Cameroun : Une sauce qui n’a plus de goût
On a coutume de dire que la mésintelligence sociale qui a contraint plusieurs Camerounais à s’exiler dans leurs pensées de la résignation collective résulterait d’une fantaisie personnelle de quelques entrepreneurs dirigeants politiques en mal d’ambitions. Dans la cuisine camerounaise de l’intelligentsia, l’on a essayé toutes les sauces. Hélas, elles n’ont plus de goût.
Il ne sert à rien d’hurler dans le langage agressif pour qualifier un pouvoir fut-il dictateur. S’il faut lire entre les lignes, avec des mots et le poids que pèsent ces littératures, on a l’impression que ceux-ci semblent échapper au contrôle des autorités locales habituées à ces discours.
Au Cameroun, la lutte politique s’est relativement focalisée sur un seul individu : le président camerounais, faisant croire que l’Etat ne serait qu’une entité abstraite et absolu, alors que celui-ci, véritable rapport social et culturel avait la réalité qui lui fut contestée depuis les luttes de résistances des années 90. On dénombre peu de discours dénonçant les dérives d’un ministre ou d’un haut responsable local. Toutes les critiques acerbes ne sont diligentées que contre un seul individu.
Néanmoins, l’on a vu ces dernières années, la presse indépendante camerounaise aiguiller le pouvoir en place sur de nombreuses malversations financières des anciens barons du régime et assimilés en place. Ces derniers ont passé le temps à se servir de la sauce publique et tenait à être continuellement servi.
Si, du moins, ces anciens directeurs de sociétés d’Etat et ces anciens ministres montraient un peu de vertu dans la gestion de la fortune publique, le peuple ne se ferait pas prier pour louer les bons et loyaux services qu'ils rendraient à la République. Hélas ! On dirait plutôt que des ministres, anciens ministres et assimilés s'arrangent à sans cesse pour être impliqués dans la plupart des mauvais coups qui ont, jusqu'ici, ébranlé le pays. Les interpellations, arrestations, emprisonnements et même des soupçons, concernant ces princes qui nous gouvernent en témoignent.
Un Cameroun exceptionnel
Une chose est certaine, le Cameroun est l’un des rares pays qui a connu tant de personnes qui, au lendemain de leur nomination à des postes de responsabilités deviennent subitement des milliardaires. C’est aussi un pays où les forces de l’ordre au lieu de jouer leur rôle de la force muette, dégaine sans remords sur la population.
Le Cameroun est encore parmi les rares pays qui ont connu moins de cinq jours de la descente dans la rue des populations avec ce que cela a pu orchestrer comme frayeur. C’est donc un volcan endormi qui peut se réveiller à tout moment et le pouvoir en place en est conscient. De quoi tout faire pour canaliser les revendications populaires constituant les signes avant coureurs du réveil qu’ils redoutent.
Il faut dire pour reprendre l’enseignant syndicaliste Jean Claude Tchassé dans l’une de ses chroniques que « ce qui effraie le pouvoir, ce sont les multiples coups de force qu’il a perpétrés contre le peuple et contre la démocratie. Chaque exaction a contribué à faire monter la pression, et à mesure que le temps passe, l’on se rapproche de l’instant fatidique de l’explosion. ».
Il ne sert à rien de dire qu’il y a la paix au Cameroun. Sommes-nous en paix quand on a faim ? Sommes-nous en paix quand on ne peut pas se coucher sur son lit ayant les yeux fermés de peur d’être surpris par les brigands ? Quand on n’a plus de routes, d’hôpitaux ? etc. Trop de frustrations, de rancœurs, d’égoïsmes, de jalousies, de trahisons, de crimes impunis, de fraude électorale alimentent les vies quotidiennes des peuples..
La paix du coup est menacée obligeant les victimes à aller pour ceux qui ont les moyens, quémander chez les voisins.
Le processus camerounais est traversé de clivages et de conflits entre un parti au pouvoir dominant et qui manipule constamment dit-on le jeu politique, et une opposition divisée par des querelles de leadership.
Dans un contexte où il y a multiplicité d’acteurs, un processus global de remise en question collective devient de plus en nécessaire et ne peut se réaliser efficacement que si toutes les parties prenantes acceptent de se mettre ensemble. Il devient urgent de développer la tri-articulation Etat- Hommes politiques -Peuples qui débouchera sur la mise en place de systèmes de concertation perfectibles, s’appuyant sur des mécanismes de partenariat et de dialogue socialement définis et articulés sur différents niveaux de territoires, différents niveaux de décision.
Le processus qui nous semble avoir le plus de chance de succès est celui qui prend en compte les intérêts de tous et qui s’appuie sur la reconnaissance des compétences notamment celles des composantes sociales. L’effort de construction nationale devrait être l’œuvre commune de toutes les composantes nation et non la volonté calculatrice et égoïste d’un groupuscule. Si cette option n’est pas envisagée, la sauce camerounaise continuera à ne pas avoir de goût et finira à coup sûr à ne plaire qu’à ceux qui l’ont cuisiné. A vendredi et bon vendredi
© Camer.be Hugues SEUMO