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1 janvier 2008

Cameroun : Après les émeutes, la justice au secours du pouvoir

Voiture_calcin_eLa crise du pétrole a allumé une braise sociale au Cameroun à la fin du mois de février dernier. Le coût de la vie et la modification de la constitution en ont rajouté une belle couche. Des manifestations ont éclaté dans tout le pays. A la demande expresse du chef de l’Etat, les forces de l’ordre ont chargé. Une vingtaine de jeunes ont trouvé la mort sous les balles de l’armée. La justice a entamé une série de parodie de procès contre les ‘‘apprentis sorciers’’ selon un terme emprunté au Chef de l’Etat camerounais. Jusqu’où peut mener une telle série d’intimidations ?

Toute personne accusée devant la justice est présumée innocente jusqu’au terme de son procès. Même en cas de flagrant délit, seul le verdict d’un tribunal marque la preuve d’infraction. Ce principe a été violé par le Chef de l’Etat camerounais qui n’a pas hésité de qualifier la jeunesse camerounaise en colère d’appât à la solde des politiciens véreux.

‘’Ce qui est en cause, c’est l’exploitation, pour ne pas dire l’instrumentalisation, qui a été faite de la grève des transporteurs, à des fins politiques‘’ a reconnu Paul Biya avant d’annoncer la répression aveugle. Selon ses propos du locataire d’Etoudi, le Cameroun a connu une semaine de crise politique et non pas une valse de fautes pénales. Pourtant, au lendemain du discours de Paul Biya, la justice pénale a pris le relais. Parce que selon Paul Biya ‘’Ce n’est pas à la rue d’en décider’’. La décision revient plutôt à…, chacun peut se faire une idée !
Le  Tribunal de première instance de Yaoundé vient d’infliger ce qui s’apparente à une ‘’peine collective’’ d’emprisonnement ferme à une dizaine de jeunes émeutiers. Près de  200  autres garnements ont également écopé de 02 ans d'incarcération ferme  chacun dans une parodie de procès. Quid des camerounais qui croupissent depuis des années à New Bell, Nkodengui, Monatélé… en détention préventive et en attente d’un procès ?

A ce rythme tout porte à croire que le TPI de Yaoundé est un guichet pénal instauré par le premier magistrat qui porte ainsi bien son nom. Le TPY de Yaoundé est donc désormais commis à la distribution des peines à la centaine de gardés à vue et aux milliers de personnes traquées dans la même cause ; les émeutes de février 2008.
"Ces condamnations très sévères mettent en lumière le caractère rancunier d’une justice camerounaise en panne de légitimité, une démarche que l’on peut assimiler à une justice à double vitesse. Nous allons demander l’annulation du verdict et la libération de ces jeunes", a déclaré un avocat camerounais qui s’est chargé spontanément,  comme plusieurs autres, de la défense des jeunes inculpés.

Les militaires et gendarmes en poste dans plusieurs régions militaires du Cameroun ont été rappelés dans la capitale camerounaise où ils sont désormais postés en faction. Et si pendant ce temps l’étincelle venait de l’arrière pays ?  Les tracts en circulation dans le pays et dans la ville ‘’poudrière’’ de Douala en disent long.
Deux mois après les appels à la modification constitutionnelle ‘’tous les moyens légaux dont dispose le Gouvernement seront mis en œuvre pour que force reste à la loi’’ a déclaré Paul Biya il y a quelques jours. La constitution pourrait-elle aussi rester intacte au nom de la Loi ?

© Camer.be : Hermann Oswald G’nowa

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