Guy_TchuilieuAu Sénégal, où il est installé depuis quelques années, la référence en énergie solaire porte son estampille. Ingénieur camerounais, formé en Belgique et en Allemagne, notre compatriote est entrain de construire ses toiles solaires en Afrique. L’entrepreneur camerounais veut désormais influencer la production dans tout le continent noir. Nous l'avons rencontré.

M. Tchouanga Tchuilieu Guy, vous êtes connu en Belgique et en Afrique comme l´un des entrepreneurs camerounais ayant réussi dans le milieu très difficile de l´énergie solaire. En tant que jeune entrepreneur aux grandes ambitions, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?

Réussir est un bien grand mot. Chez  ECOSUN SOLUTIONS et nous nous battons pour faire vivre notre société dans ce secteur très difficile qu’est l’énergie, Dieu merci nous tenons le coup. Je dois vous avouer que ce n’est pas facile. On ne peut pas encore parler de réussite.
Pour le reste, j’ai fait mes études en Belgique, où j’ai obtenu un graduat en électromécanique. J’ai eu la chance d’intégrer le laboratoire de thermodynamique de l’Université de Liège chez le Professeur Jean Lebrun. Les travaux que j’ai réalisés pour mon propre compte m’ont ensuite amené à suivre ma formation à l’Institut Solaire de Julich en Allemagne (département de l’université de Aachen). Là-bas, j’ai réalisé une machine qui pour moi est le début de tout. J’ai innové un séchoir solaire thermique. Auparavant, j’avais réalisé une machine similaire à l’Université de Liège : un séchoir fonctionnant grâce à la technologie de la pompe à chaleur. Aujourd’hui je m’efforce de vulgariser cette technique industrielle pour le continent africain.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à investir dans l’énergie solaire en Afrique?

Tout d’abord, j’étais copropriétaire d’une société à Liège en Belgique ATS S.A. (All Thermique Solutions) que j’avais créée en compagnie de Laurent Minguet. Jeans Dumbruch nous a rejoint ensuite.  Cette société produisait des machines de séchage destinées à l’industrie agroalimentaire. Elle réalisait également l’installation de chauffe-eau solaires. Dans le cadre de cette société, j’ai été amené à voyager dans plusieurs pays d’Afrique et des Caraïbes pour faire la promotion des machines que nous construisions. L’objectif de ATS était de travailler dans les pays ACP.  Je me suis simplement  rendu compte à un moment donné qu’il était préférable de travailler sur place que d’être basé en Europe. J’ai alors quitté ATS pour créer ECOSUN SOLUTIONS au Sénégal. Le Sénégal car c’est un pays carrefour en Afrique qui permet de rayonner sur l’Afrique et dans le monde.

Pouvez-vous nous expliquer en quelque sorte en quoi cela consiste?

Travailler dans l’énergie solaire est très vaste et Ecosun y est très actif, l’éclairage solaire, le pompage solaire, le chauffe-eau solaire, la construction des pasteurisateurs et stérilisateur solaire, des fours solaires, le séchoir solaire. Nous agissons aussi dans les télécommunications avec l’énergie solaire et bien d’autres applications.

Guy_Tchuilieu_2Quels sont les avantages  de l’énergie solaire en Afrique?

Vous êtes au courant de la pénurie d’énergie que connaissent les pays africains aujourd’hui et plus généralement le monde entier. Ce manque entraîne dans plusieurs capitales africaines des coupures intempestives de courant et donc des manques à gagner énormes pour les sociétés et d’énormes désagréments pour les ménages. L’on a vu dans certains pays africains des  couveuses d’enfant privées d’énergie pendant une coupure et cela a eu des conséquences irréparables. Voilà quelques désagréments que subissent les populations actuellement et il y en a bien d’autres. Grâce au soleil, énergie naturelle et non polluante, on peut alimenter un hôpital, une maison, une école, chauffer de l’eau sanitaire d’un hôtel quel qu’en soit sa grandeur et de manière efficace et durable. L’énergie solaire est une partie de la solution des problèmes actuels en Afrique mais ce n’est pas toute la solution. Les industries ont besoin de grandes centrales.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez de temps en temps en Afrique dans le cadre de votre travail ?

Dans notre cas il y a deux difficultés principales : la main-d’œuvre qualifiée et les obstacles constatés au niveau des banques ; ces derniers engendrent une véritable catastrophe en Afrique. Les banques devraient constituer un leitmotiv dans l’évolution de toute initiative profitable au continent. On a parfois l’impression que c’est le contraire.  Cela rend les choses très difficiles. Certains Etats africains commencent à prendre conscience des enjeux et petit à petit encouragent énergiquement les initiatives telles celles relatives à l’énergie, mais pour le moment c’est très timide. Il y a encore beaucoup de chemin à faire.

Est-ce vrai qu’il faut avoir des connexions au niveau des instances dirigeantes des pays africains pour y investir ?

(Rires) Cela n’a pas été mon cas au Sénégal. J’ai été bien accueilli là-bas et je continue de travailler dans le calme.

Au Sénégal où vous êtes installés, on vous connaît à travers votre rigueur au travail. Quels conseils pouvez-vous donner à ceux qui veulent réussir comme entrepreneur en Afrique ?

La réponse sera classique mais c’est ce qu’il faut : il faut avoir un bon projet, faire une bonne étude de marché, trouver de bons collaborateurs et surtout avoir les moyens de vos ambitions. Comme je l’ai dit précédemment, les banques locales, n’aident pas beaucoup.

Avez-vous des projets en direction du Cameroun qui est votre pays natal ?
Bien sûr, vous en saurez plus bientôt, restons en contact.

A l’heure actuelle le Cameroun est confronté à une crise énergétique avec des coupures intempestives du courant électrique. L’on assiste parfois à des jours et semaines entières sans courant. L’énergie solaire peut-elle pallier à ces manquements?

Comme je le disais plus haut l’énergie solaire peut en grande partie résoudre les problèmes actuels mais,  elle ne fera pas tout, il faut de grandes centrales pour l’industrie. Même si on peut envisager des industries agroalimentaires alimentées fonctionnant à l’énergie solaire au nord du Cameroun, il faut penser à rentabiliser le potentiel énergétique naturel que nous possédons.

En tant que Camerounais, homme d’affaires résidant à l’étranger, on parle ces derniers temps au pays de la modification de la constitution du Cameroun pour permettre au Président de prolonger son mandat. Quel est votre avis ?

J’ai lu cela et à mon avis, ce n’est pas la bonne façon de procéder ainsi car cette initiative risquerait de rompre avec le climat d’apaisement qui a toujours régné au Cameroun. Je suis parfois inquiet. L’on a vu ce qui s’est récemment passé au Kenya avec la population qui est en désaccord avec l’Etat et les conséquences dramatiques qui ont résulté des manifestations. J’espère qu’on évitera cette situation catastrophique au Cameroun. Je suis tout de même inquiet.

Comment trouvez-vous la diaspora camerounaise du point de vue politique et économique ?

Pas assez solidaire, quand je vois en Afrique de l’ouest la puissance de la diaspora, son influence et l’importance économique qu’elle a, je pense que nous au Cameroun devrions suivre cet exemple et créer notre propre modèle de solidarité dans la diaspora. J’ai l’impression que pour le Camerounais de la diaspora, la solidarité s’arrête à papa et à maman. Une  fois que certains Camerounais de la diaspora ont atteint la stabilité administrative, le reste n’a plus d’importance. Une chose que je déplore aussi c’est le manque de connexion entre les étudiants camerounais au Cameroun et ceux de l’extérieur. Le paradoxe aussi est que la diaspora camerounaise est parmi les plus actives économiquement mais de façons individuelles. Nous unir serait une grande force pour le Cameroun et  l’Afrique

Comment faire pour vous contacter ?

Tchouanga Tchuilieu Guy, mon email : tchuilieu@ecosunsolutions.com

© Camer.be du 11 février 2008 : Interview réalisée par Hugues SEUMO