17 janvier, des étudiants membres de la FESCI avaient attaqué et saccagé les locaux abritant le ministère de l’Enseignement Technique. Youssouf Soumahoro les avaient fait remplacer à ses frais. En partant, il a donc tout emporté. Dès son installation, Dosso Moussa a fait venir un huissier de justice pour constater que son ministère avait été complètement vidé de tous ses meubles. A tel point qu’il est obligé de tenir ses réunions de travail à l’annexe de la Primature, située à côté de l’ambassade américaine, qui abritait auparavant le ministère d’Etat chargé de la Reconstruction. Cette démarche auprès d’un huissier n’a apparemment pas été du goût de Youssouf Soumahoro, qui l’a ressentie comme une manœuvre pour le discréditer. Lors de la passation des charges entre les deux ministres, le directeur de cabinet de M. Youssouf Soumahoro, était absent. Ce qui fait qu’il n’a pu rencontrer son homologue du nouveau ministère de l’Enseignement technique. Plusieurs rencontres prévues entre les deux “Dir’cab” pour se communiquer les dossiers et les informations n’ayant pas pu être traitées lors de la passation des charges, n’ont pu se tenir. Le directeur de cabinet de Youssouf Soumahoro n’étant jamais disponible. Le directeur de cabinet de Dosso Moussa l’a saisi de ce fait et n’a pas manqué de se plaindre des désagréments que cette situation lui causait au niveau de son travail. Dosso a alors décidé, hier, d’en discuter avec son collègue. De sa chambre, il l’a interpellé au téléphone sur les agissements de son collaborateur et demandé que des instructions soient données afin que son directeur de cabinet à lui, ait tous les documents qu’il réclame. Le ministre Soumahoro, qui n’a certainement pas aimé les termes de cette interpellation, a répondu vertement à son collègue du gouvernement avant de l’envoyer se faire voir ailleurs. Dosso Moussa a alors informé son interlocuteur qu’il venait le trouver dans sa chambre afin de vider le contentieux. Avant qu’il n’arrive, Youssouf Soumahoro est sorti dans le couloir, pour l’attendre. Quand ils ont été face à face, Dosso Moussa a interpellé son collègue sur la défiance de son directeur de cabinet et exigé des explications sur les mots que Youssouf Soumahoro lui avait jetés à la figure. En guise de réponse, les mêmes propos ont été réitérés. Profondément outré, le ministre Dosso a décoché un crochet à la figure de son interlocuteur. Ce coup lui a ouvert les lèvres. Ce dernier a alors instantanément répliqué par un coup de tête à la figure de son collègue. Et la bagarre s’est engagée à la vue de tous les occupants du palier. Cette bagarre entre ministres de la République, où l’on choisit de régler les différends à coups de poings et de coup de tête, est du plus mauvais effet pour l’image du gouvernement et de son chef. Guillaume Soro, qui a promis de ne laisser ni le désordre ni l’indiscipline investir sa gouvernance, se trouve en position délicate car les belligérants figurent parmi les ministres qu’il a lui-même cooptés pour son équipe. S’il reste sans réaction face à une querelle gouvernementale qui dégénère en querelle de chiffonniers, il ouvrira à coup sûr la boîte de pandore de l’indiscipline et du désordre. T. M