Afrique : Les pays africains réagissent et condamnent la "directive retour" de l'UE
Les pays africains critiquent l'adoption par l'Union européenne de la directive retour, accusant les Vingt-Sept de ne pas traiter dignement les immigrants clandestins et de ne pas honorer leurs engagements en matière de coopération.
« Nous sommes absolument opposés à l’approche répressive (...) et au traitement de ces sans-papiers comme des criminels », a pour sa part dénoncé le ministre sénégalais des Affaires Etrangères. Cette réaction survient après l’adoption le 7 juillet dernier à Cannes, par l’UE, d’un Pacte sur l’Immigration, par lequel les 27 s’engagent, entre autres, à davantage d’expulsions.
Pour mémoire, le Parlement européen a adopté le 18 juin dernier ce texte qui fixe à 18 mois la durée maximum de placement en rétention des immigrés clandestins et prévoit une interdiction de séjour de cinq ans dans l'UE.
Le 7 juillet dernier, les ministres européens ont par ailleurs apporté leur soutien à un pacte sur l'immigration proposé par la présidence française de l'UE. "Le Sénégal avoue sa surprise devant l'initiative européenne alors que (...) nous nous sommes engagés dans une autre voie, celle de la concertation", a dit le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, lors d'une conférence euro-africaine sur les migrations à Dakar.
"Il est révolu le temps ou l'Europe décide toute seule et l'Afrique s'aligne derrière. Ce temps-là n'existe plus, nous ne l'acceptons pas", a-t-il ajouté.
Selon l’une des dépêches de l’agence de presse Reuters datant du 10 juillet 2008, la "directive retour" a déjà été largement critiquée en Amérique latine, ou la présidente argentine Cristina Kirchner a estimé que cela rappelait "l'époque de la xénophobie", alors que son homologue vénézuélien Hugo Chavez a menacé de suspendre les livraisons de pétrole aux pays qui appliqueront le texte.
L’Afrique qui, jusqu’ici, en dehors de quelques critiques formulées récemment aux Européens par Kadhafi, s’est réveillé à travers la voix du Sénégal.
Dans une récente Newsletter diffusée par un mouvement de défense des sans papiers en Belgique, nous pouvons lire que la Commission européenne estime à 8 millions le nombre d'immigrants illégaux se trouvant dans l'UE. Plus de 200.000 ont été arrêtés au premier semestre 2007, dont 90.000 ont été expulsés.
Aux termes du pacte approuvé le 7 juillet dernier à Cannes, qui devrait être entériné en octobre, les membres de l'UE s'engagent à expulser davantage des personnes en séjours irréguliers sur leur territoire et à promouvoir l'immigration légale et adopter d'ici 2010 une politique commune sur le droit d'asile.
Le délai maximum de rétention fixé par ailleurs par la directive à 18 mois est supérieur à la loi actuellement en vigueur dans deux-tiers des pays de l'UE, et les organisations de défense des droits de l'homme craignent qu'elle n'encourage la multiplication des placements en centres de rétention.
Plusieurs voix se sont déjà élevées au niveau de l’Europe pour décrier la décision des 27 ministres européens de l’intérieure du 7 juillet dernier. Plusieurs critiques affirment que le principe de l’immigration choisie ne prend pas en compte la réalité quotidienne des uns et des autres. « C’est un mauvais signal s’il n’est pas complété par d’autres mesures dans la politique d’asile et d’immigration par exemple la meilleure protection de ceux qui en ont besoin » affirme un juriste du Ciré à Camer.be..
Une conférence ministérielle euro-africaine sur le sujet doit être organisée en octobre à Paris. L’Afrique gagnerait à se concerter au niveau régional et continental avant d’y participer suggère certaines personnalités issues de la diaspora africaine en Belgique.
© Camer.be : Hugues SEUMO