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11 février 2009

Faiblesse des institutions internationales et recul de la démocratie dans le monde

Shanda_Tonme020609500En proclamant la victoire du candidat Ali Bongo Odinba le 3 septembre 2009 à l’issue de l’élection présidentielle pour succéder à son dictateur de père décédé deux mois plus tôt, la cour constitutionnelle de la république du Gabon a confirmé la tendance de la transformation de plusieurs républiques en monarchie de fait. Mais au-delà du caractère incontestablement choquant  l’événement sur le plan politique, c’est la signification internationale qui jette le trouble dans l’esprit des analystes soucieux de l’état de la démocratie dans le monde et des progrès des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans presque toutes les régions du monde.

En effet la facilité avec laquelle les régimes politiques opèrent dorénavant leur mue vers des systèmes d’abus des droits des gens et de non respect des principes élémentaires de consultation des citoyens sur leur destin, le tout en violation de leur propre constitution, dénote une impunité que leur garantie la faiblesse des instances internationales. Il convient de signaler que la succession du père par le fils au Gabon intervient alors que plus loin en Amérique Latine, la chambre basse de la Colombie a voté en faveur d’une modification de la constitution pour autoriser le président Uribé à briguer un autre mandat. Or face à des méthodes de gouvernement qui dans un passé encore récent semblait être la maladie des seuls Africains, la première interrogation devrait se focaliser sur le rôle de l’ONU principalement.

Lorsque l’on se penche sur la charte de l’ONU, le contexte de sa conception et de sa rédaction l’on est à première vue, frappé par la volonté qui était celle des acteurs de la scène internationale au sortir de la guerre de 1939-1945. Il ne s’agissait pas simplement de créer des mécanismes de sécurité collective garantissant la paix et proscrivant les conflits armés de grande ampleur, il s’agissait aussi et encore mieux, de favoriser l’évolution des Etats nations vers des systèmes de gouvernance démocratiques. Le préambule de la charte résume à lui tout seul, cette vision d’un monde où les citoyens seraient encadrés par des institutions politiques issues de leurs volontés communes et contrôlées par eux-mêmes au travers des consultations électorales. Certes le monde se trouvait alors dans une relative confrontation feutrée des idéologies sans que des assurances existent sur l’effectivité de la coexistence pacifique.

Ce qui apparaît cependant dans les conclusions de toute réflexion honnête aujourd’hui, c’est que le bilan de l’ONU après plus d’un demi-siècle n’est pas négatif à ce propos. Lorsque le mur de Berlin s’effondre pour enfin permettre la mise en marche d’un processus longtemps condamné d’unification des peuples européens, c’est la traduction non pas seulement de l’épuisement des idéologies et de leur recul devant l’avancée des normes générales de liberté individuelle et de souveraineté populaire, mais également du triomphe d’un multilatéralisme qui au fil des décennies, a surmonté les résistances obscurantistes de part et d’autre. Dans ces conditions, l’ONU qui émerge des cendres de la mort des camps idéologiques antagonistes, a seulement commencé à remplir la véritable mission de réveil et de soutien des peuples de la périphérie par rapport à l’Occident.

Or la consécration des monarchies non déclarées arrive comme la négation d’une évolution qui avait cultivé et entretenu de nombreuses espérances de libération et d’émancipation des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique. Les grandes puissances ont-elles utilisé et usé l’organisation pour satisfaire la cause de leurs ambitions au centre du monde pour s’en désintéresser par la suite et la confiner à un rôle secondaire ?

L’installation du fils de Bongo au pouvoir au Gabon s’est faite exactement dans un silence total des grandes puissances, comme si après le même scénario au Togo moins de cinq ans plus tôt, on envoyait un message codé aux citoyens sur les nouvelles orientations des guerres sans nom contre les aspirations légitimes à la liberté et à la démocratie. Nous sommes dans une situation où malgré les affirmations de neutralité, le rôle des puissances extérieures aura été déterminant. Il est établi que la France a tout mis en œuvre pour faire occuper le fauteuil du père par le fils au Gabon.

En dépit des déclarations officielles, un corps expéditionnaire français composé de mercenaires équipés d’Hélicoptère de lutte contre les insurrections urbaines, des fusils d’assaut et de nombreux autres équipements sont arrivés dans la capitale gabonaise trois semaines avant l’élection. Par ailleurs, les troupes françaises stationnées sur l’importante base militaire permanente dans le pays, ont aidé ouvertement le fils de Bongo à planifier des stratégies pour mater le peuple en cas de soulèvement. Il n’y a pas eu et il ne pouvait pas y avoir d’élection au Gabon dans ce cas, puisque Paris en accord avec ses autres potentats coloniaux du Cameroun, du Sénégal et du Congo, avait décidé de cette succession en toute tranquillité même avant que le dictateur ne soit déclaré effectivement décédé.

© Correspondance : SHANDA TONME

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