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30 décembre 2007

Cameroun : Paul Gérémie BIKIDIK , « Des sanctions financières ou fiscales peuvent être envisagées pour chaque délestage

BIKIDIK_Paul_G_r_mieDirecteur de publication de Energie Infos, président du réseau associatif des consommateurs de l'énergie, Paul Gérémie BIKIDIK, souhaite que les délestages soient dorénavant pénalisés au Cameroun. Camer.be s’est rendu à la rue Gallieni à  Akwa – Douala au Cameroun au siège de son institution. Il ne mâche pas ses mots.

En tant que président du Réseau associatif des consommateurs de l’énergie au Cameroun. Quels sont   les objectifs poursuivis par votre collectif ?

L’idée du RACE vient d’un simple constat : Au Cameroun, en dépit de la loi et malgré l’extraordinaire potentiel hydroélectrique du pays – le 2ème en Afrique après la RDC – seulement 2 Camerounais sur 10 ont accès à une électricité de plus en plus chère. Par ailleurs, le Cameroun est le pays de la sous-région Afrique Centrale qui pratique les prix les plus élevés des produits dérivés des hydrocarbures, pourtant, depuis 30 ans, nous sommes un pays producteur de pétrole.Le RACE est donc une plate-forme de revendications et de propositions sur les questions liées à la gestion du patrimoine énergétique national et celle, en particulier de l’accès du plus grand nombre de Camerounais à toutes les formes d’énergies essentielles. Nous sommes une organisation à but non lucratif vouée à la défense et à la protection des intérêts économiques et sociaux des consommateurs de l’énergie.

Le 31 décembre dernier le président de la République avait pris fait et cause pour les associations de consommateurs et les millions de victimes de délestages sauvages au Cameroun. Comment avez vous analysé cette réaction ?

Le RACE publie un bulletin gratuit d’information et de liaison dénommé Energie Info. Dans dernier numéro consacré à la crise de l’énergie électrique, nous avons réussi à démontrer, par une analyse factuelle, qu’en matière d’électricité au Cameroun, si rien n’est fait dans les brefs délais, le pire est à venir. Cette édition d’Energie Info avait été publiée à plus de 30. 0000 exemplaires et envoyée par courrier à toutes les institutions en charge de la gestion de ce secteur névralgique de l’économie nationale, dont la Présidence de la République.
En dénonçant dans ce discours à la nation « les carences de l’électricité », le Chef de l’Etat a effectivement rejoint le camp des nombreuses victimes de délestages et semble avoir pris la mesure des enjeux socio-économiques majeurs existants autour de la problématique de l’accès à l’énergie électrique au Cameroun. Le RACE et d’autres organisations représentants les intérêts collectifs de consommateurs se réjouissent cette prise de position inédite de la plus haute autorité du pays. Nous espérons que Paul Biya ira encore plus loin que cette condamnation.

Nous vous avons vu très actif sur le terrain à travers des actions dénonciations de l'Aes Sonel suite à de multiples délestages dans nos villes. Quelle a été l'issue de votre engagement ?

L’objectif du RACE est de sensibiliser le maximum de Camerounais sur leurs droits et devoirs. La sympathie spontanée que nous rencontrons auprès des consommateurs, toutes catégories sociales confondues et le nombre exponentiel d’adhésions formelles que nous enregistrons témoignent à la fois du malaise croissant des usagers de l’électricité et de la popularité de notre combat. Avec la dernière sortie du Président de la République sur la crise énergétique, il est clair que notre appel à plus de patriotisme, adressé aux autorités a eu un écho favorable. Nous sommes persuadés de la justesse et de la légitimité de nos actions.

Ne pensez-vous pas qu'il est aussi nécessaire de discipliner AES-Sonel tout en pénalisant fortement les délestages ?

Les délestages sont en général la preuve visible de la défaillance d’un réseau électrique. Mais, selon nos sources, ces rationnements intempestifs sont depuis peu utilisés de façon insidieuse par AES-Sonel pour amener l’Etat à desserrer l’étau du cahier de charges du contrat de concession du service public de l’électricité. Par ailleurs et aussi paradoxalement que cela puisse paraître, c’est au moment où notre pays traverse la pire crise de l’énergie électrique de son histoire, que AES-Sonel enregistre des résultats comptables qui la situent parmi les 10 entreprises camerounaises les plus performantes. Pour mettre fin à  cette escroquerie, nous voulons effectivement que les délestages soient dorénavant pénalisés. Des sanctions financières ou fiscales peuvent être envisagées pour chaque délestage techniquement injustifié. Chaque commune camerounaise victime d’un délestage sauvage doit pouvoir obtenir réparation, en fonction de la durée du rationnement. Nous sommes persuadés qu’avec une telle mesure AES-Sonel fera un plus attention. Il est normal et juste que Jean-David Bile et ses amis Américains paient pour leur incompétence.

A ce jour en Afrique de l'Ouest, plusieurs pays de cette sous région pensent déjà à un processus de sauvegarde de leur patrimoine énergétique. Qu'est ce que cela vous inspire ?

En effet, l’Afrique de l’Ouest est un exemple d’efficacité de la coopération énergétique entre pays voisins. Malheureusement, malgré l’énorme potentiel hydroélectrique (52% du potentiel hydraulique du continent), l’Afrique centrale reste la partie du continent où les relations entre pays en matière d’énergie sont les moins développées. Le Pool énergétique de l’Afrique centrale (Peac), créé le 12 avril 2003, à l’initiative de 12 entreprises de la sous-région (dont AES-Sonel), n’est pas encore une réalité. Nous pensons que l’avenir énergétique de l’Afrique réside dans une approche supranationale et une harmonisation des politiques étatiques en matière d’énergie.

Quelle est la place d'un collectif d'association de consommateur comme le vôtre dans le phénomène de l'inflation galopante au sein de la société  camerounaise actuelle ?

Dans le secteur de l’énergie, comme dans d’autres secteurs de l’activité économique au Cameroun, les consommateurs sont les acteurs les moins bien protégés. Ils n’ont pas un statut juridique formel. Devant l’attitude des pouvoirs publics qui semblent peu insensibles à leur sort, les consommateurs n’ont pas d’autre choix que de se prendre en charge en ouvrant plusieurs « fronts » de lutte contre la vie chère. L’organisation, la mobilisation et la détermination des consommateurs sont les seules armes efficaces contre l’inflation galopante.

Pensez-vous que vos actions sont efficaces ?

Comme nous l’avons déjà dit plus haut, seuls l’intérêt du consommateur et la préservation du patrimoine énergétique national forgent notre conviction et guident nos actions. L’unique gage d’efficacité de nos actions est notre capacité à mobiliser et à organiser le maximum de Camerounais autour de nos idéaux. Nous sommes très optimistes pour l’avenir car nous avons le soutien de la majorité de nos compatriotes.

Un dernier mot ?

Pour le RACE, la réponse à la demande sans cesse croissante d'une électricité abordable et de qualité au Cameroun, passe par la suppression du monopole privé du service public de l'électricité. Plus précisément, pour éviter un chaos social et économique à notre pays, il est urgent d'annuler la concession accordée à l’opérateur privé AES-Sonel. Par ailleurs, le bien-être du consommateur et le développement économique du Cameroun passent, aujourd’hui plus qu’hier, par une gestion transparente et durable du patrimoine énergétique national. L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable.

© Camer.be : Propos recueillis par Evelyn Nana et Hugues SEUMO

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