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15 décembre 2007

Cameroun : Dakolé Daïssala la révision de la constitution du Cameroun '' devrait faire l’objet d’un débat démocratique "

Dakol__Da_ssalaLe président national du Mouvement démocratique pour la défense de la république (MDR) est un ex-cadre de la Sotuc. L’histoire de l’homme politique camerounais n’est pas un fleuve tranquille. Il a passé 07 ans derrière les barreaux.  L’un des survivants des prisonniers d’après 06 avril 1984 revient sur ses relations avec Paul Biya.

Vous êtes hors du gouvernement depuis le 7 septembre 2007. Y a-t-il une vie après le gouvernement ?

Quand je suis parti du gouvernement en 1997 pour aller à l’Assemblée nationale, les gens ont dit : c’est la rupture avec Biya. Aujourd’hui, on me parle de mon limogeage par Biya ou mon lâchage. En réalité, il n’y a ni limogeage, ni lâchage.

C’est un contexte où le Mdr est candidat aux élections législatives et municipales du 22 juillet 2007 où il s’en tire avec un peu plus d’une demi dizaine de communes et zéro député. Est-ce que c’est une arithmétique politique qui est implacable pour vous ?

Non ! Je connais des gens qui n’ont pas un seul conseiller municipal qui sont restés dans le gouvernement. Donc, ce n’est pas lié. Le président Paul Biya n’est pas dupe, il sait très bien la situation sur le terrain. Il sait quel est notre poids politique réel dans notre région. Pour les législatives justement, la circonscription où je me suis présenté comporte 4 arrondissements, nous avons eu la majorité dans 3 arrondissements. On nous a attribué 48% dans le quatrième arrondissement. Alors, avec tout cela, on n’a même pas eu droit au partage des sièges et on nous déclare battus. Alors je ne me suis pas donné la peine d’introduire un recours parce que nous étions la cible de ceux qui avaient juré la mort politique du Mdr et de son leader. Ils sont bien connus et ils sont aux endroits où ils contrôlaient tout le processus. Que ce soit à l’AT ou à la justice

Vous êtes de ceux qui ne font pas confiance à la justice à ce point ?

Il y a certainement des magistrats très honnêtes. Mais, à un certain moment, j’ai l’impression que ces magistrats peuvent être des hommes politiques avec tout ce que cela suppose comme parti pris.

C’est pour cela que vous n’êtes pas allé à la justice ?

Oui, c’est pour cela.

Vous oubliez la grande controverse qui a précédé ces élections : la catastrophe de Mbanga Pongo avec ce crash de l’appareil de la Kenya Airways dans la nuit du 5 mai. On vous a vu tout simplement pour la cérémonie des obsèques. Où étiez-vous?

J’étais chez moi, dans le cadre des investitures.

Cela n’était-il pas indécent de continuer de faire de la politique alors qu’il y a une catastrophe ?

Pas du tout. La gestion d’une catastrophe ne relève pas de l’individu que je suis. C’est de la gestion d’un ministère. Et un ministère est une structure. Et quand on a créé une cellule de crise, elle fait appel à tout un faisceau de responsabilités, de compétences qu’on amène en conjonction pour mieux gérer la situation. Le ministre des Transports ne pouvait pas se substituer aux autres pour la gestion de la catastrophe

N’avez-vous pas de remords…

Pas du tout. Ce n’est pas moi le pilote ; on n’avait qu’à me demander d’avoir été aux commandes de l’avion. Je me trouve au nord, dans le cadre des investitures de mon parti. Si je n’étais pas resté, mon parti ne serait pas allé aux élections. J’ai un secrétaire d’Etat qui ne se trouve pas loin des lieux, j’ai été réveillé à 4 heures du matin. Tout de suite, j’ai fait appeler ceux de mon département qui étaient censés s’impliquer pour se mettre tout de suite au contact des autres administrations qui sont plus connues. C’est ainsi que j’ai appelé M. Ngoué qui est l’inspecteur général de l’Autorité aéronautique nationale. Et j’ai appelé mon secrétaire d’Etat pour lui demander de rappliquer sur Yaoundé au cas où on aurait besoin de notre intervention sur le plan purement administratif, parce que sur le plan technique, il n’y avait aucune faille.

Avant votre départ du gouvernement, aviez-vous déjà une idée de ce qui a pu se passer, en attendant les résultats des experts ?

Bien sûr. On a retrouvé les boîtes noires. Il a fallu déployer tout notre arsenal technique et on les a retrouvées à temps, malgré tout ce qui a été raconté. Nous savons que c’est une erreur humaine. Puisqu’on voulait incriminer notre administration aéronautique. Au Cameroun, on est plus prompt à se livrer à des fantasmes qu’à gérer sereinement une situation. En matière d’aéronautique, nous n’avions pas le droit de dire des choses tant que tous les éléments d’appréciation n’étaient pas réunis. Donc, nous avons laissé les techniciens faire leur travail. Nous avons retrouvé les boîtes et les avons envoyées pour décryptage à Sarajevo, en Bosnie. Il y a deux boîtes : celle qui enregistre les paramètres de vol (flight data recorder) et la deuxième boîte qui enregistre les derniers mots des pilotes dans le cockpit (cokpit data recorder). On les a retrouvées et cela nous a permis de savoir que le pilote a dit à son co-pilote : “ Attention nous sommes en train de nous retourner, il faut mettre le pilotage automatique pour redresser l’avion ”. Le jeune co-pilote ne l’a pas fait. Ce qu’on a pu entendre au dernier moment c’est “ We are crashing ”. La catastrophe est arrivée. Alors, l’administration camerounaise n’y est pour rien, dans la mesure où on a demandé au pilote de ne pas décoller pendant que le temps est orageux.

Vous êtes maintenant hors du gouvernement. Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de dire que vous êtes à la tête d’un parti que vous gérez seul, qui n’a pas tenu d’instance statutaire depuis belle lurette et est activée seulement lors des échéances électorales ?

C’est votre jugement qui n’engage que vous. Chez nous, nous étions en train de renouveler nos organes de base quand on a annoncé les échéances. Donc, on est en train de nous organiser à notre rythme. Cela ne regarde que notre parti et non les autres. Maintenant, pour revenir à cela, je veux dire que, personnellement, je n’ai pas de remords. C’est l’occasion pour moi de remercier le président Paul Biya de m’avoir déchargé de ces fonctions gouvernementales, si lourdes et si prenantes. Aujourd’hui, je me suis libéré pour m’occuper de moi, de mon village et pour m’occuper de mon parti. Ma seule ambition est de faire en sorte que ceux qui ont fait confiance au Mdr, qui ont placé leur effort de libération dans le Mdr, soient préparés à défendre leur droit de citoyen à tout moment, parce que toutes ces inscriptions soit discriminatoires. Parce que, comme je viens de vous dire tout à l’heure, un seul arrondissement est venu battre les trois autres. Cela peut s’expliquer parce que, à certains endroits, en vous inscrivant selon votre tribu, selon votre religion. Je vous donne un exemple : celui qui s’appelle Aboubakar peut s’inscrire en tant que Bouba, Boukar, Bakary, Boubakary… A lui seul il peut avoir cinq ou six cartes

Malgré tout, vous allez aux élections…

Le boycott ne fait pas du tout partie de notre culture politique. Pour éduquer politiquement les nôtres, il faut qu’à chaque fois, nous participions aux élections.

Vous dirigez un parti qui n’arrive pas à réunir ses instances, son chef qui est inamovible, cet appareil qui n’est secoué que lors des consultations électorales…

Sinon comment on aurait gagné les communes ? Nous sommes imbattables là où nous sommes.

Vous êtes revenu au gouvernement après avoir été éjecté en 1997 à la faveur du remaniement du 8 décembre 2004. Mais, entre 1997 et 2003, vous avez changé d’appel au soutien : Samuel Eboua en 1997, et puis Paul Biya en 2004.

Je n’ai pas été éjecté. Il faut le dire avec force. Ceux qui m’ont contacté au nom de Paul Biya pour me demander si je reste au gouvernement ou j’allais à l’Assemblée sont encore en vie. En 1997, il y a un certain Amadou Ali qui était Sg de la présidence qui m’a appelé en me disant qu’il vient de la part du président pour me demander si je vais à l’Assemblée ou je reste au gouvernement. J’ai dit à Amadou Ali que je vais à l’Assemblée pour respecter le mandat que le peuple m’a donné. Les raisons pour lesquelles je vais à l’Assemblée, je ne vous les dirai pas, parce que je ne vous considère pas comme un homme politique. J’ai négocié mon entrée au gouvernement avec le président d’un parti qui s’appelle le Rdpc ; c’est à lui seul que je dirai pourquoi je vais à l’Assemblée. Quelque temps après, le Premier ministre qui s’appelait Musonge m’appelle pour me poser la même question. Alors je lui ai dit que je ne sais pas comment fonctionne votre système. Voilà ce que le secrétaire général de la présidence m’a dit au nom du président. J’ai dit au Premier ministre ce que j’ai dit au Sg de la présidence. Je crois que le président Biya a pris des renseignements nécessaires et puis je ne pouvais pas continuer à rester au gouvernement parce que je voulais continuer à manifester mon mécontentement vis-à-vis du système

Que reprochez-vous au système ?

Le manque total de loyauté. Ils ont commencé par charcuter toutes les circonscriptions dans lesquelles nous étions en situation de force avec des découpages spéciaux. La circonscription des législatives est le département. Mais, nous sommes les mieux implantés jusqu’à preuve du contraire beaucoup plus dans le Mayo-Kani et le Mayo Danaï. On a divisé le Mayo-Kani en deux circonscriptions : tous les Toupouri d’un côté, tous les autres de l’autre. Cela était un manque de loyauté à l’endroit d’un allié. Le Mayo Danaï a été divisé en trois circonscriptions. Vous devinez très bien comment s’est passée la répartition des sièges là-dedans.

C’est cette résistance qui vous emmène à appeler à voter un concurrent à Paul Biya ?

Oui, c’était pour leur dire, mes amis, ce n’est pas comme ça qu’on va continuer à fonctionner. Il faut qu’on fonctionne en toute loyauté. Nous ne vous avons jamais manqué de loyauté. Alors, pourquoi ça ? Il faut dire que M. Biya s’interroge sur la sincérité des actes des personnes qui l’entourent. Le noyau de résistance, le retour du pouvoir au nord, le féodalisme va triompher. Il fallait donc que le président Biya s’interroge sur la sincérité et la positivité des actions menées par ceux à qui il fait confiance. Il devait se poser les questions qui s’imposaient.

Vous croyez qu’il a eu les bonnes réponses ?

Il a eu la bonne démarche qui a conduit à mon retour dans le gouvernement parce qu’il a pu réaliser que ce n’est pas la faute du Mdr, mais des gens de son propre bord. Alors, il nous a demandés de reprendre langue en 2004, ce que nous avons fait. Nous ne le regrettons pas du tout.

Comment on gère ce type de valse d’étiquettes politiques. Un coup avec le Rdpc, un coup avec l’Ufdc…

Les Camerounais se gargarisent d’un mot qu’ils appellent la démocratie, mais ils ne savent même pas comment fonctionne une démocratie.

C’est une insulte aux Camerounais…

S’ils le prennent ainsi, je préfère les insulter que de les laisser dans l’ignorance. La démocratie est un éternel jeu d’alliances faites et refaites. Le jour où nous ne sommes pas contents, on le fait savoir.

Vous êtes revenu dans l’alliance avec le Rdpc en 2004. Jusqu’où pouvez-vous soutenir un allié comme le Rdpc ?

Je n’ai pas d’alliance avec le Rdpc tel qu’il fonctionne-là. Par rapport au comportement d’un personnage qui s’appelle Biya s’il nous appelle pour résoudre des problèmes d’importance nationale comme c’était le cas en 1992 où mon pays était menacé par le chaos, pour dire que je suis suffisamment patriote.

En revanche, si on vous demandait de soutenir une initiative de révision de la constitution visant à lever la limitation des mandats, la soutiendriez-vous ?

C’est un problème qui, actuellement, ne regarde que leur parti. Ça ne me regarde en rien du tout. Mais s’il devenait d’actualité poignante, au point d’interpeller tous les Camerounais, là je dirai que ça devrait faire l’objet d’un débat démocratique et dans le cadre d’un Etat de droit, c’est-à-dire qu’il s’agit du destin du Cameroun, de tous les Camerounais et non l’affaire d’un parti, d’une tribu ou d’un clan quel qu’il soit.

Et vous défendriez quelle position ?

Je défendrai la position de la raison. C’est que la raison indique à chaque leader politique de maîtriser un certain nombre de paramètres et de valeurs. On ne fiche pas l’histoire d’une nation ou d’un peuple pour des considérations d’intérêts strictement personnels. Et à ce titre là, je crédite le président Biya d’une intelligence de situation qui l’amènera à répondre aux siens en leur apportant la réponse qui s’impose à sa conscience.

Vous attendez quelle réponse ?

Je ne vais pas me prononcer à sa place. Est-ce que j’ai le droit de me substituer à lui ? Le jour qu’il sera interpellé, il devra répondre. Je rappelle à tous ceux qui s’agitent de se rappeler de la réponse à Paul Biya après les marches contre le multipartisme. Il a donné la réponse qui allait dans le sens des aspirations de son peuple.

Vous croyez savoir les aspirations du peuple ?

Dans une démocratie apaisée, dans un climat public sain, on n’a pas besoin de ce genre de gymnastique, on laisse les institutions fonctionner normalement. Mais s’il y a crise, mais c’est tout le monde qui sera interpeler pour l’apprécier pour dire dans quelle direction il faut donner les orientations à nos institutions, pour faire face à la crise. Mais, on parle beaucoup de Paul Biya, parlons aussi de potentiels candidats. Si le vide politique persistait jusqu’en 2011, il faudrait bien se poser des questions. C’est pour cela que, dès aujourd’hui, que ce soit les gens du nord là-bas, les présidentiables du nord dont on cite souvent les noms, je leur dits qu’il est temps de se démarquer de façon un peu plus positive, c’est-à-dire de se mettre à l’école de la modernité au lieu de s’enfermer dans des valeurs féodales, parce que le Cameroun n’est pas là pour ramer à contre courant. Qu’ils sortent un peu de leur confusion en matière de religion. Dans le domaine politique, on n’est pas dans le domaine religieux. Qu’ils aillent dans leurs mosquées aux heures qu’ils veulent, mais qu’ils ne confondent pas le fonctionnement de l’Etat avec le fonctionnement de leur chapelle religieuse. C’est un appel que je lance aux candidats du nord. Ceux du sud, on me parle du G11, je ne sais pas ce que c’est, mais je dis que ces gens là sortent un peu de leur carcan, du corset que représente le tribalisme primaire. C’est-à-dire que le Cameroun est une co-propriété. Il appartient à tous les Camerounais. Alors que ces gens-là se mettent un peu sur les hauteurs qui leur permettent d’avoir une vue panoramique des problèmes du Cameroun.

En septembre 2003, vous signez avec quelques autres figures exposées du grand nord, un document intitulé : “ Mémorandum sur les problèmes du grand nord ”. Alors pourquoi avoir attendu 2003 pour des problèmes qui, manifestement, se posaient avant 2003 ?

Il y avait une opportunité. Il y avait un certain nombre de choses qui se passaient et qui n’étaient pas normales et qui avaient pris de l’ampleur, même si elles existaient avant. Par exemple, quand un ministre de la Fonction publique dit qu’il ne s’occupe que des compétences, comme pour dire qu’il n’y a que des gens compétents pour entrer à l’Enam ou dans une autre école donnant lieu au recrutement à la fonction publique, il pourrait se trouver que dans une seule région, c’est très dangereux. La fonction publique du Cameroun doit être le reflet de toute la nation camerounaise, sinon avec tous les doctorats en tricherie que nous enregistrons dans d’autres coins du Cameroun, vous vous retrouvez avec une fonction publique uniquement composée des gens de cette région là. Il y a un Cameroun, avec différentes composantes, il faut en tenir compte. Que la fonction publique camerounaise soit le reflet de la nation camerounaise toute entière. Aujourd’hui, 90% des gens d’une certaine région ont de faux diplômes, ce n’est un secret pour personne.

Vous connaissez cette région ?

Vous la connaissez mieux que moi et les autres Camerounais le savent. Quand un don est fait au Cameroun et dans le cadre de la scolarisation, il est de notoriété publique et nationale que c’est quand-même le grand nord et l’est qui sont les moins scolarisés et quand on vous dit que tout va dans les coins déjà hyper scolarisés par rapport aux réalités du Cameroun et quand il n’y a pas de professeurs. Tous les lycées et collèges fonctionnent au nord Cameroun dans des conditions absolument lamentables et constatant que la chose prenait de l’ampleur, et bien sûr quand on parle du nord, le gens ouvrent la boîte à fantasmes comme si on demandait aux gens du nord : Existez, soyez nordistes mais qu’on ne vous entende pas. Mais, jamais on n’acceptera une telle condition.

Qu’est-ce qui reste d’actualité dans ce document ?

Tout reste d’actualité, c’est-à-dire que le problème du développement équilibré du Cameroun reste posé. Si on parlait justement des voix du nord, il faut bien que ces gens-là intègrent de telles aspirations. On reconnaît que les Bamiléké posent leurs problèmes, que les anglophones posent leurs problèmes, que les Essingan existent. Mais, dès que trois personnes du nord se réunissent, c’est terminé, on parle. La dernière chanson qui nous a été servie tout récemment est que les gens du nord se sont retrouvés pour revendiquer le poste de Premier ministre.

C’est faux ou alors c’est légitime ?

Si jamais ils voulaient l’avoir, ce serait légitime. Qu’est-ce que ça me fout, excusez moi de la trivialité du terme, que Amadou Ali ou Marafa soit Premier ministre ? Ça change quoi aux problèmes du nord ? Au contraire, ça nous enfonce davantage parce que le combat n’est pas à ce niveau, le combat de la représentativité réelle du nord.

Il se pose encore ce problème de représentativité du nord ?

Il faut que les gens du sud sortent de ces clichés réducteurs. Que nos compatriotes apprennent à connaître le Cameroun et à aimer le Cameroun dans sa globalité, mais pas de façon scissionnelle parce que ce n’est pas normal. Pourquoi les Beti n’applaudiraient pas quand on nomme un Bamiléké à un poste. Pourquoi voulez-vous que le Toupouri applaudisse quand on a nommé un bornois à un poste. Ça change quoi à sa condition. Le nord Cameroun est une entité importante de ce pays mais qui se conjugue dans la même diversité que la nation camerounaise toute entière. Les gens restent, par paresse intellectuelle, dans les schémas laissés par l’ancien régime qui présentait le nord Cameroun comme un bloc monolithique autour d’une religion qui est loin d’être celle de la majorité. Alors, pourquoi enfermer les gens dans ce genre de schémas réducteurs.

S’il vous était donné de réécrire le mémorandum, vous le réécrirez dans quelle sens et comment ?

Celui qui existe doit rester le catalogue de doléances du grand nord en terme de développement équilibré de la nation.

Dès votre entrée dans le gouvernement, Hamadou Moustapha comme ministre chargé de missions à la présidence, et vous-même comme ministre des Transports, on a cessé de vous entendre sur la question…

Ne nous prenez pas pour des enfants. Quand les Bamiléké écrivent pour dire qu’ils sont sous représentés dans le gouvernement, vous voulez qu’ils passent tout leur temps à ne dire que ça ? Et puis, qui vous a dit que le mémorandum est un parti politique. Je suis Mdr, Moustapha est Andp… vous pensez que mon entrée au gouvernement peut m’empêcher de dire ce que je pense ? Vous m’avez défini au départ comme un homme libre. Ma religion est la liberté. Mon credo politique est la liberté, ma morale sociale est la liberté.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez instrumentalisé une cause noble à des fins politiciennes ?

Vous ne pouvez pas vous plaindre d’être marginalisés et refuser d’être associé à la gestion des affaires publiques. Vous n’allez pas nous demander de nous investir aux côtés de ceux qui ne savent même pas ce qu’ils veulent parce qu’on aurait bien pu voir Dakolé marcher auprès de Fru Ndi ou bien de Ndam Njoya sur l’informatisation du fichier électoral. A ce moment là pour moi, compte tenu des aspirations de ceux que je représente, le problème était mal posé. Le problème n’était pas au niveau de l’informatisation. Le problème était au niveau des inscriptions sur les listes électorales. Il faut que tout le monde s’inscrive et que la discrimination cesse.

Vous ne trouvez pas de corrélation entre l’informatisation et les inscriptions ?

Si on informatise le fichier tel qu’il existe avec tous les dysfonctionnements, toutes les irrégularités, on aggrave mon problème, le problème de mon peuple. Alors mon combat n’était pas ça.

Pendant que vous travailliez sur ce mémorandum, il y a un autre de groupe des compatriotes du grand nord qui s’échinait à disqualifier votre démarche pour dire qu’il n’y avait pas de problème du tout…

Nous leur en sommes reconnaissants. Par des démarches mensongères et maladroites, ils ont donné plus d’amplification à ce mémorandum qui continue à faire problème pour vous autres. C’est tout le temps que les gens reviennent dessus. Ce n’est pas en posant le problème de cette façon que ça découragera qui que ce soit si jamais il y avait des revendications justes à formuler au nom du nord Cameroun.

Vous êtes leader d’un parti politique qui a prétention à une assise nationale. Ce n’est pas un peu réducteur de vous associer à une démarche essentiellement régionaliste ?

Quel parti au Cameroun n’est pas régional et n’est pas sectaire ?

Vous auriez pu vous démarquer…

Je ne suis pas prêt à me démarquer pour faire plaisir aux autres qui s’organisent autrement. Qui va défendre mon petit peuple ? Quand on écrase mes paysans dans la vallée de la Benoue au nom d’une certaine société agro-industrielle de la Benoue, quel homme politique du Sud a pu s’associer à la défense de nos pauvres paysans. Vous n’allez pas me demander de m’associer aux gens tout simplement pour leur faire plaisir alors qu’ils défendent des intérêts qui leur sont propres. Je défends les intérêts qui sont propres aux miens. Et ceux-là, si on doit cheminer ensemble, on le fera quand chacun aura pris en considération les intérêts de l’autre, pour qu’on en fasse un instrument de combat pour le salut de tous… Nous avons la tâche de bâtir la nation. L’amour de la République commence par l’amour du village. Alors comme on est une association de villages, de tribus, de communautés diverses, ayons l’intelligence de nous comprendre les uns et les autres pour mettre ensemble nos aspirations pour sortir enfin quelque chose de globalisant.

Qu’est-ce que vous revendiqueriez-vous aujourd’hui comme résultat de l’action qu’avait cristallisé la dynamique autour de ce mémorandum ?

La construction des écoles, le pont de Makabaye. Maintenant, on pense à tout le monde quand on fait des projets sur tel ou tel secteur, même si le partage n’est pas toujours égal. Mémorandum ou pas mémorandum, les gens savent que les Camerounais sont partout les mêmes et qu’ils sont capables de réaction quand leurs intérêts vitaux sont écrasés.

Note de la rédaction : Dans une prochaine édition Daïkolé Daïssala reviendra sur la tentative de coup d’Etat évoqué par Yaoundé contre les institutions.

Source: Equinoxe Télévision : Valentin Siméon Zinga

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