Demandeur d'asile en Angleterre: "j'ai peur d'être renvoyé dans mon pays"
La vie n'est pas facile pour les immigrés demandeurs d'asile en Grande Bretagne. Keith, qui a fui le Zimbabwé en 2005, craint d'être renvoyé dans son pays, où il risquerait la prison, ou même la mort. W.A.N, journaliste camerounais lui aussi demandeur d'asile, lui a demandé de décrire pour nous sa vie de tous les jours, ses espoirs, et ses angoisses. Voici son témoignage.
"Pour moi, une journée typique commence quand je me réveille à sept heures du matin, la bouche sèche à cause des médicaments que j'ai pris avant de dormir. Car je souffre de troubles mentaux: dépression aigüe et stress.
Mon état est dû au fait que, chaque jour, je crains d'être renvoyé au Zimbabwé où j'avais été roué de coups par la police.
Je suis heureux d'être ici en Angleterre, mais je ne sais pas ce que l'avenir me réserve. J'attends. Je suis demandeur d'asile. Si j'obtenais un permis de séjour et un travail, je pourrais former des projets.
Au Zimbabwé, j'étais bagagiste à l'aéroport. Mais j'ai dû quitter le pays, parceque j'étais menacé par le gouvernement, étant membre d'un parti d'opposition, un activiste.
Depuis l'arrivée de Keith à Leeds, les choses vont un peu mieux
Au Zimbabwé, je n'avais jamais souffert de troubles mentaux. Mes problèmes ont commencé quand je suis arrivé en Grande Bretagne et qu'ils m'ont envoyé dans un centre de détention dans le sud de l'Angleterre, où je suis resté dix mois.
Les conditions dans le centre n'étaient pas bonnes. On ne pouvait pas sortir. Je recevais de la nourriture, et je pouvais parler à ma sœur au téléphone. Mais c'est tout. Mon état mental s'est détérioré et ils m'ont prescrit des médicaments.
Finalement, mon avocat a réussi à me faire sortir, et je suis venu vivre à Leeds (dans le nord de l'Angleterre). C'est là où je vis maintenant, dans une maison que je partage avec d'autres demandeurs d'asile.
Mon état de santé s'est aggravé. On a fini par me mettre en prison, et ensuite -d'office- dans un hôpital psychiatrique.
J'ai fait plusieurs séjours dans ce genre d'hôpital. Mais maintenant j'ai une assistante sociale qui s'occupe de moi et m'apporte beaucoup de soutien. Elle, et quelques amis, m'aident à tenir le coup. J'essaie aussi de rester occupé, pour me changer les idées.
Incertitude
Je me sens en sécurité ici à Leeds. Je ne pense pas que quiconque va venir du Zimbabwé pour me chercher.
En janvier de cette année j'a reçu une lettre du ministère britannique de l'Intérieur, me disant qu'ils voulaient me rennvoyer au Zimbabwé. J'étais dans un hôpital psychiatrique au moment où j'ai reçu la lettre. Mon avocat leur a répondu en leur précisant où j'étais. Depuis, je n'ai rien reçu du ministère, et je ne sais donc pas où en est mon affaire.
Certains jours, je prends mon petit-déjeûner dans un centre d'accueil à Leeds pour les demandeurs d'asile sans le sou. J'y vais deux fois par semaine.
J'y rencontre d'autres gens, qui sont dans la même situation que moi, mais issus de milieux et de pays différents. On discute, on parle de nos problèmes.
Nous souffrons tous d'être loin de nos familles. Nous nous sentons responsables d'elles, nous avons un devoir envers elles, mais nous ne pouvons rien faire.
J'ai une femme et deux enfants au Zimbabwé. Leur vie n'est pas facile.
Routine
Avec les autres Zimbabwéens, Keith se tient au courant de ce qui se passe chez lui
Et chaque vendredi, je dois me présenter aux autorités responsables de l'immigration, pour signer un registre. Le but est de montrer que je suis toujours à la même adresse, et de passer en revue les prestations auxquelles j'ai droit.
Je n'ai pas le droit d'avoir un emploi salarié, mais je travaille deux fois par semaine à titre bénévole dans un magasin géré par une organisation caritative. Une activité qui me fait bouger un peu, et me permet de me faire de nouveaux amis.
J'ai ma routine hebdomadaire. Avec les pilules et l'assistante sociale, ça m'aide à garder mon équilibre et à rester fort mentalement.
Le soir, quand j'ai fini de faire ma cuisine, je me repose. J'ai pris beaucoup de poids à cause des médicaments. Autrefois, j'étais mince.
A la fin de la journée, je reste dans ma chambre. Je regarde la télévision, et je joue de la musique. En général, je me couche vers 11h du soir, après avoir regardé les informations sur une des chaînes de la BBC.
Pour rester au courant de ce qui se passe au Zimbabwé, je prends les journaux gratuits qui sont distribués à Leeds. Je m'informe aussi grâce à Internet.
Nous sommes des centaines de Zimbabwéens ici. Si un dirigeant de l'opposition zimbabwéenne vient nous rendre visite à Leeds, il y a un meeting. J'y vais, et ça me permet d'avoir des nouvelles fraîches.
Rentrer ou rester?
Au Zimbabwé, la situation est souvent dangereuse .Je ne songe pas à retourner au Zimbabwé. Je ne sais pas ce qui m'arriverait si j'y retournais.
L'idéal pour moi serait de recevoir des garanties pour ma sécurité. A ce moment-là, je rentrerais, parceque ma femme et mes enfants me manquent.
Mais si j'obtenais l'autorisation de rester ici en Grande Bretagne, j'aimerais avant toute autre chose pouvoir faire venir ma famille.
Si j'avais le droit de travailler, je ne voudrais pas redevenir bagagiste. Je préférerais un travail dans les services sociaux: m'occuper de personnes âgées, ou de ceux qui souffrent de troubles mentaux.
Puisque j'ai moi-même eu des problèmes de ce genre, je pourrais mieux les comprendre.
Source: BBC