Belgique - Manifestation du Code : Un cercueil déposé à l'ambassade du Cameroun à Bruxelles
Les Belges surpris par l'évènement du jour, du jamais vu en Belgique, les manifestants bravant les intempéries de la nature tous trempés par la pluie incessante qui ne cessait de s'abattre sur Bruxelles, un cercueil aux couleurs du Cameroun sur la tête, le décor était déjà planté pour faire de cette manifestation organisée par le Code le 5 avril dernier une activité inédite en Belgique. Camer.be qui s’est déplacé et a assisté à cet événement revient sur le film des activités..
Dès 13 heures 30, la police commence à sillonner le lieu dit Ma campagne, lieu de rassemblement des manifestants. Les manifestants arrivent par vague de trois voir cinq personnes. Jusque là, la présence des Camerounais sur ces lieux n'inquiète personne. Aucun signe de tract, aucun symbole, chacun s'active à trouver un endroit où s'abriter car le thermomètre affiche 5 degrés sous une pluie incessante, obligeant plusieurs d'entre eux à retourner dans leur cachette.
14 h10, à un jet de pierre du lieu dit Ma campagne, l'on aperçoit quatre personnes, transportant un cercueil sur la tête. Les habitants de la Commune de Forest, où est située l’ambassade du Cameroun, n'ont jamais vu des citoyens ordinaires transporter un cercueil sur la tête, ils étaient tous perchés sur leurs fenêtres pour ne rien rater de cet événement peu ordinaire. L'on a même vu des photographes qui se sont improvisés pour avoir les images. Même choses pour les passants disposant des téléphones portables munis des caméras. Les véhicules s'arrêtent, les passants se posent des questions. Du coup, un bouchon se crée obligeant certains véhicules à emprunter les axes secondaires.
Les manifestants ayant constaté que le rassemblement attirait de plus de personnes, vont décider à 14h 30 de longer l'Avenue Brugmann pendant plus de 20 mn, accompagnés de leur cercueil et des pancartes pour l'ambassade du Cameroun situé au n° 131 de la même avenue.
Le long de cet avenue est bariolé aux couleurs des pancartes et banderoles des manifestants qui ont fait le déplacement. Plusieurs d'entre eux seront recrutés le long du chemin grossissant ainsi leur nombre. Certains, surtout des Belges vont abandonner les manifestants à cause de la présence du cercueil. Nous l’avons nous même constaté avec Mlle Decreeus qui affirme se rappeler des mauvais souvenirs devant un cercueil.
Selon Roufaou Oumarou de la cellule de communication du Code rencontré par le reporter de Camer.be, l'objectif de cette marche est de « protester contre la violence des autorités camerounaises lors des récents massacres des populations de la fin février au Cameroun et en profiter pour rendre hommage à tous les jeunes tombés sous les balles de la police camerounaise »
C’est à 15 heures que les manifestants réunis devant l'ambassade du Cameroun vont déposer leur cercueil emballé d’un grand drapeau tricolore ( Vert, rouge et jaune) devant les locaux abritant l'ambassade du Cameroun. L'hymne national du Cameroun sera entonné par les organisateurs pour ouvrir la manifestation, suivi d'une minute de silence en la mémoire des "martyrs" puis s'en suivront des discours de plusieurs personnalités qui se sont déplacés pour la circonstance.
Sur banderoles l'on aperçoit des images atroces de personnes tuées au cours des violences de février au Cameroun. Sur les pancartes, l'on peut lire par exemple des messages tels "Paul Biya criminel", "Libération des jeunes emprisonnés" " Soutien aux dictatures = immigration forcée" etc.
Les interventions des uns et des autres tournent autour de l’échec du régime Biya au Cameroun, des assassinats divers, la dénonciation du soutien de la France au régime en place, l’appel à plus de mobilisation des camerounais de l’extérieur et des amis du Cameroun pour chasser le régime de Paul Biya etc.
C’est sur une note de l’hymne national du Cameroun suivie d'une prière dite en français et en anglais par les manifestants que le meeting a pris fin autour de 17 heures. Les manifestants se sont aussitôt rendus à la Rue de la sablonnière n°30 à 1000 Bruxelles pour la suite du programme du jour relatif à la veillée des martyrs.
Un public varié
Dans la salle de conférence du Centre culturel Jacques Brel, le décor est lui aussi planté. Sur les murs, l'on peut apercevoir des images des martyrs tels Um Nyobé, Ernest Ouandié, Abel Kingué, Moumié, Martin Paul Samba, sans oublier celles des jeunes assassinés par la police à Buéa il y a de cela quelques années, les jeunes récemment assassinés lors des émeutes de février, les étudiants morts en guinée des suites de naufrage etc...
Des images des jeunes assassinés au Cameroun, ponctués des documentaires divers seront diffusées sur écran géant. Il y aura aussi quelques témoignages des proches ou parents de certains jeunes assassinés lors des récentes émeutes au Cameroun.
L’émotion sera à son comble dans la salle lorsque Madame Essomé Jacky, la maman de Junior Mbeng assassiné à Douala lors des récentes émeutes manquera des mots pour s’exprimer sur la situation de son fils dont elle n’a même pas pu assister à la cérémonie des obsèques au Cameroun.
On ne peut pas dire que public s’est ennuyé au cours des 6 heures d’horloge qu’aura duré cette veillée des martyrs. Morceaux choisis des communications.
Brice Nitcheu, le secrétaire exécutif du Code : «Tout camerounais qui tombe sous les balles du régime en place est une des victimes du système, dont un martyr»
Pierre Gérard Eteky, personnalité indépendante " C'est à nous désormais de créer la dynamique de changement au Cameroun"
Hilary Anuboudem" Biya est un virus pour le Cameroun "
Delphine Fouda, membre de la cellule de communication du Code jointe pour intervention directe par téléphone depuis Strasbourg" Les crimes du régime en place au Cameroun sont innombrables et il est temps d'attirer l'attention de la communauté internationale à propos"
Mr Ankaï de l'UPC"la situation actuelle au Cameroun nécessite la mise sur pied d’une commission d’Enquête pour faire le bilan de la répression de février au Cameroun."
Moïse Essoh de l'UPC " Les problèmes du Cameroun nous interpellent tous"
Thierry Amougou, membre du Code "Si en 25 années de pouvoir Monsieur Paul Biya n'a pas pu trouver une solution au problème camerounais, ce n'est pas en un mois qu'il peut prétendre satisfaire les désidératas des Camerounais".
La veillée s’est achevée sur une note positive au-delà de minuit par une série de prières de clôture dite en français,anglais et en Fufuldé ( langue locale dans la province du Nord Cameroun).
© Camer.be : Hugues SEUMO