France-Cameroun : Pr Kapet de Bana "Nous continuons l’œuvre de Moumié, de Um Nyobé, de Ouandié, de Ossende Afana..."
Africaniste de la première heure, Président fondateur de la Ligue Camerounaise des Droits de l'Homme ,Professeur d’Université, Économiste, Juriste comparatiste, Sociologue, Expert Consultant en Droits de l’Homme, ancien Doyen des Facultés de Droit et des Sciences Économiques, le doyen Kapet de Bana est à lui seul une bibliothèque savante et vivante. Monsieur Kapet de Bana a fait partie de la première délégation qui représente le Cameroun aux Nations Unies en 1961. Aussi, il a passé des années en prison comme prisonnier politique en Guinée Conakry. Il est de ceux qui ont vu pour la dernière fois le Docteur Félix Moumié avant son assassinat.C’est avec plaisir que le plus ancien réfugié politique camerounais et auteur de la « Trilogie » et du « Kapetisme » répond à nos questions
Ce 3 novembre 2013, de nombreuses personnes commémorent le 53ième anniversaire de l`assassinat de Félix Moumié. Quel regard le combattant de la première heure que vous êtes et qui a connu le leader historique de l’UPC et le mouvement nationaliste au Cameroun jette sur cette commémoration et sur le message politique de Félix Moumié ?
Je suis fier que ce soit les journalistes de votre génération que vous représentez si brillamment et si patriotiquement, qui m’interviewes sur la situation de notre pays après plus de 50 ans de gouvernement néocolonial corrompu sanguinaire qui mine notre peuple et notre jeunesse victimes des crimes dont la nature n’a pas changé depuis que les Um Nyobé et les Moumié ont pris les armes pour la libération et la paix.
En effet, c’est plus précisément en 1953 que la première génération du Lycée Général de Hauteclocque matraquée, se révoltait contre les méthodes de torture coloniale. Et plus de 50 ans après, votre génération est victime des mêmes méthodes. Un simple regard statistique que nous faisons quotidiennement des victimes scolaires et universitaires dans les écoles et sur les campus de Douala, de Dschang, de Yaoundé, de Buea,est sans commentaire par rapport à l’atrocité de la police politique du système criminel néocolonial corrompu de Paul BIYA.
Quelle analyse faites-vous de la situation politico sociale en Afrique aujourd’hui et au Cameroun en particulier ?
Quant à la question concernant mon analyse sur la situation politico sociale en Afrique aujourd’hui et au Cameroun en particulier, vous êtes les mieux à même, parce que compagnon de notre combat par votre profession de journaliste, et parmi les meilleurs que vous constituez, de rappeler ce que nous faisons constamment ensemble au double plan, camerounais et africain.
1) Pour le Cameroun, nous continuons l’œuvre de Moumié, de Um Nyobé, de Ouandié, de Ossende Afana, et de tous ceux qui sont morts pour la patrie aux côtés de notre vaillant peuple martyr.
2) Pour l’Afrique, la situation en Afrique n’est guère différente de celle du Cameroun au plan des libertés fondamentales et du Droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes que les gouvernements néocoloniaux corrompus incarnent. Aussi, comme l’avait dit MOUMIE : « Le Cameroun ne sera jamais libre tant qu’un seul pays d’Afrique est en souffrance par rapport à sa souveraineté » (Conférence panafricaine de Tunis – 1960).
Est-ce la raison pour laquelle vous pensez toujours dans vos différents travaux à un gouvernement camerounais en exil ?
Comme nous l’avons dit, c’est en allant proclamer le gouvernement en exil pour le changement au Cameroun et se présenter aux Nations Unies que le Président MOUMIE a trouvé la mort à Genève. La situation demeurant la même, comme nous l’avons dit plus haut, par rapport aux crimes et aux souffrances infligés à notre peuple par le système néocolonial sanguinaire corrompu, et comme nous continuons l’œuvre de MOUMIE, le gouvernement en exil ne peut toujours être que justifié par rapport à l’histoire du combat du peuple camerounais pour sa libération et sa dignité bafouées.
Certains observateurs avertis de la scène politique africaine accusent leurs compatriotes de la diaspora de les abandonner dans une société africaine qui ne cesse de se redéfinir. Que peut faire par exemple l’élite camerounaise pour le Cameroun?
Par rapport à la question du lien de la diaspora camerounaise avec le peuple, l’élite camerounaise est là aussi un exemple d’héroïsme qui n’a jamais cessé d’être liée au peuple camerounais en lutte et à l’Afrique en guerre. Il en a été ainsi depuis les premières générations d’étudiants dans le cadre de l’U.N.E.K. et de la F.E.A.N.F. malgré les vicissitudes que l’histoire jugera.
Aussi, la Ligue Camerounaise des Droits de l’Homme fait partie des organisations qui ont, depuis 1998, interpellé l’Afrique à travers l’Ambassade de l’Afrique du Sud à Paris pour poser le problème des rapports et de la responsabilité des gouvernements africains face à leur diaspora (Mémoire d’Afrique : http://africa.smol.org/docs/cmdp/cmdp_04.pdf)
C’est ainsi que la diaspora, par rapport à notre combat permanent, a été constituée, sur le plan continental, en 6ème région d’Afrique qui va bientôt participer à toute l’œuvre de la reconstruction et du développement de notre continent et sur le plan national camerounais, et je vais terminer par là.
Dans tous les cas, il n’y a que le gouvernement en exil qui instaurera le vrai changement pour le salut national (voir les 16 thèses de la Ligue Camerounaise des Droits de l’Homme pour la Reconstruction et la Renaissance nationales : Mémoire d’ Afrique http://africa.smol.org/docs/lcdh/lcdh_cpress157.pdf)
