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7 juin 2008

Cameroun : Mila Assouté , ‘’Yaoundé n’est plus un village de quelques personnes’’

Pierre_Mila_ASSOUTE070808275Transfuge du RDPC, il est désormais à la tête du Rassemblement Démocratique pour la Modernité du Cameroun (RDMC), un parti qui se ramifie sérieusement au Cameroun. De Paris où il réside désormais, Chief Mila Assouté ne manque pas d’ambition pour le Cameroun. Il annonce d’ailleurs son programme de gouvernement qui sortira dans un avenir relativement proche. Camer.be a voulu en savoir plus sur les intentions de celui qui a choisi Yaoundé pour abriter le siège de son parti. Interview exclusive.

Merci Monsieur Mila Assoute de recevoir Camer.be à Paris. Nous allons commencer cet entretien par une petite remarque sur votre CV. Chef supérieur dans la Plaine des Mbo, ancien député RDPC, Patron de parti politique. Quel est l’état de santé de votre parti politique aujourd’hui ?

L’état de santé de mon parti politique le RDMC, Rassemblement Démocratique pour la Modernité du Cameroun, me semble celui d’un parti qui se construit sur des bases solides. Un parti politique, c’est d’abord des idées et ensuite, des hommes et des structures. Et sur ce plan là, au niveau des idées, je crois qu’elles sont suffisamment  bien structurées. Je viens de commettre mon projet politique et un livre d’entretiens chez l’harmattan à Paris. Le programme de gouvernement sortira dans un proche avenir.

S’agissant des Hommes il y a des Camerounais crédibles en son sein, tant à l’extérieur et qu’à l’intérieur du pays qui le portent actuellement. Les démembrements  du parti au Cameroun s’étendent sur le terrain progressivement, discrètement aussi, avec des personnes de grande qualité. Au niveau des structures, nous avons pris un bâtiment à Yaoundé pour abriter le siège national du parti. Quand on a des idées, un projet politique, un programme de gouvernement, des hommes sérieux et des structures, le parti politique se porte très bien et promu à un grand avenir quand il est phase avec le peuple.

Le siège de votre parti politique à Yaoundé, est-ce un choix stratégique ?

Yaoundé c’est la capitale politique du Cameroun. C’est le siège des institutions de la république et la vocation d’un parti politique c’est de conquérir le pouvoir. On ne doit pas aller le faire uniquement dans l’arrière pays. Je ne condamne pas à priori ceux qui estiment qu’ils peuvent installer le siège de leur parti en dehors des institutions de la république. Quant à nous, nous avons estimé que pour être  en relation  aussi bien avec l’ensemble du pays qui se retrouve dans sa capitale qu’avec le pouvoir que nous voulons conquérir qui est tout à côté, qu’avec toutes les représentations diplomatiques basées à Yaoundé pour mieux  véhiculer nos idées au sein de la population camerounaise et de toutes ces instances, notre siège est mieux là. Ce qui pour nous est  idoine, non pas en terme de stratégie seulement, mais aussi en terme d’efficacité, d’être à Yaoundé.

Ensuite c’est l’occasion de dire que Yaoundé n’est plus un village de quelques personnes encore au gouvernement comme Mama Fouda, et en dehors, dans la société qui se le racontent, en signant des inanités d’un genre guerrier limité à leur seul petit esprit tribal. C’est un privilège inestimable d’abriter la capitale politique d’un peuple que beaucoup de villages aimeraient offrir à notre pays. En acceptant ce privilège,  on perd toute notion de village au profit de la notion expropriante de l’utilité publique. Le village tombe dans le domaine public. Yaoundé, capitale politique du Cameroun, n’est plus le village de personne. C’est la ville des Camerounais. Tout ceux qui ont signé cet appel à la haine tribale dans la capitale doivent être démis du gouvernement, arrêtés et poursuivis devant les tribunaux, si nous avons encore un Etat commun avec un chef d’Etat commun à tous les Camerounais. Je le demande avec insistance.

Chief Mila, c’est vrai que beaucoup de camerounais qui ont  vécu et qui le sont encore vous connaissent très bien. Il y a également beaucoup de personnes au sein de la diaspora qui ne vous connaissent pas. Pouvez vous  vous présenter à ceux qui ne vous connaissent pas ?

Je suis Pierre Mila Assouté, 51 ans, homme politique Camerounais exilé à Paris, opérateur économique dans le Trading international, Chief parce que je suis effectivement un des grands chefs  traditionnels de notre pays, c’est-à-dire chef supérieur des Mbo au Cameroun. Je suis moderne de mon temps et sans complexe ni d’infériorité, ni de supériorité. Je suis à la tête d’une communauté importante qui représente 40 000 habitants environ. Mes populations se réclament Sawa ...Il y a aussi d’autres peuples, bamilékés notamment. Les Mbo s’étendent de l’arrondissement de Santchou dans la Menoua à l’Ouest du Cameroun, à Nkongsamba dans le Littoral à Douala, en passant par le Sud-ouest à Kumba, Kupé mouanengouba. Ma mère s’appelle Madoné régine, sœur adoptive du prince Réné Bell à Bali. Mon défunt père Esselem Mila était de Santchou. Donc voyez-vous, je suis finalement de partout, mais je suis Mbo ; cela n’a aucun mérite particulier ; sur le plan traditionnel, j’appartiens à une synthèse  naturelle et administrative à la fois, entre trois provinces bamilékés et sawa de notre pays. Voilà ce que je suis. Sur le plan personnel, j’ai deux grands garçons, dont un métis de grand-mère Bafang ; je vis conjoint à une Béti de mon pays et deux jolies jeunes enfants. J’ai fait des études primaires à Santchou, secondaire à Montesquieu, au CES de Dschang, de Yaoundé, au Lycée Leclerc, sanctionnés à terme par un diplôme de contrôle de Gestion à l’ISA à Paris, un DESS en marketing et Commerce International à Paris. J’ai été consultant à la présidence du Cameroun, auprès d’une banque affiliée à Belgolaise Bank à Paris, consultant au ministère de la défense, chargé des missions spéciales à la présidence, membre du comité central RDPC. J’ai passé 6 mois de stage sous Ahidjo à la présidence et j’ai travaillé aux finances avant de démissionner volontairement de l’administration en 1978 pour aller faire mes affaires et mes champs.
J’ai commencé la politique très tôt. J’ai été l’un des plus jeunes députés du Cameroun à 24 ans en 1983. Je n’ai pas un attachement particulier à l’argent. J’aime les gens. C’est ma plus grande richesse. Vous savez tout maintenant.

Sous la bannière de quel parti politique ?

A l’époque de l’UNC (Union Nationale Camerounaise). Je vais profiter ici pour dire aux camerounais qui  s’intéressent à la politique et que la pratique politique d’aujourd’hui a découragé par des déboires divers et qui font parfois des commentaires qui n’ont rien à voir avec la réalité que lorsque je deviens député en 1983,  il n’y avait que l’investiture du parti unique, l’UNC au moment où Paul Biya est devenu vice-président et Ahidjo le président national. Cette investiture a eu lieu en 1982  pour une élection qui devait se tenir en mai 1983. Biya prend le pouvoir le 6 novembre 1982 et c’est sous lui que sont organisées les élections qui m’amènent à l’assemblée nationale. Mais ce n’est pas lui qui a présidé les investitures de ceux qui étaient retenus sous Ahidjo à cette législature. Je deviens ainsi député sous la bannière de l’UNC.

L’histoire de notre pays  s’accélère bruyamment car il y a bicéphalisme à la tête de l’Etat à cause de la présence d’Ahidjo qui est ancien chef de l’Etat qui demeure président national du parti. Biya venait  d’accéder  à la tête de l’Etat et était vice-président d’Ahidjo dans le parti. Comme le parti et l’Etat se confondaient, les deux se disputent la préséance et le contrôle du pouvoir qui a débouché sur une bonne partie de l’histoire tragique de notre pays, à savoir  le coup d’Etat de 1984 et les tentatives précédentes qui donnent ainsi naissance à l’avènement du RDPC à Bamenda e Mars 1985. A Bamenda, je suis congressiste, statutairement en tant que député à l’assemblée nationale. Je participe comme tout jeune cadre à  l’avènement du RDPC, parce que nous pensons  que c’est une véritable chance et ère de changement démocratique au cameroun. Le président  Biya a un discours démocratique séducteur.

Il faut le dire pour la compréhension de beaucoup de jeunes camerounais, ceux par exemple qui sont nés en 1982 et qui ont aujourd’hui   26 ans. Ils s’intéressent à la politique mais ne savent pas toujours ce qui s’est passé avant le multipartisme de 1990. C’est pour cela qu’il faut être tolérants quand  on les écoute  parfois dans plusieurs médias. On a dépolitisé le Cameroun, les jeunes camerounais aussi, au point où ils sont obligés de se trouver des explications  sur ce qu’on aurait dû mettre à leur disposition. A cette période, Biya a un discours intéressant : Rigueur, moralisation, démocratisation. Il n’y a aucun Camerounais à cette époque là parce que c’était le seul parti qui ne se sentait pas concerné. Beaucoup de camerounais trouvaient qu’ Ahidjo avait un long pouvoir, 22 ans. Aujourd’hui on est à 26 ans... Les gens sont fatigués et certains trouvent que c’est une très bonne chose qui doit se poursuivre. Je suis contre. Nous jeunes  qui faisions nos pas dans la politique, nous nous sommes dit au départ qu’il fallait soutenir Biya pour que le Cameroun change et on l’espérait en bien. Le RDPC va ainsi naître. Il faut ajouter qu’il était né bruyamment parce que les tenants de l’ordre ancien ne voulaient pas que le RDPC naisse. Je me rappelle, qu’il y avait ceux qui ont dit à  Biya d’aller créer son parti et de laisser l’UNC. Nous étions derrière ceux qui soutenaient  la naissance du RDPC. (A suivre)

Note de la rédaction : Quels sont ces hommes politiques camerounais qui étaient contre la création du RDPC ? Les révélations de Monsieur Pierre Mila Assouté dans une prochaine édition.

© Camer.be : Propos recueillis par Hugues SEUMO & J.P Bouneck

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