Belgique - Afrique : Hermine RIGAUD , « En France on dialogue avec la personne à expulser avant de la mettre dans l’avion »
Lorsqu’elle emprunte le vol SN Brussels Airlines le 16 mai 2008 à Bruxelles en compagnie de son époux, elle ne s’attend pas à vivre un calvaire qui pourra lui coûter une interdiction de vol par la compagnie Sn Brussels pendant six mois. Tout comme Monsieur Fosso le 26 avril dernier, elle s’est insurgée contre les méthodes violentes pratiquées par la police dans le cadre du rapatriement d’un individu en situation irrégulière en Belgique. Madame Hermine RIGAUD , puisqu’il s’agit d’elle est adjointe au Maire, Chargée de l'action sociale et des solidarités à CHEVILLY LARUE en France. Nous l'avons rencontrée à Bruxelles dans le cadre d’une conférence de presse organisée par la Ligue des Droits de l’Homme et le Ciré sur les expulsions.
Bonjour Madame, pouvez-vous nous faire part en quelques lignes de ce que vous avez vécu le 16 mai dernier dans un vol de la compagnie Brussels Airlines ?
Effectivement le 16 mai 2008 dans le vol n° SN 353 Y de la compagnie Bruxelles Airlines lors d'un arrêt de transit à Bruxelles pour un vol en partance pour Yaoundé au Cameroun, en arrivant à mon siège, j'ai constaté qu'il y avait un individu maintenu fortement par 3 autres individus. Cette personne portait une cagoule et une ceinture qui avait des menottes intégrées. Elle était couchée sur 3 ou 4 sièges et les autres personnes la maintenaient couchée afin qu'elle ne bouge pas. On entendait des hurlements de bête, et la personne se plaignait de ne pas respirer. Cette situation était insoutenable et j'ai essayé d'intervenir oralement. Les individus m'ont alors expliqué qu'ils étaient de la police Belge et qu'ils escortaient un sans papier. Qu'ils étaient obligés de le maintenir car cela faisait 4 fois que cet individu faisait du cinéma. Tous les passagers demandaient le débarquement de la personne maintenue couchée afin que l'on puisse décoller il était inadmissible de décoller avec une personne maintenue couchée et que trois policiers tentaient de faire taire. Mon mari ancien policier retraité en France ayant souhaité que le commandant de bord vienne constater la situation. A été sorti sur une petite passerelle en dehors de l'avion. Un passager m'a informé que mon mari avait été conduit à l'extérieur de l'avion. Je l’ai aperçu sur la plateforme. J’ai voulu essayer de le rejoindre. C’est alors que le policier a fait une clé et je me suis retrouvée par terre et le policier sur moi. Il me maintenait sérieusement immobilisée. Il appuyait son bras sur mon coup de façon à me couper la respiration. Le commandant de bord n'est venu à aucun moment et en arrivant à Yaoundé lorsque j'ai dit aux hôtesses qu'elles devaient avoir honte de travailler en cautionnant de tels actes, elles m'ont remis une interdiction de vol dans les lignes de Bruxelles Air Lines
Votre mari étant un ancien policier a affirmé tout à l’heure lors de la conférence de presse de n’avoir jamais assisté à des expulsions de ce genre là .
Il a parfaitement raison de le dire car en France on dialogue avec la personne à expulser avant de la mettre dans l’avion. On l’amène dans l’avion et elle s’assoit comme tous les autres passagers. Il y a un travail psychologique qui est fait au départ. Si elle ne veut pas partir, on revient au départ au centre de rétention mais on ne l’attache pas, on ne la brutalise pas. Je pense qu’il y a quand même la possibilité de parler avec les gens à leur faire comprendre que ça ne sert à rien de durcir, peut être même à leur présenter un projet de retour car ils ne sont pas bêtes. Mais sur le coup du départ forcé c’est normal que l’intéressé refuse. Si on prend le temps de le ménager on peut y arriver.
Mr,Mme Rigaud et Mr Fosso ( Photo Camer.be)
Est-ce que vous pouvez voyager demain avec Brussels Airlines ?
Non, et non. A moins qu’ils présentent leurs excuses publiques qu’ils prennent l’engagement de changer de position par rapport aux expulsions forcées. Ce qui m’écœure le plus c’est que lorsqu’on les interroge par rapport à cette histoire, ils expliquent que j’étais entré dans l’avion où j’ai agressé un policier, un commissaire de police en civile alors qu’ils sont au courant de ce qui s’est passé.
Y-a-t-il eu une scène de manifestation de la violence de votre part envers la police ?
Non, de toute façon je ne le pouvais pas car, je n’ai que la parole et pas de force physique pour affronter la police.
Vous aviez initié une plainte contre SN Bruxelles au niveau du Cameroun. Où en êtes-vous avec la suite ?
Au niveau du Cameroun, j’ai porté plainte contre SN Brussels au commissariat de police de l’aéroport. Le commissaire m’a dit que cette plainte suivait son cours et elle suivait également la hiérarchie normale, c’est –à- dire tout ce qui est diplomatie et autres. J’ai aussi une plainte que je dois engager avec l’Avocat qui se trouve actuellement en négociation avec SN Brussels à Yaoundé qui au départ voulais me rembourser 300€, c’est –à-dire le ticket retour que je n’ai pas utilisé. Maintenant, ils envisagent me rembourser les frais supplémentaires occasionnés par mon long voyage à savoir l’hôtel, le billet d’avion que j’ai payé en plus à Air France, le salaire que j’ai perdu puisque j’ai mis trois jours de plus au Cameroun etc.… Mon Avocat a expédié un courrier là bas pour voir un peu comment tout cela pouvait coûter en termes de rupture abusive de contrat.
Il se chuchote au sein de la diaspora qu’une probable campagne de boycott de la compagnie SN Brussels est en cours. Êtes-vous au courant ?
J’ai été informé de la démarche du Collectif contre les Violences et les Discriminations dans les Avions (ndlr CVDA) de Monsieur Maximin Emagna. Je suis tout à fait d’accord et partante pour soutenir toute forme d’action pouvant faire bouger la compagnie Brussels Airlines. Quand je parle de ce projet à mes proches, tout le monde se sent concerner et n’attends que le coup d’envoi. Je pense que ça peut très bien marcher au Congo, Cameroun et plusieurs autres pays.
© Camer.be : Propos recueillis par Hugues SEUMO
