NTIC : Un poignard doux dans le dos des Africains ?
Le 21ème Siècle courant est, à n’en point douter, un siècle de vitesse. La révolution scientifique et technique a réduit à ce jour le monde en un village planétaire. Avec l’avènement des Nouvelles Techniques de l’Information et de la Communication (NTIC), l’Afrique est entrée en course et, au jour d’aujourd’hui, ce continent est connecté au reste du monde à travers Internet, téléphone et télévision par satellite.
Dans cette mutation technologique, l’Afrique apparaît comme pur et simple consommateur des produits des NTIC. Désormais, à partir d’un micro-ordinateur connecté à un réseau Internet, un jeune Burundais ou Camerounais peut effectuer un voyage sans frontière et sans douane à travers le monde entier à la recherche d’une information ou d’un besoin propre. De même, à partir de la téléphonie par satellite, une jeune Ethiopienne ou Sénégalaise peut rentrer en contact audio-visuel avec son correspondant à l’autre bout du monde et à moindre coût. A travers le système de câblage et autres antennes spécifiques, une famille Tchadienne ou Sud-Africaine allongée sur son fauteuil, peut désormais parcourir le monde entier en zappant librement d’une chaîne de télévision à l’autre, d’un pays à l’autre et d’un continent à un autre.
C’est dire sans risque de se tromper que les NTIC sont très utiles, voire incontournables même pour l’Afrique, car elles contribuent à la formation, à l’information et à l’épanouissement du peuple Africain. Elles ont alors une force d’ouverture d’esprit qui permet aux Africains de s’ouvrir au monde, d’apprendre le monde à distance et surtout de s’en approprier.
Mais, signalons-le, une mauvaise utilisation des Nouvelles Techniques de l’Information et de la Communication peut s’avérer dangereuse pour le développement socio-culturel de tout un peuple. Au jour d’aujourd’hui, il est donné de constater que les NTIC sont devenues pour le peuple Africain, un véritable instrument de déviance sociale, de dépravation de mœurs et d’acculturation, à tel point qu’on est tenté d’affirmer avec certitude que les NTIC sont un poignard planté en douceur dans le dos des Africains. Elles nous dévorent et égrainent chaque jour nos mœurs, uses et coutumes qui cèdent malheureusement place aux violences, à l’intolérance. Elles prennent appui sur nos interdits sociaux pour accroître leur auditoire…
Bref, les NTIC occidentalise chaque jour l’Afrique. Et en Afrique, le mauvais exemple est toujours très vite assimilé. C’est le cas par exemple les films de violence ou de déception amoureuse programmés à répétition sur certaines chaînes de télévision en lieu et place des films éducatifs ou des documentaires instructifs qui rehausseraient le niveau de culture générale de la jeunesse africaine.
Et c’est justement là où les jeunes aiment orienter leur curiosité, car il s’agit là des réalités proscrites dans le cadre familial. Ils peuvent alors pousser et satisfaire leur curiosité en zappant d’une chaîne à l’autre ou d’un site web à un autre. Et si tout s’arrêtait là, l’on s’en inquièterait moins ou pas du tout. Mais là où le bas blesse, c’est à partir du moment ces jeunes tentent de mettre en pratique ces enseignements tortueux rassemblés illicitement à travers Internet et autres chaînes de télévision : entre autres les techniques d’assassinat dans les films de guerre, la vengeance et la violence face à une déception amoureuses, etc. C’est sans doute ce qui explique la prolifération de la violence et des meurtres répétés qui ont cours en Afrique et ailleurs dans le monde.
L’actualité au Cameroun le mois dernier a été d’ailleurs dominée par une série de crimes aussi meurtriers les uns que les autres. Il s’agit notamment de l’assassinat d’une jeune étudiante, Mlle Zébabzé Armandine, inscrite en Faculté des Sciences Economiques et de Gestion Appliquée de l’Université de Douala, Niveau 4, à la suite d’une déception de son partenaire. C’était à Makèpè Lycée. Blaise Deffo, le meurtrier, affirme avoir étranglé sa proie avant de l’étouffer avec un oreiller. Du pur cinéma, n’est ce pas ? Un jour après, un autre cas de violence est signalé du côté de Sic-Cacao, nous sommes toujours à Douala. Cette fois-ci, c’est une femme qui poignarde son mari en légitime défense. En effet, prise en flagrant délit d’adultère, la femme s’est faite bastonner à mort par l’époux cocu. Alors pour se défendre, elle s’empoigne d’un couteau de cuisine et l’enfonce sans ménagement dans le ventre de l’homme. Encore du cinéma. Et comme si cela ne suffisait pas pour Douala, dans la même semaine c’est un homme cocu qui décide de mettre en morceaux son épouse à P.K.-30…
Devant ce désastre causé par les NTIC, que disent les gouvernants Africains ? Un essai de répression a été amorcé au niveau des chaînes de télévisions locales en Côte-d’Ivoire par exemple avec la suspension du «Mapouka » sur les antennes, et au Cameroun avec la suspension d’un album de Petit-Pays sur les antennes de Radio et de télé. Mais cela a été fait avec une telle légèreté que la suspension n’a été que éphémère. Avec la sanction, le « Mapouka » s’est frayé un chemin dans les autres pays voisins où l’album s’est malheureusement vendu comme des bouts de pains ; cas similaire pour Petit-Pays dont la vente de l’album censuré avait pris de l’ampleur dans le marché noir. Un constat se dégage : en Afrique c’est lorsque quelque chose est interdite qu’elle est de plus en plus convoitée.
L’Afrique peut pourtant sortir de cette impasse. Sur le plan national, le contrôle de la qualité de l’image à servir aux populations est simple. Il suffit d’une simple volonté de l’Etat pour assainir le secteur. Pour les images importées, Il suffit de mettre sur pied une dynamique de contrôle et de distribution des images câblées en travaillant en collaboration avec les câblodistributeurs. Créer un système de codage personnalisé de manière à permettre aux parents de filtrer les chaînes et les sites web à mettre à la disposition des jeunes. Et si tout se passe bien, l’Afrique saura enfin tirer son épingle du jeu.
Albert NTIGWO
© Prisma International