Cameroun :" Coup de torchon à la bananeraie"- Vers une réponse du berger à la bergère ?
Le 9 juin dernier, sous la plume de Philippe Bernard dans l'édition de Le Monde du 09-06-2008,ce dernier stigmatisait la maltraitance que vit la population de Njombe Penja depuis des années à travers les sociétés bananières, notamment celles opérant à Njombe Penja. L'investigation du journaliste n'a pas été du goût de Monsieur Jean-Yves Brethes, président de la Société des plantations Mbanga (SPM) qui a sur-le-champ adressé une mise au point au journal le Monde dont l'intégralité a été publiée dans l'édition électronique du 25 juin 2005.
"Votre article laissait supposer que les sociétés étrangères gagnaient beaucoup d'argent dans la filière bananière du Cameroun et profitaient de façon abusive d'une population à leur service, ayant conduit aux émeutes que l'on sait et à la destruction de leur outil de production.
En ce qui concerne la SPM, il nous semble indispensable d'apporter certaines informations. Sur les 300 000 tonnes exportées en 2008 par le Cameroun, 120 000 tonnes sont produites par des exploitations appartenant à l'Etat ; 45 000 tonnes sont produites par la SPM dont le capital est à 50 % français, 25 % danois et 25 % camerounais." Pouvons nous lire en substance dans la mise au point adressée à la rédaction du journal Le Monde par Monsieur Jean-Yves Brethes, président de la Société des plantations Mbanga (SPM).
Ce dernier s'active dans sa déclaration à développer des arguments liés aux chiffres démonstrateurs qui déculpabiliseraient à son avis sa société vis -à-vis des griefs soulevés par l'article de Monsieur Philippe Bernard.
Nous nous attendions à ce que cette mise au point puisse révéler aux yeux de tous des informations claires et nettes sur la situation des ouvriers de la dite compagnie.
Jusqu'ici, selon les témoignages recueillis à Njombé par les correspondants de Camer.be, le constat demeure le même: Les salaires de misère sont versés par la compagnie à ses ouvriers. L'emploi au sein de cette dernière est également caractérisé par la précarité
A Njombe, Penja et Mbanga, l'Homme n'est considéré que comme un moyen, c'est le bananier qui est la fin
Tant il paraît évident que tout est fait pour que l'entreprise soit florissante, tandis que le traitement des employés reste minable constatait il y a de cela quelques mois un confrère de la place. « Une masse salariale qui oscille entre 20 et 27.000 francs CFA pour dix heures de travail quotidien, telle est notre réalité », affirmait un ouvrier de la SPM à confrère de Douala.
Comment prétendre que l'Union européenne soutient activement les investissements pour compenser les concessions faites au cours de ces dernières années aux producteurs centre-américains dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce pendant que nous savons tous qu'en décembre 2007, alors que la Commission européenne faisait pression sur la partie camerounaise pour la signature d’un accord d’étape dans le cadre des négociations de l’Accord de partenariat économique (Ape), afin de confier les préférences pour l’essentiel accordées en faveur des capitaux européens investis en Afrique.
La mise au point de ce directeur, n'évoque nulle part le sort du maire, Paul-Eric Kingue en prison depuis le 29 février dernier et qu'il s'était scandalisé des salaires pratiqués par les sociétés exploitant les bananeraies - 25.000 francs CFA (37,50 euros) par mois. Il avait dénoncé les privilèges fiscaux et les exonérations de taxes dont bénéficient ces entreprises, toutes dirigées par des Français. Bref, il défendait ce que les Camerounais nomment le bas peuple.
Les sociétés ne payaient pas d'impôts ni de taxes depuis trente ans, affirmait pour sa part le maire, M. Kingue. Ce qui lui a valu ce que nous connaissons tous au jour d'aujourd'hui.
Selon E. K, moniteur agricole à la SPM joint au téléphone par la rédaction de camer.be, la mise au point de Monsieur Jean-Yves Brethes, président de la Société des plantations Mbanga (SPM) n'est qu'une " réaction de paille qui masque les griefs soulevés en sourdine par les syndicats et les responsables du ministère du travail".
Selon Jean Baptiste Sipa, de Le Messager, "Toutes les sociétés bananières occidentales qui réalisent au Cameroun plus de 100 milliards de franc Cfa de chiffre d’affaires par an, tout en fraudant sur leur statut fiscal n’emploient qu’entre 8000 et 10.000 ouvriers (ou esclaves) agricoles à qui elles versent plus ou moins 200 millions de francs Cfa de salaires par an." Est-ce bien ce genre d’investisseurs qu’il faut pour développer notre pays ? S’'interroge t-il. peut être un autre pur folklore camerounais !
© Camer.be : Hugues SEUMO