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Le silence et le mystère qui entourent les évènements dramatiques qui se sont déroulés entre 1957 et 1971 au Cameroun, perpétuent une souffrance aux conséquences parfois dramatiques pour les familles des victimes de la lutte pour l’indépendance, qui estiment que le sacrifice de leurs proches n’est toujours pas suffisamment reconnu.Exécuté par les autorités camerounaises en 1971, Ernest Ouandié, le combattant pour la liberté, laisse derrière lui Ernestine, une fille qu’il n’a jamais connu.

A travers le témoignage d’Ernestine, "UNE FEUILLE DANS LE VENT" nous offre un regard sur les conséquences du colonialisme et nous laisse avec cette question: le sacrifice est-il le prix à payer pour la liberté?"(1)

Jean-Marie Teno s’emploie, on le sait, à pointer les séquelles du colonialisme dans les destinées individuelles. En faisant la rencontre en 2004 d’Ernestine Ouandie, fille d’Ernest Ouandie, ce leader de l’UPC qui avait mené, de la fin des années 50 à la fin des années 60, la lutte armée pour l’indépendance du Cameroun,puis contre le pouvoir (Ahidjo) mis en place par l’ancien colonisateur. La jeune femme lui raconte sa vie dramatique : sans père et avec une mère qui la rejette, le poids du silence et l’échec de ses recherches de la vérité sur l’assassinat de son père en 1971 par les autorités camerounaises.

Le film de Jean-Marie Teno a l'immense mérite de remettre à jour sur un mode personnel cette histoire déniée à l'occasion d'une rencontre, en 2004, avec Ernestine qui lui livre la douloureuse histoire de sa vie, abandonnée par sa mère à l'âge de dix ans au Ghana chez une tante qui lui a fait subir un véritable calvaire. Le parallèle entre son histoire personnelle et celle du Cameroun saute bien sûr aux yeux, posant crûment la question des séquelles de la sauvagerie coloniale. Le suicide d'Ernestine en 2009 vient prouver s'il le fallait encore combien les conséquences psychologiques sont difficiles à éradiquer.

Ayant enfin pu s'émanciper de son enfance meurtrie, elle rentre au Cameroun en 1987 pour retrouver les traces de son père et va se retrouver face au mur du silence. C'est ainsi que son calvaire continue, feuille au vent qui ne sait où s'accrocher.

Si son témoignage prend une telle force, dépassant l'expérience singulière pour interroger le rapport du Cameroun à son histoire, et de tout peuple à son passé, c'est que Jean-Marie Teno sait la filmer en dignité. Dans l'épure d'un seul plan fixe entremêlé de photos d'archives et des puissantes illustrations de Kamo Samba qui viennent relayer son récit, ne se rapprochant que rarement de son visage, mais dans un angle de légère contre-plongée qui nous ouvre à partager son émotion, Teno construit entièrement son film sur ce poignant témoignage. La voix-off du réalisateur vient parfois donner quelques éclairages et interroger le spectateur : "Avons-nous été au niveau du sacrifice de ces hommes ?"

Comment un enfant camerounais peut-il se poser la question alors qu'on lui cache son histoire nationale ? "Le silence ne nous mènera nulle part", dit Ernestine, tandis que les grandes figures de l'indépendance sont condamnées à rester des âmes errantes. Avec une mémoire en lambeaux, Ernestine ne pouvait se restructurer après la violence subie. Sans une mise à plat du passé, le Cameroun le pourra-t-il ?

Ernestine Ouandié choisira de se suicider en 2009, laissant à Teno le soin de lui rendre hommage.

Pour ne pas rater cette occasion de voir ce film et d'échanger avec son auteur, la Société des amis de Mongo Beti (SAMBE) vous donnent rendez-vous ce vendredi 25 juillet à 14h30 à la Librairie des Peuples Noirs à Tsinga,pour la projection de ce documentaire suivi d’un échange avec le producteur JEAN MARIE TENO autour du thème : Ernest et Ernestine OUANDIE, une mémoire amputée de l’histoire du Cameroun.

(1) Les Films du Raphia