Audiovisuel : Des téléfilms africains qui “cartonnent”
Les séries et feuilletons africains connaissent un succès certain auprès du public camerounais.L'époque où les téléspectateurs africains ne consommaient que les feuilletons et séries en provenance des Etats-Unis, de France ou de Grande-Bretagne, est tout ce qu'il y a de révolu. " Dynastie ", " Santa Barbara ", " The Cosby Show ", " Hélène et les garçons "…ont fasciné les téléspectateurs camerounais ces dix dernières années, de telle sorte que la fameuse American way of life a gagné nos foyers.
Des générations de garçons et de filles portent aujourd'hui des prénoms des stars des séries outre- atlantique tels que Brenda, Amanda, Steven, Dexter, etc. Au lendemain de chaque épisode, les commentaires allaient bon train dans les chaumières, dans le taxi, au bureau, dans la cour de récréation, sur les dernières infidélités d'une vamp qui se " tapait " tous les mâles d'un feuilleton américain à succès.
Aujourd'hui, il est plus tendance de parler d'une série africaine qu'occidentale. L'Afrique de l'ouest est la zone où les feuilletons couleur locale ont commencé à prospérer. Au Nigeria, il s'agit d'une véritable industrie. D'où le nom " Nollywood " qui lui a été attribué par comparaison au Hollywood américain et au Bollywood indien. Sur les télévisions nigérianes, les productions locales occupent une place privilégiée. Par effet de contagion, la vague cinématographique nigériane se déverse sur le petit écran camerounais. Rares sont les chaînes qui ne programment pas à une fréquence régulière les productions de chez nos voisins. Spectrum television (STV) en a fait une spécialité. Ndi Samba Télévision est aussi tombée sous leur charme. Canal 2 International n'est pas en reste.
Le succès est tel, que ces films qui ne passionnaient jusque-là que les Camerounais d'expression et de culture anglophones, réussissent à conquérir même les francophones. Voilà peut-être une piste à explorer pour faire prospérer le bilinguisme au Cameroun…
Les " Guignols d'Abidjan " ont fait une percée fulgurante dans l'audiovisuel d'Afrique francophone. Les téléspectateurs se sont reconnus dans les scènes de vie désopilantes brillamment interprétées par la bande à Gohou. " Ma famille " qui est le continuum des " Guignols d'Abidjan ", fait carton plein tous les soirs à Canal 2 International. La cote de ce feuilleton ivoirien est supérieure à celle de bien d'autres feuilletons populaires dans les grandes chaînes étrangères. Les " Bobodioufs " qui avaient cassé la baraque sur Cfi, sont de retour sur TV5 toujours avec le même succès.
Que dire alors des Camerounais ? Ils ont tout simplement le vent en poupe. Edoudoua, Fingon Tralala, Sélavie, et tutti quanti, sont devenus d'authentiques stars du petit écran. " Coup de balai ", " Les déballeurs ", font la fierté de la production locale qui certainement va aller crescendo grâce à la CRTV qui est en train d'ouvrir ses programmes aux producteurs camerounais.
Si le public accueille avec enthousiasme ces séries et feuilletons camerounais, il y a lieu tout de même de relever l'amateurisme quelquefois criant des comédiens et des techniciens. Les tournages se font dans des conditions pour le moins simplistes. La rétribution des différents intervenants est réputée rachitique. Le matériel utilisé est rudimentaire. Si les producteurs de ces séries télévisées se contentent de leur succès qui est pour l'instant ponctuel, et s'ils n'investissent pas des moyens conséquents, il y a des chances qu'ils iront droit dans le mur. Car les téléspectateurs vont se lasser, qui seront portés à aller voir ailleurs. La concurrence à outrance qui prévaut dans le milieu exige de la qualité et du professionnalisme.
Innocent Ebodé
Repères