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26 février 2009

Afrique, Immigration : les rentiers de la misère du monde

Immigration_clandestine0309Quoiqu’ils aient des lois qui se doivent d’être respectées, le gouvernement italien qui vient de transformer la situation irrégulière en un délit, et le gouvernement français qui brandit le délit de solidarité à quiconque veut aider un sans-papiers, ont un point commun avec les passeurs : ce sont tous des rentiers de la pauvreté, ou mieux, de la misère du monde. En Italie, des milices urbaines ont déjà été créées par Berlusconi pour traquer et dénoncer la présence des sans-papiers passibles en plus d’une amende de 10.000 euros au cas où ils travailleraient dans le noir.

En France, le gouvernement vient de démanteler, sans oublier de faire appel aux caméras de télévisons, « la jungle de Calais » où s’étaient agglutinés quelques migrants afghans et irakiens depuis quelques mois. Dans les deux pays, les responsables politiques disent ne rien avoir contre les sans-papiers mais beaucoup avec les passeurs qui s’enrichissent sur le dos des pauvres migrants. Spécifiquement en Italie, le discours officiel consiste à dire aux citoyens  italiens que les lois actuelles, dignes des lois fascistes de Mussolini, ont uniquement pour but de bloquer les appels d’air que peut constituer une Italie où vivent des sans papiers en toute impunité. Mais quand on y regarde de près, on se rend compte que les passeurs, puis les politiques français et italiens sont tous des rentiers de la misère du monde. D’un côté, les passeurs prennent des sommes d’argent assez élevées aux candidats à l’immigration clandestine. De l’autre, les pouvoirs français et italiens rentabilisent aussi politiquement leurs opérations de déguerpissement et de chasse à l’homme hautement médiatisées. Les pouvoirs français et italien remobilisent ainsi l’aile plus à droite de leur électorat en faisant de l’étranger en situation irrégulière, la source de tous les malheurs nationaux. Il y a donc à la fois les passeurs comme rentiers économiques de la misère des migrants et les politiques italiens et français comme rentiers politiques de la même misère du monde. Les dividendes des actions des un et des autres sont respectivement économiques et politiques.

Les rentiers politiques ont d’autant plus le vent en poupe que leurs pays sont en crise économique. Période où, non seulement ils sont désarmés par rapport à la croissance qui tarde à revenir, mais aussi où les sans-papiers qu’on exploite bougrement sans scrupules dans le travail au noir en période de croissance, deviennent « les moutons noirs » des troupeaux des travailleurs. Il faut bien trouver un bouc émissaire au chômage des Français et des Italiens : ce sont les sans-papiers. « Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde » disait, en son temps, un ancien ministre français de l’intérieur. Belle formule, mais force est de constater que les pouvoirs n’hésitent pas à rentabiliser financièrement et politiquement cette misère du monde : amende de 10.000 euros en Italie en cas de situation irrégulière et politique d’immigration choisie en France.

Un autre rentier politique de cette misère du monde n’est personne d’autre que le président de l’Union Africaine, Mouammar Kadhafi. Ce dernier, pour négocier sa réhabilitation internationale, a signé les lois fascistes de Berlusconi en acceptant de mettre dans des camps installés en Libye, les migrants africains expulsés d’Italie. Le temps où certains chefs traditionnels africains livraient leurs sujets aux marchands d’esclaves contre de la camelote n’est donc pas encore révolu au 21ème siècle. Kadhafi joue le rôle de gardien des pêcheurs expulsés du paradis européen. Il devient un rentier de la misère du monde au même titre que Sarkozy et Berlusconi qui veulent séduire l’extrême droite de leur électorat en se montrant fermes dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Le problème crucial qui se pose ici est celui de savoir comment les droits de l’homme dits universels peuvent être assurés par les seuls Etats qui ont des objectifs sécuritaires, populistes et nationalistes ? Une politique de l’immigration toujours choisie et jamais subie peut-elle respecter les droits de l’homme ?

© Correspondance : Thierry AMOUGOU, UCL, Belgique.

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