Maroua : La Crtv invisible depuis six mois
Les mots des riverains de Maroua sont durs à l'endroit de la Crtv, de son DG, pourtant natif de l'Extrême-Nord et du personnel de la station Crtv-Maroua. En effet, certains téléspectateurs de la télévision nationale (Crtv) de la province de l'Extrême-Nord qui ne s'expliquent plus le fait qu'ils soient ainsi sevrés, coupés de leurs émissions préférés, explosent. Ils n'arrêtent plus de décolérer, parce qu'ils sont incapables de capter la Crtv télé depuis six mois. Ils sont dans tous leurs états.
C'est que, depuis mars, la Crtv télé affiche écran noir dans la ville de Maroua. "Il est pratiquement impossible de capter les images de la télévision nationale depuis début mars. Les images sont brouillées. A chaque fois que je tente d'être sur la Crtv, les cristaux s'affichent sur mon écran. J'ai fini par ranger mon téléviseur dans le placard, parce que je ne suis pas câblée ", se lamente Véronique D, fonctionnaire en service à Maroua. Cette téléspectatrice a fini par rejoindre le rang déjà long des nombreux déçus, incapables de suivre la télé nationale pour laquelle ils reversent pourtant la redevance audiovisuelle à la fin de chaque mois. Comme tout bon fonctionnaire camerounais.
Mais, que s'est-il passé pour qu'on en arrive à cette situation ? Comment la Crtv a-t-elle terni son image à ce point dans une province qui se targue d'être la fille aînée du Renouveau ? La panne qui était considérée comme banale, en début mars, est subitement irréparable, au point que les relations entre l'audimat et les responsables de la station de la Crtv Maroua en ont pris un sérieux coup. Et du coup, la crédibilité et l'audimat de cette chaîne nationale, qui a déjà maille à partir avec la concurrence des nouvelles chaînes en temps ordinaire, ont pris un grand coup. Au début, les responsables locaux de la station Crtv annonçaient aux téléspectateurs qu'une solution était déjà trouvée et que tout allait vite rentrer dans l'ordre. Pendant un mois, on n'a rien vu venir.
Ecrans noirs
Deux mois, trois mois, toujours, rien de rien. Dernièrement à l'occasion du match Cameroun Rwanda, comptant pour les éliminatoires de la CAN, qui s'était joué à Garoua, les téléspectateurs avaient cru au rétablissement de la situation.
Même l'ultime occasion des téléspectateurs de caresser l'espoir de visionner enfin le déroulement de la campagne électorale de juillet dernier sera manquée. La proclamation des résultats des législatives sera suivie à la radio. Sauf, bien sûr, certains nantis, câblés, qui ont pu capter les images ! Pire encore, certains n'ont pas pu voir le président de la République lors de son discours prononcé le 14 août dernier !
"Les élections sont passées, les grands événements aussi, rien n'a été fait. Pensez-vous que le signal de la Crtv télé sera un jour rétabli dans la ville de Maroua ? J'en doute fort", finit par se décourager Ibrahim, militant de l'Undp.
Démission
Sur les explications de cette panne qui devient insupportable, les responsables techniques de la Crtv approchés sont évasifs. Les techniciens maisons expliquent sans conviction, que les installations techniques sont obsolètes au centre technique de Ngassa, petite bourgade située à un jet de pierre de la ville de Maroua. Pourtant, les images sont claires dans ledit centre technique, mais la difficulté réside dans la diffusion de ces images sur l'étendue du Diamaré et certains autres départements de la province. "L'émetteur de diffusion, de marque allemande est en panne", indique-t-on. Comme un malheur ne vient jamais seul, le centre technique de Yagoua s'est consumé dans un incendie suspect en avril dernier. Les centres techniques de Kousseri et de Makary sont également obsolètes et hors d'usage depuis belle lurette.
A Mokolo, l'émetteur de faible puissance fonctionne encore tant bien que mal. Mais, lorsque l'on demande ce que pourrait coûter à la Crtv l'achat d'un nouvel émetteur, les techniciens de la maison qui ne veulent pas choquer leur hiérarchie se contentent d'indiquer qu'il faut cinq émetteurs qui coûteraient une fortune. Vérifications faites, l'achat d'un émetteur flambant neuf reviendrait à 10 millions de CFA seulement. Soit 50 millions pour les émetteurs. La Crtv serait-elle incapable de débourser cette somme pour "désenclaver" cette province ? Comment peut-on frustrer aussi longtemps une partie des citoyens qui ne demandent qu'à visionner l'actualité nationale ? Quand on ajoute aux déboires des téléspectateurs, les arrêts réguliers et constants de la radio Maroua, dus en partie aux coupures intempestives des câbles au centre technique de Ngassa, les auditeurs ont le sentiment d'être lésés
Ousmane D LS