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12 décembre 2008

Cameroun: André Ze Jam Afane "Nos héros doivent être réhabilités et inscrits dans nos livres d’histoire"

Andre_Jam_Afane100609275Votre rédaction  s’est rendue à Reims, ville située dans le nord-est de la France et plus précisément à 129 km de Paris pour recueillir les impressions du poète, artiste musicien, peintre André Jam Afane, fils de  feu René Jam Afane, l’un des lauréats à titre posthume du Prix Moumié dont la cérémonie a eu lieu le 30 mai dernier à Genève. Très souriant, prolifique, André a accepté de répondre à nos questions. Lisez plutôt

Bonjour Monsieur André Ze Jam Afane, merci de nous recevoir. Votre réaction après votre séjour genevois où vous étiez présent le 30 mai dernier dans le cadre de la cérémonie relative au Prix Moumié ?

Je suis heureux, parce que j’ai rencontré tous les membres de la Fondation Moumié présents. Ce sont des compatriotes attachés  au Cameroun, à leur patrie comme le dit l’hymne national attachés à leur pays  chère patrie, terre chérie, tu es notre seul et vrai bonheur. J’ai rencontré des gens qui pour la première fois dans l’histoire du Cameroun ont décidé de raviver la mémoire de nos héros. Je vis actuellement dans l’immense joie et manque de mots pour remercier cette fondation

Quelle a été la réaction de la famille Jam Afane dès l’annonce par les membres du jury de la Fondation Moumié que votre papa feu René Jam Afane à titre posthume avait été désigné comme lauréat du Prix Moumié 2009 ?

La réaction de la famille Jam Afane a toujours été celle de la joie. Mon père adorait les honneurs, pas pour les parades mais plutôt pour  la qualité. Je me rappelle  à l’époque, à la fin des examens scolaires, au moment où  nous ramenions à la maison nos bulletins de notes, il ne nous demandait jamais la note obtenue mais plutôt le rang. Ainsi, une récompense comme celle du Prix Moumié  a un sens  très important pour tout citoyen camerounais digne de ce nom.

Nous avons reçu  au niveau de notre rédaction des réactions en provenance d’une lectrice de Belgique qui affirmait être de la famille Jam Afane et qui n’a pas été associée à l’évènement. Avez-vous pris le soin d’informer toute la famille de votre présence à Genève dans le cadre des cérémonies relatives à ce  Prix Moumié ?

Notre famille est nombreuse et éparpillée en Europe. Quand j’ai été informé de l’existence de ce prix, j’ai personnellement pris le soin d’informer à mon tour toute la famille. Cette dernière a reçu la nouvelle avec fierté, surtout qu’au Cameroun, personne ne parle de notre papa (René Jam Afane, Ndlr) pourtant son nom doit figurer comme le souhaite la Fondation Moumié dans les programmes d’histoires au Cameroun. Il a fallu qu’il puisse avoir un Prix à titre posthume pour que plusieurs Camerounais commencent à avoir une idée de sa personne et  de ses œuvres pour la patrie.

Question personnelle. Vous suivez presque les pas de votre papa, le notait récemment un invité à la cérémonie de remise du Prix Moumié. Pouvez-vous confirmer ou infirmer cette information ?

Mon papa René Jam Afane était un homme doté d’une intelligence particulière. Il  ne parlait pas pour ne rien dire. Je me rappelle à chaque conflit il nous disais toujours, quand deux arbres se tiennent côte à côte, ils se frottent de temps en temps.  Donc entre les hommes, il y a toujours des moments où il y a des frottements  lorsqu’on vit ensemble. Il  y a toujours quelque chose qui provoque ce frottement.  Donc tout ce qu’on dit que ce soit sur la Fondation Moumié ou sur le Cameroun, il y a des  problèmes précis qui doivent être résolus. Mon père résumait  toute la situation du Cameroun  qu’il a vu naître par une seule phrase «  très humble, certains profitent du travail des autres ».  Mon père ne s’attardait jamais sur des choses négatives, il agissait toujours sur le bon sens. C’est quelqu’un qui était  épris de justice et qui agissait toujours au cœur des problèmes. Alors, que ceux qui cherchent à profiter du travail des autres cessent.

Vous parlez de qui en tant que profiteurs du travail des autres ?

Quand je parle de ceux qui profitent du travail des autres, je m’inspire de ce que j’ai vécu l’année dernière au Cameroun. Dans l’hymne national du Cameroun, on parle  du berceau, le berceau de nos ancêtres.

A un certains moment pour la petite anecdote, j’étais au niveau  de la place du marché central de Yaoundé, j’ai vu comme dans une performance artistique surréaliste des Camerounais installés dans la rue à cause de l’embouteillage, alors j’ai  vu dans ce Cameroun un bébé qui est né dans les années soixante, qui aura bientôt cinquante ans et on lui a offert un beau berceau bleu. Il a 50 ans et il vit  toujours dans la même chambre et se couche sur un même lit. Voilà l’image du Cameroun, il y a un parc automobile à viabiliser, nos hôpitaux à reconstruire, nos écoles à reconstruire, le pays a reculé de plus de 50 ans en arrière. Mon père était un homme qui ne parlais pas mais agissais. Il n’était pas de ceux qui profitent du travail des autres

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André Ze Jam Afane reçoit le prix décerné à son feu père Réne  Jam Afane 

Est-ce que votre papa de son vivant vous a raconté les circonstances dans lesquelles ils ont composé l’hymne national du Cameroun ?

C’est une histoire qui a été raconté plusieurs fois par les élèves de sa génération, celle de 1928 de l’Ecole Normale de Foulassi où étudiaient. Mon père n’en parlait pas trop car dans la culture Boulu, on ne dit jamais qui est l’auteur d’un chant. Au Cameroun nous avons des chansons traditionnelles et dire qu’on est l’auteur d’un chant, c’est comme s’il était un Dieu.  A l’Ecole Normale de Foulassi, ils avaient le révérend Camille Armand Chazeau, ce pasteur qui avait fait la première guerre mondiale et qui avait horreur de la guerre. Dans les bagages des colons il y avaient quand même des bonnes personnes. Dans cette Ecole normale, ce Monsieur Chazeau n’arrêtait de parler de la paix, de l’amour pour la patrie, jusqu’à ce que mon père et ceux de sa promotion à la fin de leur DMI

Pour revenir l’Ecole normale de Foulassi, mon père à l’époque à la fin de leur DMI a demandé à Monsieur Chazeau s’il pouvait aussi un jour chanter l’hymne pour son pays, Chazeau qui les initiaient à l’instruction civique leur a donné le fameux devoir d’écriture d’une chanson qui pouvait être l’hymne national du Cameroun. Et comme mon père était le meilleur en poésie, c’est son texte très visionnaire qui a été retenu. Ils ont composé une musique avec Samuel Minkyo Bamba. Les textes  ont tellement ému le directeur de l’école qu’il l’ont retenu  et l’ont baptisé de «  Chant de ralliement ». Ils ont fait un rituel de 28 petits jeunes qu’ils étaient, en jurant qu’ils devaient enseigner cette chanson à tous leurs élèves et à tous les camerounais. Ils ne savaient pas encore que c’était l’hymne national du Cameroun. Ce chant de ralliement fut ainsi enseigné dans toutes les écoles du Cameroun et fut adopté par la première assemblée législative (1957-1959) comme hymne national du Cameroun

Tout à l’heure vous parliez du DMI, de quoi s’agit-il exactement ?

Le DMI, c’est le diplôme de moniteur indigène qu’on donnait après le certificat d’études primaire pour ceux qui avaient passé trois années de formation pour pouvoir être instituteur dans les colonies. Ils ne pouvaient pas aller au-dessus.

Votre père avait quel âge à cette époque ?

Merci de me poser cette question car beaucoup ne le savent pas, pour rappel mon père avait 18 ans en 1928

Un dernier mot à l’intention de nos lecteurs ?

Chaque camerounais devra ouvrir son cœur, respecter la tradition et écoutez la voix de nos ancêtres. Je continue à penser tout comme la Fondation Moumié que nos héros doivent être réhabilités et inscrits dans nos livres d’histoire. Effacer l’histoire d’un peuple est synonyme de crime. Mon père est mort en 1981, martyr du développement autocentré, il a refusé de venir se faire soigner en France parce que tous les Camerounais ne peuvent  pas venir se soigner en France. Il disait toujours, « vous n’allez pas me soigner parce que vous dites que je suis l’auteur d’un hymne et les autres Camerounais ? ». Il a préféré mourir dans le Sud Cameroun et ne pas prendre l’avion. C’est autant de choses parmi tant d’autres que les camerounais ne savent pas. ( A suivre)

Propos recueillis par Hugues SEUMO

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