Cameroun : Mila Assouté : " Impliquer la diaspora dans le développement en instituant la double nationalité "
Dans un dernier propos paru sur votre site de référence, Mila Assouté envisageait d’aller vers un avenir où Paul Biya serait spectateur et non acteur dans un avenir de moyen terme jusqu’en 2011. En claire, le désormais opposant à Paul Biya invitait ce dernier à négocier son départ de la tête du Cameroun. Chief Assouté présente ici les hommes et femmes qui l’entourent. Depuis Paris où nous l’avons rencontré, il loue la crédibilité des Siméon Kuissu, François Manga Akoa, Yérima Salihou,Mfoumou Régine, Andréa Kingué… Il explique également les grandes lignes de son projet politique.
Mila Assouté, nous avons constaté que les camarades qui sont autour de vous ne sont pas nécessairement issus du peuple profond et qui sont dans une situation confortable. Comment être crédibles quand on n’est pas au courant de la misère au pays ?
Mes camarades sont crédibles, ils doivent être crédibles. Les gens qui sont autour de moi ici, plusieurs d’entre eux sont professeurs, docteurs, hommes d’affaires étudiants etc. Il y a par exemple le professeur Simon Mougnol, le Docteur Siméon Kuissu, il y a le Docteur François Manga Akoa, le Dr Lemnso, le Dr Yacoubou, le Dr Luc Ngwé, le Dr Fansi, Yérima Salihou Harissou YaYa, Mr DZEKA , Dr Mfoumou régine, Dr Christiane ENAME, Mlles Andréa Kingué, L. TSITSOL , Guy GNYAM, Dr Nguidjol, pour ne citer que ceux là.
Ces gens sont issus des bas fonds des villages. Si vous êtes né par exemple à New Bell [un quartier populaire de la ville de Douala ndlr] et que vous êtes aujourd’hui ingénieur, ça ne veut pas dire que vous ne connaissez pas les problèmes de New Bell. Ce que les Camerounais partagent tous en commun c’est de sortir des milieux défavorisés. Nous sommes tous plus ou moins les enfants de paysans, en tout cas dans la majorité.
Ces gens qui sont issus des familles défavorisées, qui sont allés à l’école et qui sont des modèles de réussite, qui sont des enfants de paysans, qui connaissent la souffrance des paysans et qui s’engagent aujourd’hui pour aller sauver des milliers d’enfants de paysans qui ont connu leur enfance difficile sont des gens qui pour ma part, sont parfaitement au courant des questions du peuple profond.
Ce sont des personnes qui sont touchées par la fibre patriotiques, par la misère des citoyens, par la vie à l’étranger, par le déclassement international de notre pays … Ils disent, on ne peut pas laisser notre pays sombrer parce qu’on a des situations confortables. C’est plutôt tout à leur honneur et je pense que les camerounais doivent s’en inspirer et se référer.
Que pensez vous de ceux qui pensent qu’il ne suffit pas d’être docteur pour être bon politicien ?
Je réponds à ceux là en disant qu’on a aussi reproché à Ni John Fru Ndi d’être un illettré et qu’un illettré ne pouvait pas être un bon politicien. On a aussi dit à un moment que Pr Njoh Mouelle était trop philosophe ou que BIYA et ses intellectuels sont nuls. Il faut donc se poser la question de savoir, qui doit être politicien ? Un illettré ou un intellectuel ?
Dans tous les cas de figure, la politique est une vocation qui touche aussi bien les intellectuels que les illettrés. Il n’y a pas que des intellectuels parmi nos membres rassurez vous. Et ceux parmi les intellectuels qui ont de surcroît des capacités de réflexion, de conception, de transformation de la pensée en substrat d’enrichissement, de crédibilité… Que ceux-là s’intéressent à la politique, la vraie politique qui change le pays en bien, je crois que c’est un honneur pour le Cameroun.
C’est vrai que l’expérience de la gestion du pays aujourd’hui par les intellectuels peut amener quelques doutes sur le potentiel d’intellectuels à conduire la politique mais, c’est aussi très facile de généraliser les choses. Je crois que le gros problème qu’il y a aujourd’hui dans notre pays c’est l’extrême politisation des nominations à des postes de responsabilité. C’est un aspect qui a permis à des politiciens spontanés, décrétés, de s’accaparer des champs politiques dans lesquels il devrait y avoir des professionnels politiques et qui n’ont plus pignon sur rue malheureusement.
C’est eux que j’ai appelés des opportunistes et qui se sont emparés des instances du pouvoir qui débouche sur la vacuité de gouvernance dans laquelle nous faisons face aujourd’hui. Ces personnalités à mes côtés sont des personnes en qui le peuple Camerounais peut croire. Je crois à ces personnalités. J’ai un parcours politique connu. Les gens peuvent en penser ce qu’ils veulent, mais mon intégrité politique parle par lui-même. Je mets quiconque au défi de prouver que j’ai géré ou que j’ai eu à détourner les avoirs publics.
J’ai des réalisations concrètes dans ma localité en tant que député. J’ai construit de ma poche à titre d’exemple ? le tout premier bâtiment qui abrite aujourd’hui le lycée bilingue de Santchou, j’ai créé un stade de foot pour les jeunes, j’ai équipé toutes les écoles de Santchou en banc et tables bancs, j’ai eu à offrir à toute la population de mon arrondissement, maison par maison, hommes et femmes, houes et machettes pour les travaux de plantation, j’ai trouvé du travail à plus d’une centaine de jeunes etc
Allez vérifier … J’ai confiance à ces messieurs parce que j’ai discuté longuement avec eux avant de former ce groupe. Il y a eux, mais il y a d’autres groupes de rassemblement auquel je participe avec d’autres groupes de personnalités tels Robert Wanto, « général », Paul Yamga, Ekwe Silo, ou encore d’autre avec Richard Bouma Kohom, Owona et auquel je souhaite que d’autre Camerounais encore plus nombreux se greffent. Il y a de nombreux Camerounais intellectuels et non intellectuels au Cameroun et à l’étranger qui sont dans le mouvement que nous avons lancés.
Pouvez vous nous donner quelques noms pris au hasard ?
Le Docteur Yacoubou au Cameroun n’est pas un inconnu, idem pour le Docteur Kennedy Lemso, Dereck Dzeka, Zo’o Séverin, Bonono René, Tonye, Christian Amougou, Amadou Oumarou, Yérima Oumara, Eboulé Samson. Je peux en citer d’avantage y compris parmi ceux qui ont quitté le RDPC. Il y a par exemple un ancien Vice président de l’Assemblée nationale du Cameroun etc… Mais ce ne sont des gens que nous ne souhaitons exposer parce que nous connaissons les méthodes.
Au Cameroun, nous savons comment ça fonctionne. Il y a des jeunes gens très nombreux et des femmes dans ce mouvement. Le moment venu, nous allons donner toute la dimension de ce que nous faisons car nous, ne voulons pas nous positionner en publiciste de ce que nous faisons.
Pouvez vous nous expliquer clairement le contenu de votre projet politique ?
Le projet politique qui a été envoyé sous forme de Lettre Ouverte au peuple camerounais, est une véritable lettre ouverte aux camerounais. Une manière de dire qu’au moment où on vous envoie une lettre, on attend des réponses. Mais le contenu est clair. Je vais vous le présenter succinctement : au plan politique, je veux réformer l’Etat pour en faire un Etat de droit et de liberté, réduire le gouvernement à 23 membres et 6 secrétariats d’Etat dont un chargé des Camerounais de l’étranger, créer de nouvelles institutions, réformer l’armée en armée des métiers et de recherches, réformer la justice, démocratiser la formation des magistrats, moderniser les prisons en terme d’humanisation de la privation des libertés, limiter le mandat présidentiel, instituer un statut de l’opposition, déconcentrer l’Etat.
Au plan économique, faire du déterminisme économique, impliquer la diaspora dans le développement en instituant la double nationalité avec 2 postes de représentation nationale au parlement. Je veux donc travailler par objectif, pratiquer un libéralisme encadré, mécaniser l’agriculture en créant au niveau des arrondissement des chambres syndicales d’agriculture dotées de l’autonomie financière, redéployer l’ONCPB, faire une banque de développement industriel et agricole, lancer un programme énergétique ambitieux, solaire , éolien, et nucléaire pour industrialiser le pays. Impulser des soutiens publics à la création des PME de transformation des matières premières dans le monde rural pour inverser l’inflation de l’exode rural et enraciner les jeunes diplômés actuels chez eux.
Au plan social, je veux réformer l’éducation, en créant des universités dans toutes les provinces, diversifier les filières et le type d’enseignement apte à nos besoins en développement, faire des lycées agricoles, des arts et métiers, créer des centres de recherches fondamentales en interaction avec le monde professionnel et l’armée, rendre le service militaire obligatoire ; je veux instituer la sécurité santé pour tous, faire des écoles adaptées pour enfants caractériels de la rue, faire des routes à grande circulation de type royal reliant les dix régions du pays.
Au plan culturel, je vais revaloriser la chefferie traditionnelle pour en faire un creuset touristique de masse qui rapporte des devises, créer des bibliothèques nationales et des panthéons pour les Camerounais de grande valeur dont les actes rendent fier la nation, soldats tombés au champ d’honneur, martyrs etc…
C’est donc un rendez vous qui est donné à tous les camerounais où qu’ils soient, camerounaises, camerounaises de prendre en main l’initiative et de maîtriser de son nouveau destin. Nous souhaitons qu’il soit lu par tous et que les réponses soient données de façon précise. Que les camerounais s’approprient ce projet, qu’ils posent des questions, qu’ils donnent des propositions etc. c’est un projet qui n’est pas bouclé et qui reste ouvert. (A suivre)
© Camer.be : Propos recueillis par Hugues SEUMO