OMAR BONGO : un mort bavard et fécond en conflits d’intérêts
Si les meurtriers se donnent souvent tant de mal à faire disparaître les corps de leurs victimes, c’est parce que, même sans vie, un corps d’Homme livre beaucoup d’indices aux médecins légistes et à la police criminelle. Cependant, n’ayant pas été assassiné, le grand nombre d’articles de presse sur la mort du président gabonais est une preuve qu’en dehors des indices relevés par un médecin légiste sur un cadavre, la nature des œuvres d’un Homme de son vivant prolonge, d’une certaine façon, sa vie en commentaires glorieux ou peu élogieux.
Omar Bongo est un exemple type d’un cadavre bavard qui renforce l’ambiguïté qui caractérise la classification péremptoire des actes en « Bien » ou en « Mal ».
Les Hommes n’étant jamais du même avis et du même côté de la barrière sur terre, la nature définitive des œuvres d’une vie n’est pas toujours facile à établir. La preuve c’est que des monstres historiques comme Hitler et Mussolini ont aujourd’hui de farouches partisans même parmi les jeunes Européens. Le cas Bongo est analogue car il oppose ceux qui bénéficièrent du « système Bongo », à ceux qui en subirent de plein fouet les effets répressifs et régressifs.
Pour les Africains et Occidentaux progressistes, épris de liberté, de développement et des valeurs des droits de l’Homme, Omar Bongo est classé du côté du « Mal » et des bourreaux des populations africaines. Ce qui n’est pas faux car nous savons tous, en pilier de la Françafrique qu’il fut, comment il vint au pouvoir avec le soutien du Général De gaule, comment il consolida son pouvoir par la corruption touts azimuts en métropole et au Gabon, et comment il dilapida pendant plus de 40 ans les revenus des immenses ressources d’un pays africain immensément riche en dotations factorielles naturelles.
Le feu président Bongo confirma lui même de son vivant le caractère mafieux de la Françafrique en ces termes : « La France sans l’Afrique c’est une voiture sans essence, et l’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur ». Tout est dit dans cette phrase. L’Afrique a à sa tête des marionnettes. Elle est pilotée par la France qui, elle même, est nourrit par l’Afrique.
Il n’est donc par surprenant que de son vivant, le doyen des présidents africains n’ait jamais été inquiété tellement il savait beaucoup sur tout le monde et sur le système français en Afrique noire. En conséquence, les langues se sont déliées il y a quelques jours depuis sa mort. Son cadavre continue de parler par hommes politiques français et africains interposés. C’est un acteur de poids, le président Valéry Giscard d’Estaing qui a ouvert le bal en affirmant au Figaro le 09/06/2009 qu’Omar Bongo avait apporté un soutien financier à Jacques Chirac son concurrent à l’époque de l’élection présidentielle. Cette déclaration de l’ancien président de la république française ne fait que confirmer ce que de nombreux travaux scientifiques démontrent depuis des années à savoir : le financement des partis politiques français par des régimes subsahariens, le soutien de ces régimes subsahariens par ceux qui gagnent les élections présidentielles en France et l’augmentation de la masse monétaire dans les pays africains pendant les élections présidentielles afin de soutenir les protégés de la France en poste.
De l’autre côté de la barrière se trouvent donc, quoique minoritaires, ceux qui profitèrent du « système Bongo » et qui, par conséquent, le classe du côté du « Bien ». Se sont, en dehors de ses courtisans politiques et de sa familles proche et élargie, les politiciens français de gauche comme de droite, et les dictateurs africains encore en service. Ils trouvent en Omar Bongo un « sage africain » qui sut maintenir son pays en paix et en stabilité. Un homme qui usa de tout son poids en Afrique pour désamorcer de nombreux conflits par sa médiation. Nicolas Sarkozy salut « un grand et fidèle ami de la France » alors qu’Éva Joly, juge d’instruction anti-corruption et nouveau député européen dit qu’Omar Bongo a bien servi les intérêts de la France mais n’avait aucun souci de ses propres citoyens.
Dans pareilles confrontations, la parole de la juge d’instruction anti-corruption semble plus crédible tant la rupture de Sarkozy avec la Françafrique se fait encore attendre. L’histoire sanctionne tout et ouvre sa poubelle ou sa gloire à ceux qui les méritent amplement que leurs cadavres soient muets ou bavards. Laissons donc les morts enterrer les morts et soumettons l’œuvre d’Omar Bongo à la sanction de l’histoire. Elle est sans pitié.
Thierry AMOUGOU, UCL, Belgique