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24 novembre 2008

Cameroun: Le RDPC a 24 ans, à quoi bon de fêter cet anniversaire ?

Rdpciste291107200Parti hégémonique, caracolant à la tête de l’État et du pays dans les conditions critiquées par de nombreux observateurs, le Rdpc, le parti au pouvoir comme on l’appelle a 24 ans. C’est plus que l’âge de la majorité officielle, et c’est déjà l’âge de la maturité politique. S’il est vrai qu’il n’est confronté de fait à la concurrence avec les autres formations que depuis seulement 15 ans, le Rdpc a du mal bien évidemment à faire sa mue ; tout se passe d’ailleurs comme si sa seule mue, devait lui permettre de rester le parti ultra dominant.

Le 24 mars 1984 à Bamenda dans la région du nord ouest, lors d'un Congrès extra-ordinaire qui devait marquer la rupture entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, l'Union Nationale Camerounaise l'UNC disparaissait au profit du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais le RDPC.

Le RDPC de Paul Biya a 24 ans. Un âge auquel certains songent à leur avenir et font des bilans. Un âge selon lequel d'autres songent à réaliser leurs voeux. Vingt quatre années ont passé, le RDPC vacille entre réussite et échec. Le parti du président Biya se sera comporté exactement comme l'UNC. Le "Congrès de la rupture" de Bamenda n'aura donc servi qu'à changer de nom: les méthodes, l'idéologie et les structures du RDPC étant calquées sur celles de l'UNC. 

Sur le plan socio politique, le système de partis camerounais n’a pas connu d’évolution majeure en deux décennies : d’abord bien que l’on ait pu observer au milieu des années 90 (la présidentielle de 97), elle s’est étiolée dans les années 2000, pour exploser après la présidentielle de 2004. En faveur du RDPC.

En 24 ans, aucune force de l’opposition ne réussit à cristallier une opinion, que l’on pourrait idéologiquement qualifier : de gauche ou du centre ou d’ailleurs. Les lisières idéologiques des formations flottent et s’entrelacent autour des valeurs comme : l’éthique, la bonne gouvernance, l’état de droit. Aucune formation, y comprise celle qui fête son 24ème anniversaire, ne parvient à sortir du lot, faisant la différence grâce à un projet marqué du sceau d’une idéologie du changement.

Si le RDPC peut être fier de transcender les différents courants ethniques et philosophiques qui composent la société camerounaise, s'il demeure un des rares à pouvoir être en mesure de parler de projet politique, il faut cependant reconnaître que le parti présidentiel a aussi eu vingt quatre années d'immobilisme, d'occasions manquées et d'illusions perdues. Repoussant toujours la nécessaire modernisation des institutions, le parti-Etat a gardé les vieux réflexes hérités du temps du monolithisme politique.
Prenant quelques libertés avec le suffrage universel, le RDPC n'hésitera pas à confisquer certaines victoires de l'opposition. C'est de justesse qu'il garde le pouvoir après les Législatives de 1992. Mais parti-Etat, dont le financement ressemble au secret sur le sexe des anges, le RDPC va pratiquer la satellisation et la balkanisation de la classe politique nationale: le pouvoir à tout prix.

En 24 ans, le RDPC est devenu le passage obligé pour accéder aux hautes fonctions de l'Etat (ministres, ambassadeurs, directeurs de sociétés publiques…), le parti s'est aussi bien gardé d'élaborer un nouveau statut pour ses confrères, contribuant ainsi à les maintenir dans une pauvreté et une dépendance financière certaine.

Ce jour, le RDPC a 24 ans, et détient le record Guiness avec plus d'un quart de ses cadres dans les prisons camerounaises. A la prison de Kondengui, un quartier s'appelle Comité central du RDPC, à la prison central de Douala, l'on ne peut pas s'empêcher de lire sur les murs qui séparent les membres du RDPC emprisonnés " Rigueur et Moralisation en marche". A la prison centrale de Buéa, le bloc « C » s'appelle désormais " Faculty of CPDM"

En 24 ans, le RDPC aura réussi au Cameroun à constituer une bande d'homme politique tous des détourneurs des fonds publics. Le RDPC et ses dirigeants resteront à jamais associés à la décadence du Cameroun. Il n'est pas exclu qu'en 2011 en dehors des prisonniers (anciens ministres et cadres) que tous les autres militants gonflent les rangs de réfugiés à l’étranger. Il est donc temps pour eux de choisir leurs camps.

En 24 ans la crise est profonde au Cameroun, même si au RDPC on refuse de le reconnaître. D’aucuns parlent de la paix. De quelle paix parlons nous quand on ne parvient pas à se soigner décemment quand on est malade ? De quelle paix parlons nous quand les jeunes diplômés ne peuvent pas trouver du travail ? De quelle paix parlons nous quand chaque jour, homme, femme, enfant, jeunes, vieux, chacun ne songe plus qu'à quitter le pays ?

Les anniversaires ont toujours quelque chose de fastidieux, de rituel et d’automatique : mais lorsqu’on a 24 ans, que l’on a été seul pendant 24 ans et que la donne n'a pas changé, force est de voir ce que l’on a apporté au pays. On a vu qu'en 24 ans l'on continue à vivre dans une chaumière dont les des cendres sont toujours chaudes

En ce 24 ème anniversaire, le RDPC ne peut donc pas se prévaloir, d’avoir modernisé le système politique puisqu’en un certain sens, le pluralisme ne fonctionne pas, plombé par un système électoral aux effets viciés, par les relents d’un parti unique, dont les traditions ont du mal à s’effacer. Avant de fêter le 24è anniversaire de ce parti, il serait souhaitable que les membres, aussi bien ceux des comités de bases dans nos prisons que ceux de l’extérieure regardent d’un oeil critique les enfants qu’ils ont forgés en vingt quatre ans.

E.E

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