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20 juin 2008

Cameroun : Mila Assouté , ‘’Je dois saluer le combat de l’opposition Camerounaise’’

Mila_Assoute200808200Il a créé son propre parti politique après avoir quitté le bateau RDPC. Pourquoi n’avoir pas choisi de rejoindre une formation politique de l’opposition déjà existante ? Mila répond a cette interrogation. Il fait ensuite le tour de la question des mœurs dans la société camerounaise : Feymania, homosexualité, viol… tout y passe. Au passage, l’ex- cadre du parti au pouvoir fait l’autopsie de l’opposition camerounaise.

Mila Assouté, une fois que vous avez rendu le tablier du RDPC, vous créez votre propre parti politique. Pourquoi n’avez-vous pas rejoint les partis de l’opposition qui partageaient les mêmes idéaux que vous ?

Je n’ai pas rejoint un autre parti politique parce que je ne cherche pas de poste à occuper dans un parti. Ce que je cherche c’est l’amélioration des conditions de vie de notre pays, c’est le respect de la souveraineté du Cameroun, de l’humain, c’est le retour à l’honneur que le Cameroun a perdu. Les partis politiques à vrai dire ne m’ont pas convaincu par leur façon de faire. On ne quitte pas un parti au pouvoir comme je l’ai fait par la grande porte pour revenir par la porte détournée dans un autre parti qui va aller la nuit traiter avec celui qu’on a quitté.

C’est ce que je soupçonne beaucoup de parti de faire avec le pouvoir. Je lutte contre la honte du pays. Nous avons été mille et une fois le pays le plus corrompu de la planète. J’ai évoqué tout à l’heure le drame de la jeunesse camerounaise qui pense qu’on peut réussir par la voie de l’escroquerie internationale la « Feymania », les marchés fictifs, l’homosexualité, c’est dommage qu’on en arrive là !!!

J’ai rencontré quelques uns pour leur demander ce qui les motivent à faire ces choses graves qui contribuent au désagrément de l’honneur du Cameroun à l’étranger. Plusieurs d’entre eux disent qu’ils ont des diplômes et sont sans emplois. Ils fuient le Cameroun, leur pays. C’est grave ! On a survalorisé le matériel au Cameroun et cette survalorisation du matériel a pris le dessus  sur le savoir et l’être.

Les enfants pensent qu’avoir de l’argent par n’importe quel moyen pour acheter les grosses voitures et courir les filles est devenu le chemin de la réussite. On peut tuer, voler, violer, se prostituer,  pour avoir de l’argent et curieusement, même les parents ne posent pas les questions à leurs enfants qui brusquement deviennent riches d’où leur vient l’argent. Ceci est un dérèglement de valeur qui est insupportable pour un homme qui a le sens de l’Etat.

Quel est l’état de vos relations avec les autres partis politiques de l’opposition au Cameroun ?

L’opposition n’a pas de mauvaise relation avec moi et je ne le souhaite pas. Je me suis parfois interrogé sur le sens politique de certains leaders de l’opposition camerounaise. D’abord comme intellectuel et ensuite comme homme politique. Je ne juge pas, j’observe la société.

En tant qu’intellectuel je me suis dit que la misère qui sévit au Cameroun et la volonté d’avoir  une kyrielle d’opinions a permis au Cameroun d’accéder non pas à la démocratie mais plutôt à la ploutocratie. Les gens ont faim et créent des partis de copains. Plusieurs partis politiques de l’opposition donnent l’impression de n’être pas prêts à travers la faiblesse des programmes politiques qu’ils proposent, surtout qu’il n’y en a pas beaucoup et ensuite par le sens de l’organisation et de la compréhension de l’organisation de l’éducation  politique des populations. Beaucoup n’ont même pas de sièges.

Il s’en est  découlé quelques fois des postures plus ou moins opportunistes qui ont  fini de laminer les espoirs d’un peuple véritablement convaincu de la nécessité d’un changement. Vis-à-vis de l’opposition camerounaise, je n’ai pas de relation particulièrement,   ni bonne ni mauvaise mais j’y compte des amis bien nombreux.

C’est-à-dire ?
 
C’est-à-dire que je regarde cette opposition là avec beaucoup de respect pour des efforts qu’on peut retrouver là dedans mais,  je la regarde avec beaucoup de recul et prudence par son  immaturité, sa prédisposition à changer de discours en faveur du pouvoir et son inorganisation. C’est  pour cela que dans l’ouvrage que j’ai commis, je n’ai pas fait dans la langue de bois.

J’ai dit que  cette opposition opportuniste de la « mangeoire », je m’en démarque totalement. Le mot opposition au Cameroun a été complètement dévoyé et je ne veux pas me revendiquer de cette opposition parce que cette dernière est responsable comme le pouvoir en place du désespoir qui s’est ancré profondément dans le peuple camerounais. En 1992, pour justifier mon propos et pour qu’il ne soit pas dénaturé, le peuple camerounais qui veut le changement donne à l’opposition la majorité parlementaire.

Souvenez vous de l’alliance entre le MDR et le RDPC, puis avec l’UPC et l’UNDP , ANDP, qui brusquement transforme une opposition majoritaire en opposition minoritaire et du coup, que voulez vous que pense le citoyen qui a donné sa voix à l’opposition pour changer sa condition et qui constate que cette opposition va s’allier au parti qu’il a combattu ? Le citoyen se sent en ce moment là, pas seulement exposé, mais trahi parce qu’aller voter aujourd’hui contre le pouvoir en Afrique ouvertement c’est s’exposer.

Et quand on sait qu’on a pris le courage de s’exposer contre un adversaire en faisant confiance à un leader et que demain on constate que ce leader va traiter avec la personne contre laquelle on s’est exposée, on se dit qu’on s’est trompé et la tentation est  forte d’aller traiter directement avec cette personne supposée être mauvaise pour le peuple et bon pour les leaders du peuple.

Quand on voit  que le lendemain vous allez avec elle, sans doute que cette attitude cachait plutôt quelque chose que vous vouliez obtenir. Voilà pourquoi à un moment donné, j’ai pris du recul vis-à-vis de l’opposition actuelle au Cameroun. Cette opposition là  qui est prête à la moindre  occasion de se mettre à table pour partager ce qu’on appelle chez nous le gâteau national, cette opposition là, elle me pose un problème et de cette opposition, je m’en démarque. Je ne vais pas me démarquer d’un pouvoir qui donne  des prébendes à plusieurs partis de cette opposition là pour  aller me mettre avec ces dernières qui demandent des prébendes que j’ai refusé directement au pouvoir.

C’est pour cela que je dis, j’ai des bonnes relations avec l’opposition mais avec cette opposition courageuse, celle qui refuse d’aliéner les conditions qui peuvent sortir notre peuple de la misère. L’opposition à la limite préfabriquée qui quémande l’argent, les postes, je me méfie de celle là et je dis que nous avons pris l’initiative de proposer aux camerounais par notre parti  politique des idées et des hommes neufs et crédibles. Notre parti politique doit avoir tout le temps en conscience qu’il a des obligations et des devoirs  de compte rendu au peuple camerounais sur la vision d’une société meilleure.

Je ne pense pas que c’est quelque chose que je retrouve dans la majorité des partis politiques aujourd’hui au Cameroun. Et, c’est ce que je dénonce au sein du RDPC, de n’être pas un parti qui se sente des obligations vis-à-vis du peuple Camerounais. Mes relations avec les leaders politiques sont stables. Je rencontre certains de temps en temps avec qui nous échangeons et qui sont d’accord  de ce diagnostique que je suis en train de faire et qui pensent que nous pouvons faire quelque chose ensemble...

Cela étant, je dois saluer le combat de l’opposition Camerounaise. Je dois rendre hommage à l’opposition, car leur combat est énorme et difficile devant un pouvoir qui tue les jeunes qui ont faim, même s’il est vrai que là dedans, il y a ceux qui pêchent par la tentation d’aller vers la facilité mais, on rencontre dans cette opposition, des hommes et des femmes ordinaires courageux et sincères qu’on abuse que certains du RDPC, tenaces qui veulent quelque chose mais tout ceci se fait dans une incohésion, de manque de détermination et de socle idéologique déficient.

Il faut également condamner ceux de l’opposition qui utilisent le peuple pour se faire acheter. Le peuple voit tout. Voilà ce que je pense et c’est à cœur ouvert aujourd’hui que je le dis. Je  ne me revendique pas de l’opposition pour agiter des idées afin de me faire une situation de rente dans  l’appareil de domination du pouvoir. Imaginez, maintenant que vous me donnez la parole, un citoyen qui est pauvre  au village et qui va voter pour un parti politique dans l’espoir de voir sa situation s’améliorer et qui voit  le lendemain le député qui était pauvre comme lui, revenir désormais avec une grosse voiture et beaucoup d’argent.

On dit qu’ils perçoivent un million deux cent mille francs Cfa par mois, qu’il reçoit  huit millions de crédit micro finance par an. Sa situation a considérablement changé dans un environnement misérable. La sienne à lui a changée alors que la situation de ceux l’ont amené à être député n’a pas évoluée. Que voulez vous que ce paysan pense ? Sa tentation de suivre le RDPC devient plus forte et pourtant les dirigeants de ce parti ne font pas autre chose que créer les conditions de la misère qui mine le pays tout entier.

Donc, il y a un aggiornamento à faire dans l’opposition autant qu’il existe une grande irresponsabilité dans le parti au pouvoir. Voilà pourquoi on se démarque non pas pour se mettre au centre, mais plutôt pour dire qu’il faut une véritable prise de conscience de ce qu’on pourra appeler demain chez nous, opposition et qui consiste à défendre contre vents et marrées, sur la base des convictions  affirmées des idées relatives à la meilleure conduction du peuple vers un destin meilleur.

C’est pour cela que j’ai commis des idées structurés dans un projet politique que nous avons appelés «  Mon projet démocratique » adressé sous forme de lettre ouverte au peuple camerounais et dans lequel nous expliquons en terme idéologique ce que nous pensons faire  des idées qui peuvent  améliorer le sort du peuple Camerounais. (A suivre)

© Camer.be : Interview réalisée par Hugues SEUMO

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