Gabon: Après le décès d’Omar Bongo, le plus dur commence
Sans doute comme l'affirmait récemment un confrère de la presse écrite française sur les ondes de la radio France inter (RFI), les moralistes occidentaux devenus de plus en nombreux et qui sont toujours légion dès qu’il s’agit de l’Afrique trouveront beaucoup à redire à l’évocation du feu président gabonais Omar Bongo Ondimba, mort et enterré, après 42 ans de règne sans partage et représentant le dernier des dinosaures africains de la mouvance française.
Avec la fin de ce règne,la république gabonaise semble s’acheminer tranquillement vers le changement. Il faut s’en féliciter pour le changement pas à cause du décès d'Omar Bongo mais plutôt souhaiter que le calme perdure dans la république gabonaise. Mais une fois la période de deuil passée, parviendra-t-on à s’entendre sur l’essentiel tel que l'a prévu la loi ? Une loi calquée sur le modèle occidental.
A Libreville, la capitale de ce Gabon, pays, on sent bien que plusieurs héritiers d’Omar Bongo tous, des "calculateurs" pour reprendre l'expression de M.Marti in "La fraçafrique à la gabonaise, ed Globo, P26) attendent de voir le premier à se positionner sur les Starting blocks dans la grande bataille présidentielle qui s’annonce.
Si l’on s’en tient à loi fondamentale, c’est-à-dire à la constitution gabonaise , en cas de vacance de la présidence de la République, pour quelque cause que ce soit, ou d'empêchement définitif de son titulaire constaté par la Cour constitutionnelle saisie par le gouvernement et statuant à la majorité absolue de ses membres, ou à défaut, par les bureaux des deux chambres du Parlement statuant ensemble à la majorité de ses membres, les fonctions du Président de la République (…), en cas d'empêchement de celui-ci dûment constaté par la Cour constitutionnelle saisie dans les mêmes conditions que ci-dessus, par le Président du Sénat ou, si ce dernier à son tour est empêché, par le premier vice-Président de l'Assemblée nationale. L'autorité qui assure l'intérim du Président de la République, dans les conditions du présent article, ne peut se porter candidat à l'élection présidentielle.
Récemment le ministre gabonais de l’Intérieur, André Mba Obame affirmait aux médias au cours d’une rencontre avec la presse nationale et internationale que : « Ce serait matériellement très difficile et qu’il faudrait plutôt compter quatre ou cinq mois ». Et Mba Obame d’ajouter : « Si l’on a un président élu d’ici la fin de l’année, ce sera bien ».
L’opposition gabonaise pour sa part, longtemps restée en veilleuse est soudain sortie de l’ombre à travers des positions tranchées et fracassantes au sujet de l’avenir du Gabon.
C’est le cas de Pierre Mamboundou de l’UPG (Union du peuple gabonais), l’un des principaux opposants, croit désormais qu’il peut gagner. Il affirme que « le parti au pouvoir, le PDG n’aura pas les moyens de l’Etat, lors de la prochaine élection ». Le président de l’Union du peuple gabonais souhaite que le scrutin soit retardé et que le délai constitutionnel de quarante-cinq jours soit prolongé. « Il faut compter à peu près six mois. Nous pensons que six mois est un délai raisonnable », précise-t-il.
Pour Monsieur Paul Mba Abessolo, l’opposant qui avait choisi depuis des années de cohabiter avec Omar Bongo, croit lui aussi désormais en ses chances, car affirme-t-il : « Les Gabonais veulent le changement ».
Avec la succession d’Omar Bongo, le plus dur commence
Omar Bongo était le dernier des dinosaures africains de la mouvance française ankylosé dans une pratique muée en une démocratie approximative avec la disparition suspecte de quelques opposants - et même d’un amant de sa première femme , des frasques vénales un peu voyantes, un enrichissement personnel fabuleux. Son héritage constituerait un fardeau très lourd à porter.
Nous l’avons déjà vu en Afrique avec des partis politiques au pouvoir qui règnent sans partage et qui refusent l’alternance. Que ce soit en Côte d’Ivoire pour le cas de Félix Houphouët Boigny, ou dans l’ex-Zaïre du Maréchal Mobutu, aujourd’hui République Démocratique du Congo, voire le Cameroun sous les deux règnes successifs d’Ahmadou Ahidjo et de Paul Biya, ou mieux encore en Guinée avec le feu président Lansana Conté etc.on ne se débarrasse pas aussi facilement des oripeaux de régimes qui ont aussi connu leur période de gloire. Cette attitude de certains de nos dirigeants constituent bel et bien ce qu’on appelle communément en sciences politiques « La confiscation illégale de la légitimité »
Pourra-t-on dans ce contexte respecter les délais de 45 jours prévus par la Constitution pour procéder à la succession ? Sur le plan technique, cette succession sera-t-elle possible sans la moindre contestation ?
Madame, Rose Francine Rogombé,la nouvelle femme forte du Gabon dispose ainsi de 45 jours pour conduire la transition. C’est-à-dire durant la même période, elle pourra organiser une nouvelle élection présidentielle.
Comme nous l’avons toujours vécu, dans les traditions africaines, en cas de décès d’un chef d’Etat au pouvoir, par souci de respect de la mémoire de « l’illustre » disparu, le législateur décrète une période d’au moins 30 jours de deuil national. Une manière de constater qu’au niveau des services publics durant ces 30 jours, le service accordé est au strict minimum.
Après les 30 jours, le pouvoir intérimaire ne dispose plus que 15 jours pour mener à bon port la transition dans le strict respect du délai constitutionnel.
Il en résulte que la Constitution, qui est la loi fondamentale, doit prendre en compte les réalités spécifiques du terroir et ne doit pas être extensible en dehors des limites de la société.
La constitution gabonaise tout comme celle de plusieurs Etats de l’Afrique francophone est calquée sur le modèle occidental tout en oubliant la réalité locale.
Les pays occidentaux ont un long passé commun. Colonisés par Rome, ils ont subi également la domination de Charlemagne et de Charles Quint. Leur culture repose sur les mêmes principes fondamentaux. Cependant, leurs Constitutions qui épousent les réalités spécifiques de chaque peuple diffèrent sensiblement d’un pays à l’autre. Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Italie, Allemagne, autant de pays, autant de modèles de Constitution.
Il est donc anachronique et paradoxal de constater que les pays africains dont l’histoire a connu une évolution différente depuis deux mille ans au moins, et dont le fondement culturel est spécifique, ont adopté des Constitutions analogues à celles des anciennes métropoles. Les pays d’Afrique francophone ont des Constitutions pratiquement identiques, calquées pour l’essentiel sur le modèle français
Ce mimétisme constitutionnel doublé d’un déficit démocratique des constitutions africaines dans lequel est confronté le Gabon attend bien d’autres pays de l’Afrique francophone en cas de vacance du pouvoir.
Pour organiser une véritable succession au Gabon par voie électorale, Il faut qu’il y aient des préalables à respecter tels disposer d’un temps suffisamment réaliste pour pouvoir mettre au point un fichier incontestable qui prenne éventuellement en compte tous les Gabonais, ensuite reconstruire tous le processus électoral en passant par une commission électorale neutre jusqu’à la matérialisation techniques des opérations de vote.
Après le décès d’Omar Bongo, à l’évidence, les 45 jours ne semblent donc pas réalistes au regard même des enjeux. Ce qui nous laissent penser que ces délais avaient été prévus par le législateur gabonais dans l’hypothèse d’une succession impromptue à l’interne effectuée par pouvoir en place au cas où.
En tant que simple analyste mais, averti du paysage constitutionnel des pays de l’Afrique centrale, sans toute fois prendre le risque de nous tromper, nul ne peut douter que les initiateurs de l’époque n’avaient pas envisagé un autre cas de figure comme celui qui vient d’avoir lieu au Gabon.
A notre avis, au lieu de modifier les constitutions afin de s’éterniser au pouvoir, il serait judicieux de la réviser pour asseoir une véritable démocratie républicaine. Surtout , il faut déterminer un minimum de jours qui prennent en compte les réalités du terrain et les lenteurs de l’administration.
De son côté, l’opposition gabonaise qui a longtemps attendu son heure, presque 42 ans, aura également besoin de plus de temps pour se réorganiser et se lancer dans la campagne présidentielle. Il y a aussi la diaspora gabonaise, sans oublier les candidats indépendants tous, doivent ne serait ce qu’avoir le temps pour mieux s’organiser afin de participer au changement à la tête du Gabon. Sinon, les Gabonais gagneraient à bien gérer cette succession dans de bonnes conditions comme ils ont su le faire pour la période de deuil et des obsèques d’Omar Bongo
© Camer.be : Hugues SEUMO